‹ Les déformations de la langue françaiseChapitre 23 sur 45 · Fléckier, Oraison funèbre de Turenne · texte numérisé non relu

Fléckier, Oraison funèbre de Turenne

se commettent (compromettent) pour lui dans leurs ouvrages. « Valeur » devait (aurait dû) aussi nous conserver valeureux; « haine », haineux; « fruit », fructueux... ; « gîte », gisant; « vanterie », vantard; « mensonge », mensonger ; « coutume », coutumier...

« Sollicitude », que « les Femmes savantes » trouvaient hors d'âge :

... Sollicitude à mon oreille est rude , Il pue étrangement son ancienneté ,

ne s'est pas tenu pour enterré, et a repris plus de jeunesse qu'il en eut jamais.

La Bruyère conclut, avec résignation, non sans tristesse, qu'il faut se soumettre à l'usage, « et cela sans que l'on voye guère, dit -il, ce que la langue française gagne à ces différences et à ces changements » .

Fénelon , dans sa Lettre sur les Occupations

de r Académie, regrette, comme La Bruyère, d'anciens mots excellents qui ont péri sans qu'on puisse en voir la raison.

Or, dit Littré, « une langue se gaspille qui, sans raison, perd des mots bien faits et de bon aloi. Gaspiller ce qu'on a, ne vaut pas mieux dans l'économie des langues que dans celle des ménages » *.

Avant même que les mots soient usés , on en frappe sans nécessité de moins bons, en cuivre au lieu d'or. Quand vous possédez le mot « fonder », à quoi sert baser ? Lorsque ce nouveau-venu se présenta à la discussion de l'Académie dans la commission du Dictionnaire, Royer-Collard dit : « S'il entre, je sors ». Aussi baser n'entra-t-il pas. Il a

Page 1