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CHAPITRE VI

ÉVOLUTION DU DÉGÉNÉRÉ. SES RÉACTIONS CONTRE LES MILIEUX AMBIANTS. LES CAUSES ACCESSOIRES DE SA DÉSÉQUILIBRATION.

SoMMAiHE. — Le dégénéré à la naissance, dans la première et la seconde enfance. — Mortinatalité, mortalité précoce. — Incidents physiologiques et pathologiques. — Défaut d’équilibre manifeste dès cette époque. — Lenteur, irrégularité de l’évolution infantile. — Le dégénéré à la puberté et à l’adolescence. — L’épreuve scolaire. — La vie génitale. — Le dégénéré adulte. — La lutte pour la vie. — Le milieu social ; facteurs sociaux, physiques et physiologiques de déséquilibration. — Réaction du dégénéré contre le milieu et inversement du milieu contre le dégénéré. — Professions, maladies incidentes; intoxications. — La folie. — Le dégénéré sénile.

Nous nous sommes efforcés jusqu’ici de décrire les caractères généraux des dégénérés, tels qu’ils se dégagent de l’observation clinique. Mais l’histoire de ces malades comporte encore un grand nombre de particularités importantes à signaler. Nous suivrons maintenant l’évolution du dégénéré depuis sa naissance jusqu’à sa mort; nous mettrons en relief les divers aspects qu’il présente à tous les âges de sa vie ; nous l’étudierons daiis sa lutte contre les causes surajoutées de la déséquilibration qui s’échelonnent successivement autour de lui ; nous verrons quels sont ses modes de

réaction en face de la maladie, des processus physiologiques normaux, des influences morales, etc. C’est, en un mot, le dégénéré aux prises avec les milieux extérieurs que nous envisagerons surtout.

Taré dès l’origine, le dégénéré doit tout naturellement être porteur, dès la première enfance, des signes témoins de son état pathologiijue. Les stigmates de la dégénérescence apparaissent, en effet, de très bonne heure, et cette constatation est d’une importance énorme en ce qu’elle peut faire prévoir les divers incidents morbides qui se succéderont plus tard, de même qu’elle jette rétrospectivement une vive lumière sur ces mêmes incidents, lorsqu’ils arrivent à l’observation. Bien des syndromes, bien des délires n’acquerront, en effet, leur véritable signification, que si l’on sait les relier aux troubles observés dans le passé, en se servant des indications générales que nous avons données jusqu’ici et de celles qui vont suivre.

Un bon nombre de dégénérés ne vivent pas. La mortinatalité, dans laquelle on peut englober les naissances avant terme suivies de mort et les avortements, est, en effet, un des attributs de la dégénérescence héréditaire. Elle se produit, est-il besoin de l’ajouter, par suite de l’existence chez les générateurs de tares assez puissantes (alcoolisme, syphilis, etc.) pour engendrer chez le produit des lésions incompatibles avec la vie. Dans d’autres circonstances, également fréquentes, le

jeune dégénéré vit peu pour des raisons analogues. La mortalité est très grande dans le premier âge chez cette catégorie de malades. Ils naissent avec une santé précaire. soit avec des lésions graves, de nature tuberculeuse, syphilitique ou autre, soit sans lésions proprement dites, mais avec une résistance physiologique très amoindrie. Beaucoup succombent alors à la suite de complications méningitiques. Ces faits justifient les données de certains auteurs qui affirment la diminution de la durée moyenne de la vie chez les dégénérés.

Ceux qui vivent vont nous donner dès la première enfance des preuves de leur insuffisance. En dehors de leur tendance très nette aux affections scrofuleuses et plus tard tuberculeuses qui les signale déjà à l’attention, cette insuffisance se traduit encore par deux faits principaux : la difficulté et le retard de l’évolution infantile.La dentition, la marche, le langage senties trois phénomènes physiologiques dont l’altération frappe le plus.

