Sémantique, page
« triumvir » a immobilisé un génitif pluriel qui avait sa raison d'être dans des locutions comme » lis trium virum » .
C'est que, si le langage, chez tous les peuples, est sans cesse en mouvement, cependant il a ses habitudes , lentement implantées, auxquelles on ne songe guère et qui sont indéracinables. Ainsi l'on continue et l'on continuera de dire « le lever » et « le coucher du soleil » , comme avant Copernic et Galilée.
Un de nos départements de l'Ouest s'appelle et s'appellera toujours « le Calvados », quoique ce nom provienne d'une erreur de lecture , aujourd'hui reconnue ; une carte du diocèse de Bayeux, datée de 4650, porte ces mots : « Rocher du Salvador » , qui furent mal déchiffrés.
Comme le langage, pendant des siècles,
se parlait infiniment plus qu'il ne s'écrivait, et que les prononciations étaient diverses selon les provinces, il en résultait, dans les mots, des transformations variées, au hasard de l'oreille : on attrapait les vocables par où l'on pouvait et on les répétait de même; les transformations étaient parfois régulières, parfois hybrides.
Il y avait, par exemple, le mot «arboriste», qui était formé régulièrement d'après le mot latin arbor, arbre. Gela voulait dire marchand d'arbres; — ce qu'on nomme à présent « pépiniériste ». — Mais, comme le marchand d'arbres vendait aussi des herbes, « des simples », pour la santé, le peuple, mêlant dans son idée le mot « herbe » avec l'autre, prononça « herbGriste » , et ce mot hybride l'emporta. Nous voyons, cependant, par une fable de La Fontaine, que de son temps on disait encore « arboriste » dans le second sens : « marchand de plantes et herbes mé dicinales». Le Loup, parlant au Cheval,
Se dit écolier cTHippocrate ; Qu'il connaît les vertus et les propriétés De tous les simples de ces prés ;
il se fait fort de guérir une enflure qu'il lui voit au pied. Le cheval, flairant son mauvais dessein, le laisse approcher, et
lui lâche une ruade Qui vous lui met en marmelade Les mandibules et les dents.
« C'est bien fait, dit le loup en soi-même, fort triste, Tu veux faire ici Varboriste, Et ne fus jamais que boucher !. »
Par une confusion analogue, on a amalgamé « confrairie » avec « confrérie ». Il y avait d'abord le substantif simple « frairie » qui signifie « une partie de bonne chère et
1. « Les mandibules », la mâchoire. De ce mot était venu le verbe « démandibuler », rompre la mâchoire, qui, par corruption, est devenu « démantibuler », avec le sens plus étendu de « mettre en pièces, briser » un objet quelconque.
de divertissement » (Littré). La Fontaine, Fables, III, 9 :
Les loups mangent gloutonnement.
Un loup donc, étant de frairie, Se pressa, dit-on, tellement Qu'il en pensa perdre la vie...
Puis, comme les « confrères » des divers métiers et corporations célébraient par de bons repas la fête de leur saint, on mêla « confrérie » et « confrairie », qui d'ailleurs, à raison ou à tort, passent pour doublets. Moi, je ferais venir le premier plutôt du verbe ancien « frayer » dans le sens de « dépenser, se mettre en frais », que de fratria, grec et latin.
Autre exemple de corruption du langage : le médecin qui vous saignait recevait le sang dans un petit vase ou petite poêle ou poêlette;
les gens qui l'assistaient, entendant mal ce mot , le répétaient de travers et disaient « une palette de sang » ; et ce mot déformé a remplacé dans la langue le mot véritable. Mais madame de Sévigné, qui sait le français, garde le vrai mot, et, le 2 décembre 1687, écrit à sa chère fille : « Ce sang dont je me trouvai un jour tout affoiblie, parce que vous vous en étiez fait tirer quatre poêlettes sans m'en avertir ». — Peut-être la palette des peintres n'a-t-elle pas une autre origine, et n'était-elle d'abord qu'une sorte de petite poêle ou écuelle plate et large, sur les bords de laquelle ils rangeaient en ordre leurs diverses couleurs.
Le peuple a fait naïvement une confusion du même genre : c'est celle de « chère » avec « chair ». Chère », en vieux français, voulait dire accueil; proprement visage (du
grec carè, tête) : « bonne chère », c'est donc bon visage , bon accueil , spécialement en traitant bien les gens que Ton reçoit ; de là, « faire chère lie », chère joyeuse (lie, liesse, du latin lœtus, lœiitia), offrir à boire et à manger. Or, confondant chère avec chair, le peuple (qui parlait et n'écrivait pas) s'est mis à dire, dans les comptes du ménage : Tant pour le pain, tant pour la « bonne chère », « aimer la bonne chère ». — Molière, dans Monsieur de Pourceaugnac, acte I, scène vi : « Gomment appelez-vous ce traiteur de Limoges qui fait si bonne chère? » — La Fontaine, dans le Cheval s'étant voulu venger du Cerf:
Hélas ! que sert la bonne chère , Quand on n'a pas la liberté ?
