‹ Les déformations de la langue françaiseChapitre 20 sur 45 · DON DIÈGUE · texte numérisé non relu

DON DIÈGUE

D'un affront si cruel, Qu'à l'honneur de tous deux il porte un coup mortel, D'un soufflet. L'insolent en eût perdu la vie, Mais mon âge a trompé ma généreuse envie. . .

L'ellipse est forte, mais très claire : « en eût perdu la vie » , c'est-à-dire , « eût perdu la vie à cause de ce soufflet » ; ou bien ,

comme on dirait familièrement, « eût perdu la vie de ce coup-là ». C'est le latin indc.

De même l'abbé Le Dieu, secrétaire de Bossuet, dans son Journal : « Le 14 octobre 1702, défaite des Allemands par M. le marquis de Villars, qui en a été fait maréchal de Franco. » — « En », pour cette victoire.

Il faut regretter aussi la désuétude de la tournure « sans que » avec l'indicatif ou le conditionnel ; elle était fort usitée chez nos meilleurs écrivains. Ainsi Molière, dans F Étourdi, acte I, scène n :

Sans que mon bon génie au-devant m'a poussé, Déjà tout mon bonheur eût été renversé .

C'est-à-dire : « sans cette circonstance que. . . » — Ainsi également madame de La Fayette : « Il vous irait remercier, sans qu'il a la

goutte». — Madame de Sévigné (25 juin 1670) : « Vous m'avez écrit la plus aimable lettre du monde; j'y aurais fait plus tôt réponse, sans que f ai su que vous couriez par votre province » . La même : « Je suis si lasse de cette chienne d'écriture que, sans que vous croiriez mes mains plus malades, je ne vous écrirais plus , que je ne fusse guérie. »

Une jolie tournure encore, également perdue, est celle-ci, dans le Legs de Marivaux, lorsque la comtesse dit à sa soubrette : « D'où vient mentir, Lisette? » pour dire : « D'où vient que vous mentez ? »

Les grammairiens soutiennent qu'il ne faut pas dire : « Cette femme a l'air bonne »...

« La chance a l'air moins mauvaise ». Ils veulent que l'on dise : « a l'air bon », « a l'air moins mauvais ». Mais on admet généralement aujourd'hui la syllepse : « a l'air [d'être] bonne », « a l'air [d'être] moins mauvaise ».

Les lettrés eux-mêmes, à présent, violent à chaque instant la règle du subjonctif. C'est peut-être pour éviter l'apparence du pédantisme et la lourdeur de certaines formes, comme celle-ci : « Je voudrais que vous vous

Chaque siècle a ses habitudes de langage, et l'on pourrait dire chaque demi-siocle;

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