CHAPITRE V
Sommaire. — I. Généralités. — Substratum mental commun à tous les dégénérés; universalité des caractères psychiques de la dégénérescence. — Rupture de l’équilibre harmonique existant entre les fonctions des centres cérébro-spinaux. — Cause et mécanisme de la déséquilibration ; l’inhibition. — II. Analyse de l’état mental ; groupements cliniques : A. Les déséquilibrés de l’intelligence : idiots, imbéciles, débiles, dégénérés intelligents (dégénérés supérieurs). — B. Les déséquilibrés de la sensibilité; les émotifs. — C. Les déséquilibrés de la volonté ; les impulsifs.
Les manifestations symptomatiques de la dégénérescence ne se rencontrent pas seulement dans le domaine somatique. L’intelligence et. d’une façon plus générale, les fonctions de l’axe cérébro-spinal sont également perturbées. Les anomalies observées dans ce système ne sont ni les moins frappantes, ni les moins caractéristiques. Cette généralisation des désordres n’a rien qui puisse surprendre : le dégénéré est, en effet, un malade dès l’origine, ab ovo ; il se présente avec une tare constitutionnelle qui l’accompagnera du berceau à la tombe, et qui doit peser sur sa personnalité tout entière comme elle doit faire sentir son influence à toutes les époques de la vie.
C’est là une importante notion qui contribue à jeter la lumière sur bien des cas cliniques d’aliénation qui perdent toute signification, s’ils sont considérés isolément au lieu d’ètre rattachés à la série des phénomènes morbides échelonnés sur tout le par cours de la vie du malade. En analysant ainsi ce malade depuis sa naissance, on est moins tenté d’isoler comme autant d’entités cliniques les diverses manifestations pathologiques dont il est porteur et qui ne sont que les divers aspects d’un même mal. On peut aussi comparer entre elles des situations en apparence très différentes pour les rattacher finalement à une cause unique et au même mécanisme. Cette vérité trouvera particulièrement sa démonstration quand il sera question des obsessions.
Il y a donc lieu de considérer chez tout dégénéré un substratum mental particulier, une base dont nous mettrons en relief les caractères généraux, immuables, base sur laquelle viendront se greffer une quantité de situations morbides, reliées entre elles par cette commune base.
« Les conditions de dégénérescence, dit Morel*, « dans lesquelles se trouvent les héritiers de certaines « dispositions organiques vicieuses se révèlent non « seulement par des caractères extérieurs typiques plus « ou moins faciles à saisir, tels que la petitesse ou la « mauvaise conformation de la tête, la prédominance