Les dents apparaissent en général tardivement et d’une façon irrégulière, certaines n’apparaissent même jamais ; elles affectent des dispositions vicieuses dont les modes varient à l’infini et dont la description détaillée dépasserait le cadre de ce travail. Elles portent des lésions de divers ordres et sont souvent de bonne heure frappées de carie.

Le retard et la difficulté de la marche traduisent au dehors la faible éducabilité de la moelle qui ne par-

vient qu’après beaucoup d’efforts à coordonner les mouvements complexes, et à les adapter à leur fonction correspondante. Il n’est pas rare de ne voir marcher l’enfant que vers 2, 3 et 4 ans.

Le langage est une fonction si complexe qu’il n’est pas extraordinaire de le voir altéré dans tous ses modes. Le plus souvent il s’acquiert avec la plus grande lenteur. Les images des mots se fixent mal dans la mémoire ; le bagage verbal, longtemps insuffisant, ne permet pas au langage intérieur de se constituer. Quant à son expression elle est aussi troublée : le bégaiement, la blésité et ses multiples formes en témoignent. Certains enfants en restent au stade écholalique de la formation du langage.

Dans le même temps Vévoluiion de Vintelligence subit le même retard. Elle est lente, laborieuse. Cette lenteur n’est que la conséquence de l’inaptitude des divers centres à recueillir et à conserver les diverses perceptions, base première des opérations intellectuelles. La faculté d’assemblage ou de synthèse est elle-même inhabile et difficilement éducable. D’autres fois les facultés intellectuelles se développent en temps régulier et avec leur acuité normale, mais déjà apparaît, dans l’inégalité des aptitudes, dans maintes anomalies, le défaut d’équilibre que nous avons décrit. Dans presque tous les cas on peut observer un manque de parallélisme entre l’évolution physique et l’évolution intellectuelle des jeunes dégénérés; la prépondérance appartenant ^tantôt à l’une, tantôt à l’autre.

Au cours de cette évolution, le système nerveux se révèle déjà comme un locus minoris resistentiæ, le point faible de l’individu, le plus vulnérable à l’endroit des plus minimes causes.

Les incidents physiologiques de cette période s’accompagnent fréquemment de réactions cérébro-médullaires. Véclampsie au cours de la dentition par exemple est une des manifestations les plus communes de l’état dégénératif. Les maladies aiguës, les pyrexies se compliquent de troubles cérébraux et de convulsions ; les moindres affections internes provoquent, de la part de ce système nerveux en état de susceptdûlité permanente, les réactions les plus inattendues.

Plus tard et dans le cours de la seconde enfance se montrent des troubles de plus en plus caractéristiques de l’intelligence, des anomalies du caractère, impulsions, violences, colères, indiscipline, souvent déjà des anomalies étranges de la sensibilité morale, que l’on trouve réfractaires à tout redressement, des actes instinctifs ou pervers, le vol, la brutalité, la cruauté même, etc— On voit encore se manifester quelquefois, fait capital, de véritables obsessions, avec leur caractère d’irrésistibilité et de conscience, aussi nettement délimitées que celles observées communément à un âge plus avancé.

Avec cet état de l’intelligence coïncide très souvent une très vive impressionnabilité. Elle se traduit par des craintes non motivées, des appréhensions extraor-

dinaires à l’égard de certains objets, des antipathies inexplicables, des sympathies exubérantes ; enfin les terreurs nocturnes sous toutes les formes en sont un sérieux témoignage.

La moelle déséquilibrée joue son rôle sur la scène. Si d’une part certains centres fonctionnent déjà automatiquement avec une grande énergie, d’autres restent inertes ou fonctionnent par intermittence, h'onanisme simple, dépourvu à cet âge de tout complément intellectuel ou sensitif cérébral et Vincontinence des matières mettent ces deux faits en évidence.

