‹ Les déformations de la langue françaiseChapitre 11 sur 45 · G8 LES DÉFORMATIONS · texte numérisé non relu

G8 LES DÉFORMATIONS

Les formes flottaient. Il y avait, pour un seul et même verbe, des conjugaisons doubles, quelquefois triples. On ne savait guère qu'il y eût des conjugaisons. On disait à la fois « courir » et « courre » ; « cueilier » et « cueilhV » ; « tressaille?* » et « très- I saill/r ». On dit encore « je cueil/e, je cueil/erai, cueil/e, que je cueil/e; je tressail/e, je tressail/erai », qui appartiennent à la première conjugaison, infinitif en er, tandis que c'est la seconde, en ir, qui Ta emporté définitivement pour les autres temps des deux mêmes verbes. On disait, à volonté, émouvoir et émouver. J'ai entendu encore une brave paysanne, dans une petite charrette normande, dire à son « bourri » en le fouettant : « Vas-tu t'émouver? » *.

Sur les quatre conjugaisons françaises, il y en a deux qui sont parfaitement mortes, c'est-à-dire devenues incapables de servir à

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