Du 23 août
exemple dans toute la littérature française avant la fin du xvnie siècle. Le plus ancien que j'en aie rencontré est de Maurice Dupin, petit-fils du maréchal de Saxe et père de George Sand. C'est dans une lettre qu'il écrit à sa mère en 1798. Je ne connais avant cette date aucun exemple de pareille faute chez les écrivains français. Grammaticalement, cette construction signifie précisément le contraire de ce qu'on veut lui faire dire quand on l'emploie aujourd'hui. Je n'en veux pour preuve que le vers de Corneille, Horace, acte III, scène vi :
Ils ont vu Rome libre autant qu'ils ont vécu, Et ne l'auront point vue obéir qu'à son prince...
C'est-à-dire, « si ce n'est à son prince ». Tel est le sens français de cette tournure, quoique aujourd'hui un grand nombre de personnes et môme d'écrivains l'emploient dans le sens opposé... Littré , pour confirmer mon interpré-
tation, ajoute, comme second exemple, ces vers de Clément Marot :
Et que le mal qui en pourrait venir Ne pourrait pas tomber que sur la tête Du malparlant qui trop se montra bête.
Entendez: « si ce n'est sur la tête ».
Corneille et Marot ont bien dit ce qu'ils voulaient dire, et nos contemporains se trompent quand ils se servent de la même tournure pour signifier tout l'opposé. Ils s'imaginent qu'il suffit d'ajouter le mot pas pour retourner le sens de l'affirmai if au négatif; ils ne s'aperçoivent point qu'ils font servir le ne deux fois pour une. Le mof pas, moitié de la négation ne pas, ne saurait régulièrement constituer à lui seul la négation entière, indispensable pour changer le sens totalement, du blanc au noir.
« Pas, point, dit M. Bréal, servaient à renforcer la seule négation véritable, ne1. »