CHAPITRE IV
1° La prohibition en Amérique. — 2° La prohibition A en Finlande et en Nouvelle-Zélande.
RQ Pe expérience sociale qui se produit en Amérique de de prouve l'efficacité de l “intervention étatiste. Mais l'acee tion de la loi ne fut éfficace que parce qu'élle fut | réclamé, imposée et soutenue pie l'opinion publini is | ne : ae PÉTRIPAAT 2 ; RAR La campagne pour la suppression de l’alcoofisme . ; aux Etats-Unis est ancienne. Les premiers émigrants qui vinrent “Aglétérre en Pensylvanie étaient des À Réormés abstinents, la tempérance fut toujours en - honneur dans cet état. Dans les autres, la lutte contre lalcoolisme fut. favorisée. par la Constitution même qui est « polyétatiste », Chaque état édictant ses lois. Se référendum populaire: est facile dans une province autonome ou ‘faisant partie d’une Confédération. Ainsi se pratiquent à moindres frais des expé- EC riences sociales dont les voisins jugent la valeur et Ru qu ‘ils, peuvent imiter. en connaissance de cause. ue, Les campagnes des. abstinents furent ardentes.. AU armée du Salut déclara la guerre au fléau, les fem. 4 “ne se rendaient dans les bars, 3, préchaient la eme
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) pérance. Le respect dela #berté en Amérique est tel, que tous les buveurs écoutaient placidement, sans se livrer à aucune démonstration.
Ce n'est que par une patiente propagande - de:
millions d'individus, pendant un siècle, que l’Amérique est arrivée au régime sec. Se débattant contre le
fléau de l'alcoolisme, certains Etats avaient com- . mencé par réduire les cabarets, en particulier autour
des établissements publics, à punir l'ivrogne, à rendre le cabaretier responsable, à/défendre la vente d’alcoo! aux Indiens, à fermer les débits Je dimanche. Alors que la première société de tempérance datait des, il existait déjà, en 1835, 6.000 associations groupant un million de membres. Bientôt quelques. - villes, puis quelques comtés, grâce à la décentralisation de la Constitution américaine, créèrent des zones - prohibitionnistes. Le mouvement s’amplifia à partir
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de 1885. ae Sn 7 #2
Quand les femmes obtinrent le droit de vote aux
, élections municipales, un coup décisif fut porté. à l'alcoolisme. Un grand nombre de ville suivirent l'exemple de la ville de Carton au Nevada, où, quatre heures après la nomination d'une mairesse, tous les débits furent fermés, et les mœurs des Habi : tants changées du jour au lendemain.
Les abstinents purent ainsi conquérir | un nombre d' Etats de plus en plus grand. En 1914, là moitié des Etats avait une législation prôhibitionniste. Quand le voyageur pénétrait en chemin de er “ie
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| UT RS re à ; \ | £ voyait enlever brusquement, dans le bar annexé au train, toute boisson alcoolique.
. Z À Ja veille du vote de la loi, il existait 53 millions. d'habitants appartenant à 36 Etats secs contre 8 millions de population humide.
le pays devint mûr pour la prohibition géné- -râle, que le Congrès votä en 1917; mais, pour reses la liberté des Etats, elle dut. être ratifiée par :36 Etats au moins sur 48, comme amendement à la æ- . * Constitution. Or, 45 ratifications furent obtenues, et 9 les 17 janvier it. la loi Volstead prohiba l'alcool dans tous .les Etats-Unis : seule trouva grâcé la bière T ébète titrant à degrés 3/4, — une telle bièr re. né peut se conserver et doit être bue sitôt tirée.
| Un peuple de’ plus de cent millions d'habitants ie est Soumis au régime des: boissons glacées «soft 2-5. démks », # base de jus de fruits, de café, de thé, de : ait. sans alcool. Les bars ne peuvent plus servir à à autre boisson, ceux qui S'y refusent sont fermés sans ui indemnité. La plupart de-ces bars, il'est vrai, élaient 27 ‘tenus par des gérants qui exploitent. pour le comple des distillateurs ; on ignore généralement qu'il en est de même en France. , | NÉE “17 La police a le droit-de perquisitionner à domi eile sans. Fan ab, sur simple soupçon, d'arrêter et de fouiller toute automobile qui passé, de-forcer tout voyageur à ouvrir sa valise en pleine rue, d'obliger 24 tout ie en entrant dans les eaux américaines, Ver à mettre sous scellé les bouteilles de spiritueux qui
se trouvent à bord.