Enfin, dans cette période de la vie, on voit en général apparaître certains phénomènes morbides d'ordre moteur ou sensitif, phénomènes graves, laissant des traces indélébiles, en rapport avec des phlegmasies partielles ou générales des méninges. Ces phlegmasies ne sont elles-mêmes le plus souvent que l’extension ou l’aggravation des lésions apportées en naissant ; elles se traduisent par des paralysies diverses, des spasmes, des convulsions, hémiplégie, monoplégie, paraplégie, hémiathétose, hémichorée, épilepsie symptomatique, etc.

Pendant la seconde enfance jusqu’à la puberté la situation reste sensiblement la même. Pourtant à ce moment l’intelligence subit une nouvelle épreuve, celle de Y éducation scolaire. Jusque-là, le dégénéré, à quelques défauts d’équilibre près, a pu se montrer suffisant ; sa débilité ne se révèle qu’à l’école, lorsqu’il

se trouve aux prises avec des opérations plus délicates, sollicitant l’entrée en fonction de facultés plus élevées. Jusque-là le cerveau a tout reçu sans elfort; lorsque l’effort devient nécessaire, lorsque l’intelligence doit donner sa mesure, rien ne se produit, ou bien à des efforts exagérés correspondent des acquisitionspresque nulles. Dans d’autres circonstances, l’intelligence conserve toute son acuité, mais c’est ici que se révèle surtout l’inégalité des aptitudes; certaines facultés se développent brillamment, faisant des enfants de petits prodiges partiels, tandis que d’autres restent dans l’ombre.

11 faut noter encore à cette époque l’apparition de Yépilepsie qui vient compliquer fréquemment, on le sait, l’histoire des dégénérés.

Avec la puberté commence une nouvelle période des plus importantes de la vie des dégénérés. A mesure que ces êtres à équilibre instable avancent dans la vie, ils se trouvent soumis à un nombre croissant d’épreuves dont ils ressentent vivement le contre-coup. Le grand mouvement physiologique qui marque l’installation de la puberté et qui, chez les êtres normalement constitués, se traduit déjà par un bouleversement complet des fonctions intellectuelles et physiques, se complique chez les dégénérés d’accidents multiples et variés. Il est bien rare qu’un dégénéré, en supposant qu’il ait évolué normalement jusque-là, dépasse la puberté sans avoir donné

quelque témoignage des défectuosités de sa constitution.

C’est l’époque où commence la vie génitale-, la Ibuction sexuelle est appelée à jouer un rôle prépondérant chez le dégénéré ; elle présentera chez le plus grand nombre de curieuses anomalies. Dès la puberté, l’intelligence réagit déjà d’une façon spéciale en face de l’instinct sexuel. Des troubles variés de l’intelligence et du caractère marquent l’installation de la menstruation; ils se répètent parfois à chaque époque menstruelle et consistent, dans les cas les plus simples, en modifications de Vhumeur, phénomènes (|u’on désigne quel(|uefois du nom vague de nervosisme. D’autres fois ce sont de franches attaques d'hystérie-, elles marquent le début d’une névrose qui, comme l’épilepsie, comphque souvent la dégénérescence mentale. D’autres fois ce sont des troubles plus spécialement intellectuels, des impulsions, des obsessions et surtout des crises délirantes que l’on a décorées du nom de folies menstruelles. Ces états d’aliénation, comme les autres syndromes, puisent souvent leurs éléments constitutifs dans la sexualité, témoin l’importance prépondérante acquise par les fonctions génitales à ce moment, mais ces éléments sont loin d’être exclusifs des autres, et lorsque la menstruation devient prétexte à délire, celui-ci peut affecter toutes les formes possibles. '

Dans les deux sexes, l’essor de la fonction sexuelle

devient la cause fréquente de l’onanisme, simple ou réciproque, qui, à son tour, devient pour l’organisme une cause facile d’épuisement.