Il est arrivé qu'on a confondu parfois « magnificence » avec « munificence » , et qu'on a employé l'adjectif « magnifique » pour « munifique », qui à la vérité n'existe
pas. Ainsi, dans le Dépit amoureux, Marinette dit à Éraste :
A propos, savez-vous où je vous ai cherché
Tantôt encore ? — Eh bien ? — Tout proche du marché
Où... vous savez ? — Où donc? — Là... dans cette boutique
Où, dès le mois passé, votre cœur magnifique
Me promit, de sa grâce, une bague...
On possède à la fois « tanner », de « lan » , et « taonner », de « taon », qui, comme le remarque M. Littré, se prononce aussi souvent tan que ton.
On entendait dire le mot « sacristain » ; sans savoir comment il pouvait s'écrire, on lui donnait pour féminin « sacristine ». De même, le « daim », dans la langue des chasseurs , faisait au féminin « la dme ».
Ce qui est plus étonnant, c'est qu'aujourd'hui, où tout le monde à peu près sait écrire, il y ait depuis quelques années des gens qui se plaisent à imprimer « sa.laud », oubliant que le féminin est « salope ».
Pendant longues années, les affiches de théâtre , celles de l'Académie royale de Musique aussi bien que celles des Funambules et du Petit -Lazari, annonçaient :
« ballet-pantomme » pour « pantomime, ». Je vois encore : « Le Dieu et la Bayadère, ballet- pan tomme » . Cette faute grossière s'étalait paisiblement au moins pendant un demi -siècle, et peut-être davantage.
Il y avait à Paris une « rue aux Oues », c'est-à-dire « aux Œufs » (Ova); elle est devenue la « rue aux Ours ». 11 y en avait une autre où était une statuette de « sainte Marie l'Egyptienne » : — probablement une Vierge noire, comme à Halle, à Chartres, et autres lieux; — cela est devenu, dans la prononciation populaire, la « rue de laJussimne ». — On a restitué, il y a quelques années seulement, le nom d'une autre rue, celle « des Nonnains-d'Hyères », qui longtemps s'appela et s'écrivit « des Nonandière* ».
Nous venons de noter la confusion très ancienne de « chère » avec « chair ». Une méprise analogue, plus récente, est celle de « verre » au lieu de « vair » dans le conte de Gendrillon.
Nombre d'éditions, même fort belles et très richement illustrées, écrivent : Cendrillon ou la petite pantoufle de verre. — Gomment danser avec une pantoufle de verre ? C'est absurde ; mais cela ne paraît que plus merveilleux. La vérité est que jadis « vair » (du latin varius, varié) était une fourrure « colombine par-dessus et blanche pardessous », dit Littré, la même qui s'appelle à présent « petit-gris ». Cette fourrure chatoyante ornait les jolis petits souliers de Cendrillon, lorsqu'elle en perdit un au bal du roi; d'où vint qu'il l'épousa. En Egypte, la pantoufle de la gentille Rodia (Rosette) tourne la tête au Pharaon.
ce Qui vive ? » transcription du latin Quis vivus ? donnerait grammaticalement : « Qui vif ? » Quel est le vivant qui s'approche ? Autrement dit : Qui va là ? — La prononciation a amolli la finale, — peut-être par l'intermédiaire de l'italien : Chi vivo.}
De même, « Sauve qui peut ! » était évidemment , dans l'intention , « sau/ qui peut ! », — à moins qu'on ne l'entende comme un subjonctif? mais alors il faudrait suppléer le pronom se : « Se sauve qui peut ! » *•
Pareillement , « de guerre lasse » semble bien être pour « de guerre las », les gens
1. Au reste cela ne serait pas sans exemple. Ainsi la locution courante « faire blanc de son épée » était primitivement et correctement « se faire blanc de son épée », c'està-dire, se justifier par son épée, comme on faisait jadis dans les combats judiciaires. 11 y a svllepse du pronom « se ».
qui font la guerre étant las de la faire, — à moins que, précisément dans ce sens, la guerre ne soit personnifiée, par une sorte de métonymie.
On écrivait autrefois « à tors et à travers », et non « à iort et à travers » ; « en un tourne-main » , et non « en un tour de main » . Les éditions de Molière écrivent ordinairement « couper cours », et non « couper court ».
Celles de J.-J. Rousseau écrivent souvent « de sens froid » pour « de san^-froid ».
On disait autrefois « tout de bon ». De nos jours, on s'est mis à dire : « pour de bon ». Cette locution populaire incorrecte, répétée par quelques lettrés, passe peu à peu en usage, et bientôt remplacera l'autre, qui était la vraie locution française, celle de tous les bons écrivains.
118 LES DÉF0R3IAT10.NS
Le peuple, au lieu du mot « serevancher », dit volontiers « se revenger », qui n'existe point, mais qui, dans son idée, vient de « venger ».