grande serait due à la contrebande qui, faite : sur une ‘haute échelle, rendrait la loi inopérante, la rene À des adeptes ‘et même des promoteurs de la prohibi- he
sèche. » ê
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La prescription: de l'alcool, médicament, a “été réglementée ; les médecins ne peuvent ordonnèr le Et d'un demi-litre de -wiskÿ à un malade en dix jours à èt signer plus de roo érdonnances d’ alcool en trois mois. Rs TS
La puissante American Medical Association, qui : à 4 groupe l'élite des praticiens des Etats-Unis et qui est ! -prohibitionniste, a fait un referendum, auquel plus de 30.000 médecins ont répondu ; une faible major. rité, 51 contre 49 0/0, déclare 1’ alcool agent thérapeutique nécessaire, et 58 o/o veulent Ja limitation des
ordonnarices. UNE AUS % PR Enfin, le gouvernement sde. Guides” infractions insignifiantes. Ainsi Chaque. année un nombre . limité de bouteilles de boissons alcooliques est: TRES … porté pour les besoins de la Cuisine. à Désormais toute Y Amérique est « «sèche. ». Quel: ÉD ‘les conséquences en résultent » HA Re à Nous lisons tous les jours, dans nos journaux Re politiques des nouvelles tendancieuses concernant les De effets désastreux de la prohibition: il n'y. aurait. d’après eux, aucune amélioration de la criminalité, de la folie, par contre, une démoralisation plus |
tion voudraient revenir à l'état antérieur; on affirme tous les six mois ans l'Amérique va cesser d'être ts
ps dernières dlections présidentielles ont dé
montré l’ erreur de ces assertions : les Etats-Unis veu-
* Jent rester secs.
On ne peut leur donner tort, à en juger par les
résultats qu’ils accusent. Les commerçants sont plus :
régulièrement payés par les ouvriers, les caisses d'épargne ont plus de déposants. Les enfants d'ouvriers sont mieux nourris et mieux vêtus, et il y a moins de cas de paupérisme (Gardner).
* A y à moins d'industriels en faillite.
Le nombre des crimes et des délits a diminué. Déjà on en avait fait la remarque dans les premiers Etats secs. L'exemple de Philadelphie, ville absti-
nente, est souvent cité. Il n’y avait pas de rixe, pas
de tumulle dans les rues et il suffisait de prendre le … ferry-boat et de traverser le fleuve, à un quart d'heure
de là, pour trouver à Gloucester, dans l'Etat humide
: de New-J ersey, des gens avinés se livrant aux rixes.
Ces transformations se généralisèrent : dans un district de Chicago, le chiffre des délits tomba de- 300 à 1, à Baltimore de 337 à 50. Dans les Etats où la prohibition fonctionnait depuis plusieurs années, les pénitenciers virent diminuer des deux tiers le
LS 1: È . 7 nombre de leurs pensionnaires. Dans l'Orégon, ce
ke
nombre passa de 26r en 1915 à 94 en 1918. A Détroit, en un an, le nombre des arrestations diminua de 54 o/o, celui des meurtres de 43 0/0, des outrages à la
ou de 96 o/o, des vagabondages de 50 0/0. Et les
agents de police réclamèrent la garde de huit heures
= comme conséquence de la réduction de leur travail.
de Dels sont les résultats immédiats. On en constate
RS EYE j EAN
d’autres plus lents à s'affirmer : diminution des pen-
sionnaires des asiles d’ aliénés, des malades des hôpi-
taux, augmentation de la moyenne de la vie, de la richesse, accélération du progrès, et, ce qu'il est plus difficile de doser, modification du caractère nationàl, accroissement du bonheur social. à
Mais les alcooliques et les personnes qui veulent
des excitants n’y renoncent pas aisément. Si on leur supprime l'alcool, ils cherchent des succédanés, des ersatz. L'usage de l’éther, de la cocaïne, de la mor- ‘phine aurait, dif-on, augmenté depuis la prohibition. Ce n’estAà que le luxe de quelques riches. © :
On arrivera quand même à boire des boissons
fermentées, La loi est tournée:par ceux qui, à la maits ; Te : + son, font du vin avec du raisin sec, ou de la bière
si du malt, de l'orge, du houblon achetés chez
lépicier (pratiques qui Re sont pas expressément défendues), et d’ailleurs ne sont pas bien nocives. Îl y
a la contrebande de l'alcool et les distilleries clandes-
tines qui se font la nuit dans les campagnes. Ï
La police, prévue pour lutter contre la contrebande, qui rapporte des profits colossaux, est subventionnée surtout par le gouvernement central ; elle
n'est pas suffisamment secondée par chacun des Etats
qui, particularistes, laissent ce soin au pouvoir cen--
tral. Il n'est pas jusqu'aux pharmacies, délivrant plus
ou moins clandestinement l'alcool, dont le nombre n'ait triplé dans certaines grandes villes.