Les anomalies^ les aberrations les plus étranges du sens génital peuvent se développer dès celte période. La fonction génitale elle-même s’installe à des époques très irrégulières, et ces irrégularités constituent autant d’anomalies. Elles est habituellement très précoce, en dehors des conditions de race ou de climat qui règlent quelquefois cette précocité. D’autres fois, au contraire, les sujets restent très tardivement neutres au point de vue se.xuel, sans que pour cela les signes physiques de la puberté fassent défaut. On constate quelquefois même, chez des dégénérés bien constitués, l’absence totale de toute impulsion sexuelle ; ils ne naissent jamais à la vie génitale. Enfin, dans d’autres circonstances, la fonction ne s’installe qu’avec les plus grandes difticultés, au bout d’un nombre d’années plus ou moins long ; c’est dans ces cas surtout qu’on observe les désordres intellectuels et nerveux dont nous avons parlé. C’est aussi l’époque de ces anémies constitutionnelles, de ces chloroses graves qui sont pendant longtemps rebelles à toute thérapeutique, et qui puisent leurs origines dans une nutrition défectueuse, dépendant elle-même de troubles du système nerveux central.

En dehors des çauses physiologiques de déséquilibration qui naissent dans la sphère génitale, la puberté

elle-même avec l’évolution cérébrale intense qui l’accompagne, engendre des accidents nombreux. C’est à elle qu’il faut rapporter la plupart des cas à'aliénation précoce qui s’installent chez les jeunes dégénérés, et dont il sera plus spécialement question à propos des délires. A la puberté appartiennent encore ces bizarreries mentales qu’on a qualifiées du nom à'hébéphrénie. Notons encore l’anéantissement précoce et définitif de l’intelligence chez un certain nombre de jeunes dégénérés, très lourdement tarés, dont la résistance cérébrale ne peut soutenir les efforts constants et de jour en jour plus nombreux de l’accommodation. Ils tombent dans la démence après une lutte plus ou moins longue, où l’on voit leurs facultés jusque-là bien développées, sombrer peu à peu dans le plus complet deliquium. Ceux qui résistent sont déjà ces mêmes déséquilibrés que nous allons retrouver à l’âge mûr.

Quand nous aurons mentionné la tendance très nette que présentent les jeunes dégénérés à commettre toutes sortes à'excès, tendance qui n’est qu’une des modalités de la déséquilibration, mais qui offre une importance énorme en raison de ses conséquences épuisantes, nous aurons signalé les points les plus saillants de l’époque de la puberté.

Avec Y adolescence et l’âge adulte commence la période la plus active de la vie. Celle-ci ne sera pas moins que les précédentes féconde en incidents. C’est

l’age OÙ le dégénéré fera choix d’une carrière, où, échappant aux diverses tutelles qui l’ont pu protéger et maintenir jusque-là dans les limites d’un équilibre raisonnable, il va entrer dans la vie libre qui sera plus d’une fois un danger pour lui ou pour autrui. Ayant désormais le droit et le devoir de se diriger lui-mêmé, il va se montrer plus que jamais insuffisant. Plus que jamais il va se trouver aux prises avec les éléments extérieurs, avec maintes causes accessoires de déséquilibralion, avec ces multiples incidents de la lutte pour la vie, qui sont déjà pour l’homme normal des causes d’amoindrissement, et qui, pour ces êtres mal armés pour la lutte, deviendront à chaque instant l’origine d’événements pathologiques. Mêlé à l’existence commune de la famille, jouant un rôle dans la société, possesseur d’une profession ou d’un métier, le dégénéré trouvera dans toutes ces conditions ])lus d’occasions qu’il ne lui en faut pour mettre en relief son activité morbide.