Beaucoup de gens disent : « un tire-point» pour un « tiers-point » ; ou écrivent < un terre-plein » pour un « ierre-plain » .
De « bimbelots » on a fait bibelots, qui seul se dit à présent ; mais on dit encore 6//?ibeloterie. i De « toton » on a fait « tonton», qui commence à se répandre.
Au lieu de « sorbetière », moule à sorbets et à glaces , les limonadiers et garçons de café disent généralement « sabolièir ». L'Académie, faisant une cote mal taillée, donne « sorbetière » et « sarbotière » .
Au lieu de « magnonaise », l'usage fautif a prévalu de dire mayonaise. — Et Ton coin-
mence à dire « sauce génoise », au lieu de « sauce genevoise », qui est le vrai nom.
Les faiseurs d' « ornements », ignorant l'orthographe ou s'accommodant surtout à l'oreille, se sont nommés « ornemanistes » ; les dessinateurs « au fusain » se sont nommés « fusmistes ». — Les marchands de papier, « papetiers ».
On ne peut pas dire que ce soient là des mots .bien faits, mais cela s'entend.
Parfois donc c'est le peuple qui se trompe ; parfois aussi c'est lui qui a raison, quoique la société polie lui donne tort. Le peuple prononce « un siau d'eau », et nous « un seau d'eau ». Or, du mot latin situla, vint chez nous le mot « seille », qui se dit encore en Berry très couramment; puis, du
diminutif sitella , vint seilleau , qui , contracté , donne « siau » .
Nous prononçons en deux syllabes « le fléau » à battre le blé ; mais les paysans, dont c'est l'arme, le prononcent en une syllabe , selon l'ancien usage , témoin ce vers de Jean Marot (père de Clément) :
Comme s'il fust le fléau de justice divine.
On avait les mots « clinquaille, clinquaillier » , venus du hollandais klinken, « résonner, faire du bruit » ; on les a contractés en « quincaille, quincaillier », par une prononciation plus que négligée. Et alors, dans la comédie des Faux Bonshommes, quand madame Dufourré dit qu'elle vient de chez « le clinquaillier », — selon la prononciation ancienne et correcte, — on se moque d'elle : l'usage vicieux a triomphé.
Les lettrés eux-mêmes commettent des méprises. On n'aperçoit pas pourquoi l'Académie et Littré font deux verbes différents de « seoir » au propre et « seoir » au figuré. Les deux n'en sont qu'un, comme le sedere des Latins.
En revanche, l'Académie (chose étrange!) fait un seul et même verbe de « altérer » et « atterrer » , qui en sont bien deux , provenant de racines différentes : l'un, de atterere, atlero, attritum, d'où vient « attrition » (ainsi que viennent du simple « la triture des affaires » et « triturer ») ; l'autre, de ad lerram, ce qui, dans celui-ci seulement, justifie les deux r. L'Académie n'y regarde pas de si près, et dit tranquillement : « Quelques-uns écrivent altérer » (avec un seul r). — Littré se contente de désapprouver cette dernière ligne ; mais cela ne suffit pas, il aurait dû signaler la confusion vraiment surprenante.
Elle est presque aussi prodigieuse que celle de Mirabeau qui, dans son éloquent discours sur la banqueroute, emploie le mot « substanter » , en songeant au mot « substance », — dans le sens de « sustenter » (du latin sustentare, fréquentatif de susiincre, soutenir). Mirabeau du moins avait pour excuse que cette forme hybride se trouve déjà dans la Satire Ménippée. Mais l'excuse est insuffisante.
Quelques-uns, par une confusion analogue, au lieu de « hébéter » (hebetare, émousser), se mettent à écrire « hébeter » où ils mêlent vaguement dans leur pensée le mot et l'idée debête. Mais, dans ce cas, ils devraient écrire « ébêter » sans h. Ou bien pourquoi n'en mettraient-ils pas une à « embêter »?
J'ai trouvé, dans un roman de l'année dernière, des « tartelettes rass/es » pour
« rassises ». Et, tous les jours, on rencontre des gens qui disent et écrivent qu'ils ont « les oreilles rabattues » de tel ou tel sujet.
On entend de très jolies bouches dire « Quand il a sagi», pour « Quand il s'est agi ».
Un critique éminent, sévère pour autrui, distrait quelquefois pour lui-même, a cru pouvoir forger le mot « inatteignable ». « Inattingible » eût été mieux, par analogie à « tangible » . Inatteignable supposerait pour point de départ non pas l'infinitif « atteindre » , mais l'infinitif « atteigner »! — Ce n'est pas la faillite de la science, c'est la faillite de l'attention.
Il y en a qui prononcent le mot « solennel » comme si c'était « colonel » avec une cédille.
