CHAPITRE Vlll
Sommaire. — Dégénérescence et criminalité. — Étude anthropologique du criminel; conceptions de Lombroso et de l’école italienne; le type criminel; le criminel né. — Critique de la doctrine; preuves à l’appui ; ses points faibles ; sa réfutation ; elle préjuge la délinition du cj-inie. — Rapports vrais de la dégénérescence et de la criminalité; si le criminel est un dégénéré, c’est un malade ; les fous moraux. — Théories atavique et régressive du crime; réfutation. — Le crime n’est pas une matière anthropologique; sa définition doit précéder toute théorie et toute application médico-légale. — École criminaliste classique. — École anthropologique. — La morale et le crime selon l’évolution; le crime est une matière sociologique. — Facteurs intrinsèques et extrinsèques du crime. — Responsabilités individuelle et sociale. —Moyens d’action basés sur le principe unique de la préservation et de la collectivité. — Modification pratique des vieux systèmes pénaux. — Critique de la responsabilité individuelle ; les responsabilités atténuées et mitigées. Nécessité de les considérer non plus au point de vue individuel, mais au point de vue social. — Médecine légale du dégénéré; sa responsabilité; bases d’appréciation pour l’expert. — L’idiot; l’imbécile ; le faible d’esprit; le déséquilibré, l’obsédé et l’impulsif. — Les aliénés criminels; les prisons-asiles. — Traitement du criminel. La prophylaxie du crime.
'' L’être qualifié de criminel est-il, considéré à un point de vue général, un dégénéré? Est-on en droit de conclure de l’observation que le crime est un indice de déchéance de l’espèce, en d’autres termes, un stigmate de la dégénérescence ? Un sait que certains criminolo-
gistes modernes et certains philanthropes anxieux d’expliquer une semblable monstruosité ont soutenu cette thèse, séduisante au premier abord et qui semble s’appuyer, il faut le dire, sur des raisons sérieuses.
Par le fait même de son état mental, le dégénéré devient souvent un délinquant ; c’est un fait d’observation courante. L’étude complète que nous avons poursuivie de cet état mental a été suffisante pour établir la possibilité du fait, sinon sa nécessité. Déséquilibré, c’est-à-dire inapte à diriger régulièrement ses opérations intellectuelles, jouet conscient ou inconscient d’impulsions ou de sentiments qui font de lui un être quasi automatique ; souvent faible d’esprit et par suite facilement suggestible, on comprend que plus que tout autre, il doit se laisser 'solliciter par les occasions du crime, par les causes qui, dans l’état de société, peuvent le déterminer. Dans ces circonstances. Pacte dont il se rend coupable semble bien être, pour une part, le produit de son dérangement intellectuel ; il en est au moins une des manifestations attendues, bien qu’elle ne soit pas fatale. Elle n'est pas fatale, pas plus que les syndromes morbides dont nous avons parlé, pas plus que les manifestations délirantes ; elle est seulement possible. C’est une affaire d’antagonisme entre l’intensité de la cause déterminante et le degré de résistance cérébrale de celui qui commet le crime ; grave problème de responsabilité individuelle sur lequel nous reviendrons.
Si l’on examine maintenant les criminels, on ne peut nier que beaucoup possèdent les attributs de la dégénérescence. Nul n’a mieux contribué que Lombroso et son école à établir ce fait et à propager l’idée qu’une commune nature réunissait souvent le crime et la dégénérescence. Quelques détails sont ici nécessaires.
Les conceptions de l’école italienne ont eu le grand mérite de placer la criminalité sur le terrain de l’anthropologie et de pousser à fond l’étude biologique du criminel ; elles peuvent se ramener à trois principales.
1“ L’étude de la personnalité tout entière du criminel démontre tout d’abord que ce dernier n’est pas seulement une monstruosité morale, mais qu’avec celle-ci coexistent des anomalies physiques et physiologiques, des troubles somatiques qui le distinguent de l’homme considéré comme non-criminel. Ces désordres, dans le détail desquels nous ne pouvons entrer*, affectent irrégulièrement les différents points de l’économie et les divers systèmes. La motilité, tous les modes de la sensibilité générale ou spéciale, peuvent se trouver profondément modifiés. Tantôt il y a exagération fonctionnelle, tantôt diminution ou abolition, tantôt perversion, dissociation ou asymétrie, etc. Les anomalies les plus remarquables portent sur le développement de l’individu ; il est vicieusement construit {déformations crâniennes, prognathisme, cryptorchi-