De ce choc journalier entre la prédisposition maladive et les causes accessoires résulteront les effets les plus variés, et c’est ici que ces deux facteurs déterminants acquerront une importance réciproque qu'il est bon de faire ressortir. Les causes accessoires de déséquilibration sont ici la véritable pierre de touche de la résistance cérébrale qui n’est elle-même (|ue l’expression de la valeur du facteur prédisposition. L’importance des premières variera fatalement en raison inverse

de ce dernier, ce qui revient à exprimer cet axiome que plus la prédisposition est intense, moins l’action des causes surajoutées aura besoin d’ètre énergique pour produire un effet pathologique déterminé, ou encore, si une cause intense produit un effet insignifiant, la prédisposition doit être minime. C’est là une loi générale que l’observation clinique confirme journellement.

Les facteurs nouveaux qui vont intervenir sont de plusieurs ordres; on peut les diviser en sociaux, physiques et physiologiques.

Les facteurs sociaux, les plus nombreux, comprennent tout ce qui se rapporte à la vie de société : famille, profession, politique, religion, amitiés, inimitiés, devoirs de citoyen et devoirs d’humanité, etc. L’accomplissement des obligations les plus élémentaires comme les plus compliquées fera naître toutes les exagérations possibles ou laissera le déséquilibré au-dessous de sa tâche. L’existence de chaque jour avec ses dangers, ses tentations, ses déboires, ses vicissitudes, constitue une véritable collection de causes morales contre lesquelles viendront se heurter et sombrer bien des intelligences. Si l’on considère que le dégénéré, grâce à son état mental, n’est pas seulement la victime de ces causes contingentes, mais qu’il va au-devant d’elles et souvent même les engendre, on comprendra en vertu de quelle fatalité il est destiné à verser dans l’aliénation. Cette catégorie de causes comprend la longue énumération des causes vulgaires de la folie que l’on voit figurer

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dans les vieilles statistiques : amour contrarié, amourpropre blessé, chagrins, revers de fortune, religiosité, mysticisme, etc..., autant d’éléments qui n’agissent, on le sait, qu’à la faveur d’un terrain préparé, c’esl-àdire sur des cerveaux en état d’opportunité morbide.

L’étude que nous avons faite de l’état mental du dégénéré, nous donne rex|)lication du mécanisme à l’aide duquel tous ces moments étiologiques peuvent intervenir. Si, pour ce malade, le danger réside dans une intelligence faible, impropre à éclairer les déterminations, dans une imagination déréglée qui enfante çà et là les enthousiasmes les plus inconsidérés, les emballements les plus regrettables (théories politiques subversives, inventions burlesques, exagérations religieuses poussées jusqu’au mysticisme, jusqu’à l’ascétisme, etc.), le danger réside le plus souvent dans cette perpétuelle indécision, dans celte versatilité, dans celte absence d’énergie volontaire qui font du dégénéré le jouet facile de toutes les influences. Crédule, superstitieux, il est apte à subir toutes les suggestions et tous les entraînements ; il est la victime habituelle de toutes les contagions morales. Dans les cas de folie communiquée, s’il peut être parfois l’élément actif, l’inventeur du délire, il en est le plus souvent l’élément passif. Les mœurs, les coutumes reçues, les lois du pays n’ont pas de plus énergique protestataire ; il s’insurge contre leurs qualités restrictives de la liberté; il ne les comprend pas ou se les assimile mal ; encore un pas il sera

un processif. Tout devient matière à troubles cérébraux.

Le côté intellectuel de la vie sociale n’est pas le seul à provoquer la rupture de l’équilibre, son eôté sensationnel est pour les dégénérés un péril de tous les instants. La sensation est le stimulant habituel et néces saire du plus grand nombre. Beaucoup rechercheront ces excitants artificiels que la société met complaisamment à leur disposition. Les poisons sociaux, l’alcool, la morphine, la cocaïne recrutent leurs victimes pai*mi les déséquilibrés qui, par essence, sont des voluptueux, et pour qui la recherche de la jouissance sous toutes ses formes est un but instinctivement et constamment poursuivi.

Tels sont les faeteurs sociaux en tant que eauses surajoutées et déterminantes de déséquilibration chez le dégénéré. Il est facile de eoncevoir que ce malade sera à chaque instant sollicité par de multiples influences nouvelles, et que sa vie se résumera dans une lutte permanente contre ces éléments de désorganisation.