Trop souvent c'est la prononciation molle et énervée qui tend à prévaloir. Le Dictionnaire de l'Académie , dans sa dernière édi-
tion, revue et corrigée pourtant, écrit encore « événement ». Cependant tous ceux qui savent parler prononcent « événement » avec un accent grave, absolument comme dans « avènement ». L'Académie, qui admet celui-ci, n'admet pas encore celui-là. Elle a rétabli du moins l'accent grave sur le mot « complètement » qui, dans les précédentes éditions, était écrit « complètement », — sans doute par la contagion de « complément », son voisin; mais celui-ci avait pour justification qu'il se prononçait comme le mot latin complementum, d'où il venait.
Littré fait remarquer avec raison que, dans « je succéderai , je succéderais » , « j'en/e'verai, j'en/eVerais », et autres formes de cette sorte, l'Académie, en mettant un e fermé au lieu d'un è ouvert, ne se montre pas conséquente avec ellemême, puisque le futur se forme d'après le présent de l'indicatif, et qu'à celui-ci elle écrit « je succède », « j'enlève ». 11
DE LA LANGUE FRANÇAISE. 12o
faudrait donc écrire : « je succéderais », « j'en/èverais ».
La prononciation s'énerve tellement qu'on entend aujourd'hui nombre de personnes, à Paris, prononcer : « c'est une ereur », « c'est une horeur ». Une célèbre cantatrice, dans le beau duo d'amour, au deuxième acte de Faust, prononçait : « 0 silence, ô bonheur, inéfable mystère ! » Le mot ainsi prononcé n'a plus ni passion ni poésie. — Dans le Parlement et ailleurs, au lieu de dire « le Cabinet » , on prononce « le Cabine » ; au lieu de dire « le budget, un paquet, j'étais, j'avais, boire du lait », on prononce : « le budgé, un pague, y été, j'ave, boire du lé». — Dans une nouvelle école poétique, on fait rimer forêts avec dorés, secrets avec prés, pantelait avec dentelé.
Quelquefois , tout à l'inverse , au lieu de
s'émousser, la prononciation s'aiguise, — à tort également. Ainsi, au jeu de trictrac, le double -six s'appelle « sonnez ». Boileau, dans sa dixième Satire :
Si tu voyais tes biens, au sort abandonnés, Devenir le butin d'un pique ou d'un sonne*.,.
Pourtant presque tous les joueurs de trictrac ou de jacquet, aujourd'hui, prononcent a sonne t »,
Un grand nombre d'écoliers, pour dire a cahier » , prononcent « cahiet » ; et il y a non seulement des écoliers, mais des maîtres, qui, pour le mot « pluriel », prononcent a pluner », peut-être afin de faire pendant et assonance à « singulier », sans y réfléchir autrement.
On disait jadis un « civé »; mais, depuis le milieu du xvme siècle, on dit : un « civet ».
Ceux qui demandent que l'on écrive comme on parle, apparemment ne s'aper-
çoivent pas de toutes ces diverses prononciations. Quelle tour de Babel ce serait !
Cette chimère a été combattue dès sa naissance par Etienne Pasquier et par Henry Estienne.
Au xvne siècle, Bossuet à son tour y opposait cette remarque de bon sens : « Il ne faut pas souffrir cette fausse règle, d'écrire comme on prononce, parce que, en voulant instruire par là les étrangers et leur faciliter la prononciation de notre langue, on la fait méconnaître aux Français mêmes... Si l'on écrivait tans, chan, émais ou émès, anterreman, qui donc reconnaîtrait ces mots? On ne lit pas lettre à lettre; mais la figure entière du mot fait son impression tout ensemble sur l'œil et sur l'esprit ; de sorte que, quand cette figure est considérablement changée tout à coup, les mots ont perdu les traits qui les rendent reconnaissables à la vue, et les yeux ne sont pas contents. »
M. Gréard, défendant la môme idée à
l'Académie, disait : « Qui peut concevoir une langue remise au parler des différentes régions de la France, au provençal et au flamand, au breton et au basque, au franccomtois et au gascon? Arrivât-on, par miracle, à composer un alphabet qui, pour un jour, mît d'accord récriture et la prononciation, dès le lendemain elles varieraient, non seulement de pays à pays, mais de ville à ville, de quartier à quartier, de sexe à sexe, d'homme à homme, et, dans le même homme, selon l'âge, la santé et l'humeur *. » A plusieurs reprises, de siècle en siècle, on a renouvelé cette proposition de simplifier l'orthographe en la conformant à la prononciation 2. Mais pour cela il faudrait premiè-
1. Note présentée à la « Commission du Dictionnaire » de l'Académie française. (Voir le Journal des Débats, du 25 août 1893.)
