ANTAGONISME PHYSIOLOGIQUE. — TOXINE; ANTITOXINE
D'autre part, contrairement à ce que permettent d'augurer les propriétés anti toxiques de ces viscères, contrairement à ce qui se passe quand on enlève un rein ou une importante fraction du foie, du corps thyroïde, etc., lorsqu’on supprime une seule de ces capsules chez le cobaye, on ne constate pas d’augmentation dans la prédisposition à certains virus, surtout à ceux qui exercent dès le début une énergique vaso-constriction : c’est le cas du bacille pyocyanique.
Il est mal aisé d’expliquer nettement ce résultat ; pourtant il est peut-être permis de risquer une hypothèse. — Grâce à la vaso-constriction, l’action d’un microbe est favorisée, attendu que, dans ces conditions, pour une part, la sortie des sérosités germicides, des leucocytes phagocytaires, devient difficile. Or, le suc capsulaire assure, facilite ce resserrement capillaire; si donc vous supprimez une partie de ces organes, vous annulez, vous atténuez cette fonction, vous diminuez quelques-uns des obstacles opposés à la libre action de ces éléments de défense ; d’autre part, telle toxine, celle du microbe du pus bleu précisément, comme ces organes, élève la pression, élévation dès lors excessive; dangereuse par suite de ces deux effets combinés : voilà également pourquoi l’influence de ces ablutions rend le cobaye, guéri de l’opération, un peu moins sensible.
J’ai poursuivi, avec Bardier et Tissot, des expériences destinées, en particulier, à mettre en évidence l’influence de la toxine diphtérique sur la pression; notre but était d’établir que cette toxine abaisse cette pression, comme permettaient de le prévoir des données nettement acquises; en possession de ces notions, sachant, d’autre part, que le sérum antitoxique élève cette même pression, il devenait possible d’établir une comparaison détaillée
DÉFENSE DE L'ÉCONOMIE PAR ACTION CELLULAIRE. Cil
entre cette toxine et cette antitoxine. Dès le mois de mars 1898, à la Société de biologie, nous avons fait entrevoir quelques-unes de ces recherches; un excellent mémoire d’Hallion et Enriquez est venu fournir de précieux résultats.
Les tracés placés sous vos yeux indiquent que parfois la toxine ralentit les battements cardiaques de la grenouille, pendant que l’antitoxine les relève; une seconde série de tentatives montre que cette antitoxine fait augmenter la pression vasculaire diminuée par le poison microbien. On voit ainsi s’établir de plus en plus nettement un antagonisme physiologique et non plus simplement chimique entre ces deux produits; aussi arrive-t-on à penser, suivant la conception du professeur Bouchard, soutenue également par Roux et Vaillard à l’aide d’une élégante expérience, que ces corps protecteurs empruntés aux animaux immunisés s’opposent aux effets des sécrétions bactériennes, non pas en détruisant, en neutralisant chimiquement ces sécrétions, mais en protégeant les tissus contre leurs actions.
Associez toxine et antitoxine ; injectez ce mélange : aucun accident ne se produit. Mais affaiblissez l’animal par l’inanition ou une légère saignée; pratiquez cette môme injection, et la mort survient avec les caractères d’un empoisonnement toxinique, avec des capsules surrénales congestionnées, s’il s’agit du poison du bacille deLôffler. Or, si cette toxine avait été réellement neutralisée, comment la faim, une perte de sang, etc., auraientelles pu la faire reparaître? On comprend, au contraire, fort bien qu’un sujet débilité réagisse incomplètement ; dans ces conditions, l’antitoxine qui s’adresse aux viscères, qui les met en état de réaction pour résister, rencontre des appareils qui ne répondent plus; l’atropine et la pilo-