Gomme aux époques précédentes de sa vie, le dégénéré adulte se heurtera à des agents physiques et physiologiques contre lesquels il réagira à sa manière. 11 se montrera d’une sensibilité insolite à l’égard des facteurs atmosphériques et telluriques (changements de temps, électricité, etc.). Au cours des maladies ies plus légères, le système nerveux ne restera pas indilfé-

mit; le délire, les hallucinations seront des symptômes

fréquents ; il en sera surtout ainsi au cours des maladies

aiguës graves, dont les déterminations sur le cerveau

et la moelle seront presque de règle. Les maladies

professionnelles enlin retentiront sûrement sur ces

organes.

Parmi les causes physiologiques, les plus influentes ici seront encore celles qui se rattachent de près ou de loin à la fonction sexuelle. Le pôle génital est celui autour duquel gravitent les actions de beaucoup de déséquilibrés. Cette importance énorme prise par la fonction sexuelle est pour le déséquilibré la source des plus graves désordres. Chez la femme particulièrement, la grossesse, l’état puerpéral, la lactation seront fréquemment la cause occasionnelle de troubles cérébraux (folie puerpérale).

Après les causes et leurs effets immédiats étudions les effets plus éloignés, dont l’importance est considérable pour l’individu lui-même et surtout pour la société. Chez l’individu la lutte constante ne tarde pas à épuiser une résistance déjà faible. Dans certains cas, les plus simples, il se produit un état de fatigue cérébrale extrême ; tout labeur deviei^t impossible où s’accompagne d’un état douloureux; toute^aptitude cesse momentanément. C’est la neurasthénie, èidil de faiblesse irritable avec toutes ses conséquences. Beaucoup de neurasthéniques sont des dégénérés dont l’énergie cérébrale a momentanément cédé devant des causes accessoires.

Celte neurasthénie offre les mêmes caractères cliniques que celle qui survient chez les individus bien pondérés, à la suite de maladies graves ou de fatigues exagérées, mais elles naissent pour des causes do bien moindre importance ; le véritable agent caché de l’épuisement est ici l’hérédité morbide.

Dans les cas plus graves, les dégénérés versent dans Va folie. Celle-ci est l’épisode le plus marquant de leur histoire. Grâce à la fragilité de leur équilibre cérébral, le délire est chez eux constamment en puissance. Tant que l’influence des causes accessoires est contrebalancée par une résistance cérébrale originelle assez puissante, on n’observe que les épisodes caractéristiques de l’état mental du déséquilibré. Mais dès que cette résistance se trouve affaiblie pour une raison quelconque, souvent insignifiante, l’équilibre se rompt défi nitivement, la raison chancelle, la conscience s’obscurcit, le chaos règne dans les pensées, dans les sentiments et dans les actes, le délire s’installe avec les caractères spéciaux que nous lui décrirons ailleurs.

Cette aliénation marque ainsi le maximum que puisse atteindre la déséquilibration. Son époque d’apparition à l’âge adulte dépend de bien des causes ; elle subit la loi que nous avons signalée déjà, et qui résulte des rapports réciproques entre l’intensité de la prédisposition et celle des causes déterminantes. Elle est généralement précoce et sujette aux récidives, deux caractères qu’il est aisé d’expliquer. Certains dégénérés

délirants ne récupèrent plus leur sanlé intellectuello

première et sont voués à la démence.

L’âge adulte est encore l’époque de floraison par excellence de ces épisodes morbides rangés par les auteurs sous la rubrique : folie lucide et qui comprennent ces obsessions et impulsions conscientes qui sont l’œuvre exclusive des dégénérés.