2. L'histoire des tentatives faites depuis le xvr siècle pour la simplification de l'orthographe a été pré entée fort au complet par Ambroise Firmin Didot dans ses Observations sur VOrthographe française, en 18G7. — Deuxième édition en 18G8.
rement que tout le monde prononçât de même. Or, il n'en est rien. Vous dites que l'on devrait écrire « Madame », « je paîrais » ; et moi je dis que ceux qui prononcent ainsi ne savent pas prononcer, et que, pour bien parler, les deux c dans « acclame », et non seulement Yi mais Vy dans « payerais », sont indispensables. Vy ne Test pas moins au présent de l'indicatif « je paye », si l'on prononce correctement ; car, comme le disait la grammaire de Lhomond, l'y grec compte en français pour deux i. Et l'on doit prononcer « je pai-ie » et non pas « je pai » ; « yessai-ie » et non pas « Cessai ». Mais cette seconde prononciation, toute mauvaise qu'elle est, prévaut de plus en plus. Un de nos comédiens, .d'ailleurs excellent et d'un jeu très moderne, prononce : « 11 faut que jeunesse se pai ».
Marie, en 1827, se rendit fameux par ses propositions radicales, voulant supprimer toutes les lettres qui ne se prononcent pas ;
mais lui-même prononçait singulièrement, puisqu'il écrivait sugsè pour « succès », fransé pour « français » ! — Prétendant faciliter ainsi l'écriture, il déposait chez son notaire, maître Bertinot, une somme de trois cents francs, offerte pour prix à a lui qui écrirait sans faute, sous sa dictée, vingt lignes de mots usuels. On peut voir par les deux exemples ci-dessus ce qu'il entendait par « sans faute ».
Charles Nodier se moquait fort de ceux qui voulaient supprimer les consonnes marquant l'étymologie, et faire ce qu'il appelait « du français désossé » .
Sous prétexte de faciliter l'orthographe à ceux qui ne la savent pas, vous obligeriez ceux qui la savent à la désapprend ro; sans compter que vous ôteriez à tous les mots leur physionomie, — comme déjà on l'a ôtée aux chiffres en les réduisant à ne pas sortir du rang, ni par en haut ni par en bas.
On pourrait certes avec avantage rétablir les consonnes simples partout où on les a doublées sans raison, — comme dans « honneur, honnête, personne, personnel, constitutionnel, patromicr, patronnesse, patronnet, korrigane, Œdipe à Colonne », etc. (tandis que, à l'inverse, on ne les double pas où il le faudrait : on devrait écrire « Péloponnèse » d'après le grec Péloponnèsos , et « Pennsylvanie » du nom de William Penn1.)
1. Il faut reconnaître, d'ailleurs, que la langue française, par ses singularités et anomalies d'orthographe et de prononciation , a bien de quoi embarrasser les étrangers , dans des phrases comme celles-ci : « Tranquille avec sa béquille, 1 entra dans la ville avec sa fille , qui perça une anguille avec son aiguille. — Les poules du couvent « couvent ». — Mes fils ont cassé mes « fils ». — Il est de 1' « Est ». — Je vis ces avis». — Cet homme est fier, peut-on s'y « fier »? — Nous éditions de belles « éditions ». — Nous relations ces a relations » intéressantes. — Nous acceptions ces diverses « acceptions » de mots. — Nous exceptions ces « exceptions ». — Le président et le vice-présidenf « pré-
Les redoublements peu sensés, dans le genre de ceux que je viens de rappeler, ne sont pas une raison pour écrire et pour prononcer, avec une seule consonne, « aclamer, agraver, agressif, a?îexe, co/ègue », comme quelques-uns le font aujourd'hui.
D'autres proposent d'écrire « i??ocent » avec une seule w, ce qui serait encore moins raisonnable, à mon sens, que « agressif » avec un seul g.
* On a flotté longtemps entre « méteil » et
sidcnt » tour à tour. — Je suis content qu'ils a content » cette histoire. — Il convient qu'ils « convient » leurs amis. — Ils ont un caractère violent; ils « vio/ent » leurs promesses. — Ils expédient leurs letlres ; c'est un bon a expéclient ». — Nos intentions sont que nous « intentions » ce procès. — Ils négligent leurs devoirs ; je suis moin- or négligent ». — Ils résident à Paris chez le « résident » d'une cour étrangère. — Les cuisiniers excel/ent à faire ce met « excellent ». — Les poissons affluent à un « affluait ».
« métal ». Celui-ci a eu le dessus enfin ; mais quelque chose de la première forme est demeuré dans « médaille » , qui n'est autre que le pluriel neutre latin metalla devenu substantif féminin singulier. (En anglais medal.)
On écrivait autrefois « apprenti/"», qui est devenu « apprenti », parce que Yf final ne se prononçait pas, non plus que dans « cer/*», qui cependant Fa gardé, et dans « cle/* » qui le garde ad libitum ; ni Y s dans les mots « ours », et « mœurs » .
Les Burgundiens (habitants de la Burgwidia, Bourgongne) sont devenus « les Bourguignons ».
On voit, par ces exemples pris au hasard, que, comme le dit Littré, « l'écriture et la prononciation sont deux forces constamment en lutte ».