Le plus grand danger est la substitution à aie
Lot
Cool éthylique de l'alcool méthylique ou alcoo! de -bois, qui est dénaturé et rendu impropre à la consommation. En le distillant à nouveau, on lui enlève son goût nauséeux désagréable. L'alcool méthylique désodorisé ressemble à l'alcool éthylique pur, il est difficile dé trouver une différence entre les deux, sa recherche nécessite un examen chimique précis. Or cet älcool méthylique est plus nocif que l'éthylique,
d’où des accidents graves. Ÿ
En ces dernières années, l’industrie des contrebandiers, contrefacteurs, ou « bootlegers », est deve- - nue plus florissante, la plupart de’ces individus sachant qu'ils pouvaient compter sur la discrétion de leurs clients, qui, comme eux, sont, passibles de la =... 101 . La victime ne peut dénoncer son fournisseur de du avoir vendu une mixture toxique à la place d’une “ liqueur, d'un vin ou d’un alcool garanti de bonne qualité, sans s’exposer elle-même à des poursuites
“ pénales. : ; |
Aussi, depuis la loi Volstead, en 1915, le nombre.
des accidents graves et souvent mortels du fait de 1 APOONARE a beaucoup augmenté.
D’ après le D''Riedaux l’alcoal méthylique est un. poison protoplasmique, | très violent, qui entre dans Ja plupart des boissons avant fraudées. Absorbé
1ESe transforme par oxydation, d'abord en aldéhyde ‘ formique, puis en acide formique, tous les deux poi-
sons corrosifs. , \ Les vomissements, la douleur abdominale, une
“mence à se dissiper. Le vomissement précoce et persistant est souvent suivi. de Ja récupération de la
‘ raux aigus ont cédé. 13 d
DRE | ae { : | 7e k A
brusque cécité doivent. toujours éveiller les soupçons :
d’une intoxicalion par l'alcool méthylique. | Les symptômes cardinaux de ce poison sont: 0 Céphalée et vomissements, souvent avec du sang dans SE
le contenu stomacal ; crise abdominale gTave, CYa- ja nose, dyspnée, convulsions, coma et mort par: para: “V0 lysie de la respiration. Tous les degrés de ce tableau, ee jusqu'à l’intoxication légère, n'ayant pas tous les La traits caractéristiques, peuvent être vus; la cécité.
partielle ou complète avec pupilles dilatées, peu sui- | vre même une petite dose de poison. - LAS De plus, cet alcool possède une élection: pour = tissus nerveux délicats de l'œil. LA Chez le sujet présentant des accidents aigus dus à l'absorption de l’acool méthylique, la cécité est constatée vers le second jour, quand la stupeur com-
vision claire. se,
De même, un traitement et une amélioration rapide de la toxémie peuvent éviter la cécité. Mais la cécité peut suivre alors que les symptômes géné-
Ces faits sont l'exception. Le taux auquel sont vendus les alcools de contrebande en rend l’usage le. Re plus souvent limité à la classe bourgeoise ou aux riches. La grande majorité des citoyensme boit plus. USS Il n'y a donc pas de comparaison à établir entre les méfaits de l’intoxication méthylique aux Etats-Unis À et ceux du théisme en Tunisie, les premiers n attei- ca
MA: CAE:
= gmnent qu'un nombre infime de ‘personnes, les se-
__ conds atteignent tout un peuple. :
. Les Lilas donnent l'exemple ke plus frappant et le plus connu de prohibitionisme. Ils ne sont pas la seule nation prohibitionniste.
. en est deux autres, la Finlande et la Nouvelle- Zélande, qu il ee de paie et d’opposer.
bu. 1809, lorsque Ja Ab fut réunie à la
Russie, le privilège des bouilleurs de cru était con-
sacré par la tradition. Le même régime de liberté
sévissait alors dans toute l'Europe. Un grand nombre
de paysans possédaient des alambics où ils distil-
laient fruits ou grains suivant les contrées. De plus,
un cinquième de la récolte des céréales était employé
à la fabrication de l'alcool, ce qui rapportait aux pri-
vilégiés. ‘fabricants un- bénéfice de cent pour cent.
Aussi poussaient- cils à la consommation et, en’1859,
on buvait en Finlande vingt-cinq millions de litres “ ‘d’eau-de-vie, soit quinze litres par habitant !
ae Comment la Finlande est-elle sortie de ce ré-
| gime DL histoire de la révolution prouve que les lois
ou. Li sont impuissantes à à réformer les mœurs, sauf quand
# “elles s ‘appuient sur des intérêts. La victoire de l’anti-
* … aléoolisme en Finlande est venue du conflit des inté-
à rêts contradictoires des bouilleurs de crû représen-