‹ Les déformations de la langue françaiseChapitre 29 sur 45 · Page · texte numérisé non relu

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tout bonnement « serpent » au féminin pour nommer la « rue Serpente ».

Chausse-trappe, n'est-ce pas une trappe où le pied se prend et se chausse, pour son malheur ?

Copeau n'a-t-il pas la même racine que « couper», du verbe grec (aoriste second infinitif) copein, — comme «entamer» d'entame'in ?

S'engouer, n'est-ce pas prendre en goût quelque chose ou quelqu'un ; — comme « s'énamourer » prendre en amour ?

Gaillard n'est-il pas parent de galand, que François Villon écrivait gallant?

Où sont les gracieux gallants Que je suivoye au temps jadis ?. .

Rapprochez-en galerie, qui s'écrivait « gallerie », lieu où l'on dansait, gala, etc.

Goujat, n'est-ce pas celui qui vit ïivec

les goujes, nom des filles de joie dans Rabelais? « Belle gouge et de bonne trogne! »

Pour marmot, les Racines grecques ne disent-elles pas : « Mormô , marmot... »? Et cela paraît identique.

Omelette, qui d'abord s'écrivait oumelette ou ovmelette (puisqu'il n'y avait qu'une seule et même lettre alors pour Vu et le v , laquelle seulement on distinguait en u voyelle et u consonne), vient sans doute de l'italien et signifie mot à mot œufs mêlés.

Outil n'est -il pas la transcription pure et simple du pluriel neutre latin utilia, les objets utiles à un ouvrier, ses affaires, comme disent les écoliers et les artistes ?

Pompe ne vient-il pas , comme en grec pompe, de pempô, j'envoie ou je conduis ? De là le sens de « pompe » funèbre, conduite que l'on fait au défunt pour l'honorer, — même sens que le mot « obsèques » : obsequi, suivre.

Ronfler n'est-il pas une vive onomatopée , aussi expressive que celles de « craquer » , « croquer », « croasser », « coasser », « siffler » ?

Pour « tricoter », je n'affirmerais pas que cela signiûe « travailler avec de petites triques ou petits bâtons » ; il y a cependant quelque apparence. Mais « vigie » présente une ressemblance bien réelle et bien effective avec vigil, veilleur.

Et, enûn, quant à vasistas, n'est-ce pas simplement la transcription française des trois mots allemands Was-ist-das ? « Qu'estce? Qu'y a-t-il?», mots que dit le concierge ou portier en ouvrant le carreau mobile qui de là a pris ce nom ? — à peu près comme on appelle « espion », en Belgique, un petit miroir dans lequel, sans ouvrir la fenêtre et sans se montrer, on peut voir qui frappe à la porte, et au besoin se faire nier.

Après avoir dit que béret vient du béarnais

berreto, qui est le latin birretum dans un texte du vie siècle, M. Brachet aurait pu citer barrette, qui se trouve dans l'Avare de Molière.

Pour le mot contre-danse , il se contente de nous renvoyer au mot danse, et là il explique seulement que ce mot danse est d'origine germanique. Mais sur cela on pourrait croire que contre- danse a été formé de notre préposition contre mise avant danse pour signifier quelque chose comme en-avantdeux; tandis que contre-danse vient simplement, par corruption, de l'anglais country dar.ce, danse de contrée, danse de pays, mot qui se trouve dans The Vicar of Wakefield, et ailleurs. Dans les Mémoires du comte de Grammont, Hamilton, décrivant un bal qui avait lieu à la cour d'Angleterre , dit : « On quitta les danses françaises pour se mettre aux contre - danses » . C'est-à-dire aux danses nationales , aux danses du pays, country dances.

Non que je veuille contester l'origine

germanique du mot danse , l'anglais et l'allemand étant deux langues de même famille; mais l'origine de contre dans ce mot leur appartient également à l'une et à l'autre.

Sur le mot choucroute, M. Brachet se contente de dire : « Corruption de l'allemand sauer-kraut, môme sens ; mot venu par l'Alsace ». — N'aurait-il pas dû ajouter cette observation assez curieuse, à savoir que, de sauer-kraut, littéralement aigrechou, le mot qui signifie aigre, mal prononcé sans doute par nos soldats dans les guerres de la République, est devenu pour eux la syllabe chou, et le mot kraut, chou, est devenu croûte, qui n'avait que faire ici et qui ne signifie rien, attendu qu'il n'y a aucune espèce de croûte dans la choucroute ; non plus qu'aucune espèce de haricot dans ce qu'on nomme haricot de mouton ; — non plus qu'aucune espèce de Mure dans havresac,

qui s'écrivait d'abord habresac, venant de l'allemand habersack, sac à avoine ; et en effet Ménage, en 1650, donnait la définition suivante : « Eavresac ou habresac , les chartiers et les fiacres appellent ainsi un sac de toile dans lequel ils donnent de l'avoine à leurs chevaux dans les rues... Les soldats fantassins se servent aussi de cette sorte de sac, quand ils vont en campagne. »

M. Brachet ne mentionne ni hochepot, ni mannequin, ni moutard. Le premier vient, je crois, du flamand hutsepot, « pot qu'on agite », de hutselen, hutsen, secouer de petits morceaux, soit de bois , pour tirer au sort , soit d'os ou de viande : hochepot équivaut à ce que les Espagnols appellent puchero ou olla podrida, d'où nous avons traduit mot-à-mot pot-pourri, qui est passé de la cuisine à la musique, mais ne s'emploie plus guère aujourd'hui.

Mannequin, c'est le flamand manneken, « petit homme » : le manneken-pis de Bruxelles est un petit homme de bronze, œuvre remar-

quable du statuaire Duquesnoy, et qui, dans une posture très naturelle, sert de fontaine publique.

Un hasard m'a fait connaître l'origine du mot moutard. « Ce mot, qui paraît récent, dit le Dictionnaire de Littré, n'en est pas moins d'origine inconnue. Ampère dit qu'il y a dans le Tyrol un mot mut, qui signifie enfant. Citons aussi l'espagnol muchacho, enfant, que nos soldats pourraient avoir rapporté en le corrompant. »

Ce n'est pas cela ; l'origine du mot moutard est toute française et toute parisienne. Vers 1826 ou 4827, les gamins du faubourg Saint- Jacques étaient en guerre, j'ignore pourquoi, avec ceux du quartier Moùffetard ; le lieu où ils se rencontraient une ou deux fois par semaine pour se battre était ce qu'on nommait alors le champ ou le chantier des Capucins, derrière les jardins de l'hôpital du Val-de-Grâce, devant l'hôpital du Midi, jusqu'à la rue de la Santé ; aujour-

d'hui un boulevard nouveau , celui de « Port- Royal » traverse cette esplanade. Or, les gamins du quartier Mouffetard appelaient leurs adversaires les Jacques, avec une intention d'injure et de mépris ; et ceux-ci appelaient les autres les Mouffetards, avec la même intention : « Ohé ! méchants mouffetards ! C'était avec ces cris que la bataille, comme dans Homère, s'engageait. Delà, par corruption, le nom de mouftard, puis moutard, passa dans la langue populaire, d'abord de Paris, puis de toute la France. Je ne crois pas qu'on puisse en trouver un exemple antérieur à la date que j'assigne. Telle est l'origine authentique et l'extrait de naissance de «. moutard ».

Le mot « gosse » , dans le monde populaire, l'a remplacé depuis quelque temps. Ce nouveau- venu est, dit-on, l'apocope d'un mot d'argot, bégosse, sorte d'insecte 4.

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