Changements de construction et de tours
Ce qui se perd encore plus que le sens des mots , c'est le sens des constructions et des tours. Or, c'est précisément à l'emploi de ces tours qu'on connaît les gens qui savent la langue, ou ceux qui l'ignorent.
Nous n'avons pas la prétention de faire ici de la technique ; nous voulons simplement noter quelques observations, sans système.
J'ai toujours vu que l'actrice chargée du rôle de madame Jourdain , dans le Bourgeois gentilhomme , ne comprenait pas l'ancienne
locution « et si », qui veut dire « et pourtant ». Dorante lui dit : « Qu'avez-vous donc, madame Jourdain ? » Et elle lui répond, de mauvaise humeur : « J'ai la tête plus grosse que le poing » . Puis elle ajoute : « Et si elle n'est pas enflée ». C'est-à-dire : « Et pourtant elle n'est pas enflée ». Le sens de la phrase est complet. Eh bien, l'actrice paraissait croire que la phrase et le sens étaient interrompus par des points suspensifs, et que « si » était le commencement d'une phrase incidente non achevée.
Il y a, à la Chambre des Députés, dans la salle de lecture, une grande diablesse de statue d'Henri IV beaucoup trop massive (on a fait, du petit Béarnais si fin, un colosse) ; mais le pire est que, ne comprenant pas son mot si politique à propos de sa conversion : « La violente amour que je porte à mon peuple
me fera trouver tout aisé et honorable », on a mis en grosses lettres d'or cette faute : « que j'apporte à mon peuple... » Depuis environ quatre-vingts ans, cette leçon inintelligente s'étale aux regards de tous les députés français; personne n'y fait attention, ou bien personne n'a le pouvoir de faire rétablir le vrai mot. « Porter affection à quelqu'un » est une tournure essentiellement française. Corneille, dans Polyeucte, acte IV, scène ni :
Mais cette amour si ferme et si bien méritée Que tu m'avais promise et que je t'ai portée...
Une erreur non moins singulière et non moins manifeste a été enregistrée par l'Académie, et maintenue dans la dernière édition de son Dictionnaire, en ces termes : « Il ne l'eut pas plutôt dit, il n'eut pas plutôt fait telle chose, qu'il s'en repentit ». Comment
n'a-t-on pas vu qu'il faut ici écrire « plus tôt » en deux mots ? Le sens évident n'est-il pas : « Il s'en repentit encore plus vite qu'il ne l'avait fait, qu'il ne l'avait dit »? C'est un hellénisme. — Si les gens d'autrefois, peutêtre les imprimeurs, ont commis ces fautes, « plutôt » et « siéent », et si l'on s'est cru obligé d'enregistrer l'une et l'autre dans le Dictionnaire, au moins aurait-on dû y ajouter une petite remarque de protestation.
Voici une autre énormité , qui a passé depuis longtemps dans la langue :
Jadis on avait commencé par dire : « // m'en souvient ». C'était un latinisme : « ld mihi subvenit, cela remonte à ma pensée ». Pour les gens qui savaient le latin , c'était très clair; pour tous les autres, qui sont les plus nombreux, c'était obscur ; ils y substituèrent la tournure, plus claire pour eux,
mais incorrecte : « Je m'en souviens », tournure absolument barbare, qui cependant a passé en usage, et cela dès le xvie siècle.
Ce premier barbarisme de construction en amène à présent un autre, sur le régime du verbe « se rappeler ». La tournure correcte est : « Je me le rappelle », je rappelle cela à ma pensée. Bossuet : « Rappelez dans votre mémoire les exploits de ce grand prince » . Mais la multitude des gens illettrés dit à présent : « Je m'en rappelle ». Et quelques lettrés même, à force de l'entendre dire autour d'eux, le répètent sans y penser.
Ainsi le premier monstre, « Je m'en souviens », en a engendré un second : « Je m'en rappelle ».
C'est aussi du latin que vient le double sens dans lequel nos écrivains, et les meilleurs, emploient la locution « rien moins ».
« Rien moins » signifie en français « point du tout ». Molière, dans son premier Placet sur Tartufe : « Ma comédie n'est rien moins que ce qu'on veut qu'elle soit » . C'està-dire : « N'est point du tout... » — Et, dans les Femmes savantes. Dorante parlant de Trissotin :
Un pédant, qu'à tout coup votre femme apostrophe Du nom de bel esprit et de grand philosophe, D'homme qu'en vers galants jamais on n'égala, Et qui n'est, comme on sait, rien moins que tout cela.
Mais nos écrivains, nourris de latin, mettent parfois « rien moins » dans le sens de « rien moindre » ou « rien de moins que ». En français, il y faut regarder à deux fois pour bien saisir le sens. — Ainsi Bossuet, dans V Oraison funèbre de Marie- Thérèse : « Ces riches vêtements dont le baptême les a revêtus, vêtements qui ne sont rien moins que Jésus-Christ même, selon ce que dit l'apôtre... ». Et, dans Y Oraison
d'Anne de Gonzague ; « Quand Dieu choisit une personne d'un si grand éclat pour être l'objet de son éternelle miséricorde, il ne se propose rien moins que d'instruire tout l'univers ».
