Todi. Id
LES ÉTATS DE DÉGÉNÉRESCENCE DEPUIS MOREL. 29 jusqu'au jour où, sur ces terrains ainsi préparés, se areffent des délires généraux ou partiels ».
Bini (1881)* comme FIcmming, Dagonet et d’autres, n’en fait qu’un état symptomatique.
Ainsi, l’origine dégénérative de la folie raisonnante et de la folie morale s’affirme plus nettement que pour les aliénations lucides. Complétons maintenant ces quelques indications par l’exposé chronologique des idées relatives à la folie héréditaire en général et à la doctrine des dégénérescences.
Une des conceptions les plus vastes de l’état dégénératif ap])arlient sans conteste à Moreau de Tours (1860)^ 11 accorde aux influenees héréditaires un rôle prépondérant dans la genèse de la folie, de l’imhécillité, de l’idiotie, etc. L’état qu’on appelle en pathologie prédisposition est ce même état, dit-il, qu’il considère comme l’origine, le fait primordial et générateur des phénomènes d’idéogénie qui font l’objet de ses études, fait moitié physiologique, moitié psychologique dont la folie et l’idiotie, lorsqu’il s’agit du système nerveux, expriment le plus haut degré de développement. L'auteur étudie exactement les antécédents de famille des idiots, des fous, des épileptiques, puis il examine ces individus eux-mêmes à la fois dans leurs dispositions
1. Bini. Délia pazzia morale in relazzione aile esigenze sociali ed umanitarie, in Arch. ital. ‘per le malattie nervosi è alienazzioni menlali, 1881.
2. Moreau de Tours. La psychologie morbide dans ses rapports avec la philosophie de Thistoirc. Paris 1860.
physiques et morales pendant la période de temps qui précède le début de leur affection et nous montre qu’à tous les égards ces catégories différentes de malades offrent entre eux de nombreux points de ressemblance et presque d’identité. C’est l’esquisse de la famille névropathique que î’éré décrira plus tard. Il décrit l’état mental du déséquilibré. Pour lui, toutes ces variétés de troubles physiques, intellectuels et moraux, folie, idiotie, épilepsie, tiennent à un principe oommun et déterminant. Il décrit encore l’état mental de ces déséquilibrés qui présentent, avec des apparences de raison, des anomalies tantôt intellectuelles, tantôt morales, tantôt instinctives, ces êtres qu’il appelle des « métis intellectuels », des « mulâtres de l’intelligence ». Le tout est rapporté à une influence organique héréditaire. L’ivrognerie ellemême est chemin faisant considérée comme une tare de famille.
La même année Bûchez, Falret (discussion sur les classifications à la société médico-psychologique), se déclarent partisans des folies héréditaires comme les a conçues Morel.
En 1861, Bcrthier affirme que la folie ne se déclare qu’après une prédisposition soit héréditaire, soitacquise. Ilugh-Graniger Steward (1864) ‘ étudie complètement la folie héréditaire et admet les types de Morel. En 1869,
1. Hügu Ghanigeu Steward. De la folie héi;ôditaire, in Journ. of ment, sc., trad. par Du Messie, 'm Ann. med. psyck.,
LES ÉTATS DE DÉGÉNÉRESCENCE DEPUIS MOREL. 51 dans un excellent travail, Krafft-Ebing* accorde aux influences héréditaires leur véritable valeur pathogénique. C’est l’ébauche des idées qu’il reproduira plus tard dans sa classification. « L’hérédité agit suivant les cas, dit-il, avec une puissance fort inégale; ici elle se borne à créer une plus grande vulnérabilité de l’organisme, une résistance moindre aux influences morbides {prédisposition héréditaire simple); là elle se fait sentir, ab ovo, sur l’organisation cérébrale pour y déterminer un développement pathologique graduel (hérédité constitutionnelle), de sorte que la folie apparaît comme le dernier terme de la chaîne psychopathique. »
Doutrebente (1869)^ conclut à l’existence d’une folie héréditaire spéciale due à l’accumulation de l’hérédité et à ses transformations.
Erlenmeyer fils (1870)% Bachelez (1871)% font les mêmes constatations. Wohlrab (1872) admet que les maladies mentales héréditaires sont les plus nombreuses. Elles s’accompagnent ou non de signes de dégénérescence. Il décrit les stigmates physiques, qui d’ailleurs ne sont pas constants et dont l’absence n’infirme pas l’idée d’une dégénérescence. Dans ce cas, la folie elle-même en constitue le seul stigmate.
Legrand du Saulle (1873 et 1876), Falret (1876),
1. Krafft-Ebing. Sur la signification pronostique de la prédisposition héréditaire, in Allg. Zeitsch. für Psych., 1869.