En dehors des délires variés et des états lucides dont il vient d’être question, l’aliénation aflectera encore chez te dégénéré deux formes qui lui sont spéciales : la manie raisonnante et la folie morale, deux variétés très proches parentes dans lesquelles, aux divers modes de déséquilibration déjà mentionnés se joint un degré plus ou moins avancé d’inconscience. 11 s’agira dans le premier cas d’une activité désordonnée, exubérante, d’un véritable délire des actes, et dans le second cas, de cette même activité, régnant alors dans le domaine des actes moraux et s’accompagnant d’aberrations du sens moral.

Telle est la situation du dégénéré dans la période active de sa vie. Elle n’est pas sans entraîner de fâcheuses conséquences pour l'état social. La société, après avoir précipité les conséquences de la déséquilibration originelle du dégénéré, subit le contre-coup de celte situation. Beaucoup de ces malades sont perdus pour elle dès la première heure, nous l’avons vu; d’autres sont immobilisés et deviennent des membres inutiles; ee sont les idiots et les imbéciles. Quant aux autres.

faibles d’esprit ou déséquilibrés simples, ils sont bieu souvent une charge pour le pays, quand ils ne sont pas des êtres nuisibles. Capables de toutes les exagérations, insuffisants sur bien des points, citoyens médiocres, ils grossissent pour une large part la liste des déclassés et des dévoyés. S’ils ne sont pas frappés de stérilité, ils sont en tous cas des générateurs faibles et redoutables en ce sens qu’ils reproduisent de nouveaux dégénérés, et qu’ils sont par suite une source d’appauvrissement pour la race. Il ne faut pas oublier enfin que beaucoup d’autres ne connaissent que deux destinations : l’asile d’aliénés et la prison dont ils sont les hôtes assidus. Le fou moral comme l’aliéné est un embarras permanent dont la société ne. peut se débarrasser qu’au prix des plus grands sacrifices.

Le dégénéré à l’âge de retour et à la vieillesse ne diffère guère de ce qu’il a été jusqu’ici. Chez la femme seule, la ménopause, dernier acte de la vie génitale, est une nouvelle source de désordres intellectuels, au même titre que la puberté, la menstruation et la grossesse. Si, à la faveur de la sénilité, les dégénérés paraissent moins susceptibles de verser dans la folie, cette circonstance est due à la diminution même de l’activité cérébrale dont l’intégrité est nécessaire à la confection d’un délire. Mais l’aliénation proprement dite s’observe encore ici, de même que ks formes lucides, obsessions et impulsions, qui souvent même ne se révèlent qu’à celte

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époque de ia vie chez les dégénérés peu tarés et qui ont pu sans sombrer supporter les assauts de la vie. Cos syndromes éclatent à la faveur de l’involution sénile qui, en désorganisant la cellule cérébrale, donne le coup de grâce à l’équilibre mental; et permet aux phénomènes vulgaires de la dégénérescence d’éclateiavec plus de facilité*.

Pour résumer en quelques mots l’étude que nous venons de faire, nous dirons que le dégénéré est un être à système nerveux fragile, à résistance faible, à équilibre instable, depuis son origine jusqu’à sa fin. Cette tare qu’il tient de ses ascendants dans l’immense majorité des cas, mais qu’il peut acquérir au cours de sa vie, et qu’il transmet en l’aggravant à ses héritiers, comporte des aspects multiples; très différents les uns des autres en apparence, mais qui se réduisent pourtant dans tous les cas aux mômes processus psycho-physiologiques. Si les multiples modalités de la déséquilibration cérébro-spinale dépendent de la tare originelle, elles dépendent aussi beaucoup comme on l’a vu, des nombreux facteurs accessoires engendrés par la vie elle-même. Si le dégénéré réagit autrement que l’individu normal en face de ces éléments surajoutés, ceux-ci réagissent à leur tour sur sa situation mentale, en l’aggravant, en précipitant une ruine qui est l’aboutissant fatal de toute dégénérescence.

1. Voir Péciiarman. Les psychoses de la vieillesse. TAèse de Paris,

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