En latin , nulle ambiguïté ; mais en français il y en a une ; qu'il serait facile d'éviter, en disant d'une part « rien moins » et de l'autre « rien de moins »; ou, plus simplement encore, « pas moins que ».
Par un latinisme également, l'expression « quelque chose », — autre anomalie, — au lieu d'être traitée comme un féminin qu'elle est, est traitée comme un neutre ; nos écrivains , élevés en latin , avaient dans la pensée, par une sorte de syllepse, le mot aliquid.
De même le mot « personne », quoique féminin, est traité, dans les phrases négatives,
comme le masculin nemo. Pareillement rem (une chose), devenu chez nous le mot « rien », passe du féminin au neutre (car il y a parfois un neutre en français, quoique non reconnu officiellement : « Le vrai, le bien, le beau; un mal, un faible. // pleut, il grêle, plaît-tï, ainsi soit-î7, il m'en souvient, que faites- vous? je ne le souffrirai pas ' »).
Puis, pour avoir été souvent accompagné
de négation, le mot « rien », comme le mot
« aucun » et le mot « guère », est devenu
négatif par contagion, au lieu d'affirmatif
qu'il était d'abord.
M. Bréal fait remarquer que Littré, re-
1. En Belgique, où la langue française ancienne se retrouve parfois plus qu'à Paris , on dit couramment à quelqu'un qu'on rencontre : « Comment va-t-iZ ? » Cela nous étonne d'abord, nous autres Parisiens, parce que nous avons perdu le sens de ce pronom neutre, et que, ne le comprenant plus , nous l'avons doublé par un pléonasme : « Comment cela va-t-z7? » Mais, dans la phrase ci-dessus, qui date du temps de Louis XIV, le pronom « il » signifiait déjà a cela » ; c'est un autre exemple de ce neutre qui en français n'a pas d'état civil, mais qui n'en existe pas moins.
gardant avant tout Tordre historique des significations, dit premièrement : « Aucun, quelqu'un » . « Rien, quelque chose » ; mais que l'Académie, à l'inverse, expliquant les mots selon l'impression qu'ils font aujourd'hui, dit avant tout : « Aucun, nul, pas un ». « Mien, néant, nulle chose ».
Les mots agissant les uns sur les autres par le voisinage , ceux-ci , « aucun , rien , personne, guère », ont passé d'une signification affirmative à une signification négative , parce que la négation « ne » les ayant souvent accompagnés , on a fini par les considérer comme négatifs en eux-mêmes.
Il faut rattacher encore à nos habitudes latines l'emploi, devenu archaïque, du pronom relatif « qui » dans le sens de « si l'on, si quelqu'un, si quis. En voici plusieurs exemples :
Corneille, dans sa comédie de la Veuve, acte IV, scène vi :
Qui lui pourrait un peu tirer les vers du nez, Que nous verrions demain des gens bien étonnés !
Le même dans la Galerie du Palais, acte IV, scène i :
Qui pourrait toutefois en détourner Lysandre, Ce serait le plus sûr.
La Fontaine dans la fable vin du livre V : le Loup apercevant le Cheval « qu'on avait mis au vert » :
Bonne chasse, dit-il, qui l'aurait à son croc !
Fontenelle , dans la préface de son livre des Oracles : « Voilà ce qu'il faut aux gens doctes. Qui leur égalerait tout cela par des réflexions, par des traits ou de morale ou môme de plaisanterie, ce serait un soin dont ils n'auraient pas grande reconnaissance. »
Clément Marot demande plaisamment au roi François Ier de lui prêter quelque argent :
Car, depuis peu, j'ai bâti à Clément, Et à Marot, qui est un peu plus loin. Tout tombera, qui n'en aura le soin.
La locution encore courante aujourd'hui, « comme qui dirait » signifie « comme si Von disait ».
Et enfin le proverbe : « Tout vient à point, qui sait attendre, » veut dire : « si Von sait attendre » . A présent, comme on ne comprend plus la tournure ancienne, on dit : « à qui sait attendre » . Mais c'est une modification amenée par l'ignorance générale.
Plusieurs écrivains emploient le mot « beaucoup » tout seul, dans le sens d multi muUœ, multa, etc., et le mot « peu dans le sens de pauci, paucœ, pauca, etc. sans songer qu'en latin les changements d terminaison du mot indiquent le cas, 1 genre et le nombre, si c'est un masculin o
un féminin, un singulier ou un pluriel ; mais qu'en français, où « beaucoup » et « peu » restent invariables, ils sont plus ou moins obscurs au premier coup d'œil. Il y a donc là un inconvénient, que Ton doit, à mon sens, éviter.
Il y en a un aussi à employer la construction « certains de » pour signifier « quelquesuns de », cette construction ayant déjà son emploi pour signifier « assurés de ». A ces petits détails tient la clarté parfaite, la limpidité.
Autrefois on disait : « J'ai hérité ce bien », et « C'est de mon père que je /'ai hérité » . Ensuite on a dit : « Hériter d'un bien », et on a été amené à dire, par une construction moins heureuse : « J'ai hérité de mon père de ce bien ».
Cette même éducation latine a donné la
14H LES DEFORMATIONS
tournure quel que soit , d'où ensuite , par inadvertance, une construction très difi'orme, qu'il faut expliquer.
La tournure française usitée d'abord et très claire était : tel que soit. Un des correspondants de Mazarin, La Boulaye, lui écrit : « J'attends les effets de votre justice qui, tels qu'ils puissent être, ne m'empêcheront jamais de vous servir ». Ainsi l'écrivaient aussi Descartes, Corneille, Pascal, Bossuet, madame de Sévigné, Voltaire. — Descartes, dans sa Dioptrique, II : « La puissance, telle qu'elle soit, qui fait continuer le mouvement... » — Corneille, dans Cinna, acte III, scène n :
Je crois que Brute même, à tel point qu'on le prise. . .
Pascal (Provinciales, XVII) : « Voilà, mon Père, un point de foi bien étrange, qu'une doctrine est hérétique, telle quelle puisse être... » — Bossuet, De la Concupiscence, 32 : « Nous vous demandons, Seigneur, que notre lumière, telle qu'elle soit, se perde dans la
vôtre et s'évanouisse devant vous. » — Madame de Sévigné ( lettre du 5 juin 1680) : « On ne met pas la main sur un livre, tel qu'il soit, qu'on n'ait envie de le lire tout entier. » — Saint-Simon, Mémoires, tome XXXIII, in-12, page 2G0 : « Tels que fussent ceux que je lui nommais... » — Voltaire, Essai sur la Poésie épique, IV : « Virgile avait eu la faiblesse de donner à Auguste un encens que jamais un homme ne doit donner à un autre, tel qu'il soit. »
Voilà quelle était la tournure française. — D'autre part, avait cours une tournure calquée sur le latin qualiscumque, qui se maintint concurremment avec l'autre pendant les xviie et xvme siècles, et qui finit par l'emporter : c'était « quel que soit » , au lieu de « tel que soit *>. Et celle-ci, faute d'être bien comprise, fut souvent employée de travers. Molière, lui, l'emploie très justement dans les Fâcheux, lorsqu'il fait dire à Éraste :
En quel lieu que ce sot/, je veux suivre tes pas;
Saint-Simon use tour à tour de la forme française et de la forme latine, correctement dans l'un et l'autre cas. Au tome XXXV, in-12, page 71, il dit : « Sous tel prétexte que ce pût être. » Dans le même volume, cinq pages plus loin, il écrit : « L'instruction en forme qui me fut donnée, quelle qu'elle fût, satisfaisait atout. » — Voilà qui est bien. Mais d'autres, faisant fausse route et ne sachant où ils allaient, se mirent à dire: « En quelque lieu que ce soit. » Ils avaient dit d'abord , correctement : « Quelles que soient vos richesses », traduction de qualescumque. Seulement, lorsque dans la phrase, le verbe « avoir » se substituait au verbe « être », ils se méprenaient, et, au lieu d'écrire comme ils auraient du : « Quelles richesses que vous ayez », ils écrivirent : « Quelques richesses que vous ayez », construction barbare, où il y a deux que l'un sur l'autre, le premier oiseux, et avec une s qui ne se justifie aucunement. Cette mons-
truosité est passée en usage, et Ton n'y peut plus rien.
L'énormité s'accroît dans ce vers de Corneille, Pulchérie, acte II, scène i :
Et n'oser de ses feux, Quelques ardents qu'Us soient, se promettre autant qu'eux...
Autant que mes rivaux. — Et dans ce vers de Lamartine, Recueillements:
Quelque soit la main qui me serre...
Deux étranges distractions de nos grands
poètes I
Une autre tournure également calquée du latin ! est « quant à » , au lieu de « tant qu'à ». Cette tournure- ci, plus française, n'est demeurée que dans le peuple.
1. Quantum ad, avec syllepse de l'antécédent tantum; — comme de talis avant qualis, ci-dessus.
Une déformation non moins horrible, qui se propage de plus en plus, et qui même se trouve chez plusieurs des bons écrivains de notre siècle, c'est la construction « // n'y a pas que », pour signifier le contraire de « Il n'y a que ». Je réclamais déjà à ce sujet, il y a trente ans, dans les Débats1; et j'ai du moins le plaisir de voir que Littré m'a fait l'honneur d'adopter et d'enregistrer ma réclamation , telle quelle , dans son Dictionnaire (c'est au mot que. Remarque lve) :
« A Rome, il n'y avait pas que les esclaves qui fissent le métier de gladiateurs. » Construction barbare, bien que fort usitée aujourd'hui. On n'en trouverait pas un seul