‹ Les dégénérescences auditivesChapitre 15 sur 21 · Cerveau, Dict. Richet,, VIII · texte numérisé non relu

Cerveau, Dict. Richet,, VIII

290) l’aire du nerf acoustique comprend; la partie postérieure de T1 et la partie voisine de cette circonvolution qui concours à former l’opercule inférieur de la scissure de Sylvius. Lobe temporal-territoire cortical de projection des impressions auditives; la sphère auditive cérébrale serait la projection de la surface sensible de l’organe de Corti dans l’oreille interne, (Verxicke). Seule elle peut percevoir les sensations acoustiques.

Tamburini a établi le premier, que tous les centres sensitifs sont mixtes (sensitivo-moteurs); il y a autant de centres moteurs que d'aires sensorielles et sensitives. Il n’existe donc point de zone motrice circonscrite. L’excitation sonore éveille ainsi des actes moteurs (excitations sensorio-motrices) du côté opposé, et la destruction de la sphère sensitive auditive, entraîne l’hémianesthésie et l'hémiplégie du côté opposé.

La destruction bilatérale (morbide ou expérimentale) du ’gyrus transverse antérieur du lobe temporal cause la surdité complète, (Fleciisig, loc. cit., p. 69.) et l’hémianesthésie est

LÉSION CENTRALE El’ AUDITION CORTICALE 59

bien plus intense à la suite de lésions destructives (hémorragie) du tiers postérieur de la capsule interne, qu’après une lésion de même nature du territoire cortical de projection du faisceau sensitif.

Nothnagel et plusieurs cliniciens admettent la persistance possible des souvenirs et des images d’un sens dont les centres corticaux auraient été détruits sur les deux hémisphères. Van Gehucthen pense que finalement l’individu ainsi affecté perdrait du moins tous les signes qui traduisent ses sensations internes et la pensée; l’absence de toute excitation empêcherait le réveil, dans les neurones d’association, de ces « traces » laissées par les perceptions antérieures, conditions même de la vie intellectuelle et morale. (J. Soury, Dict. phijs., p. 817.)

C’est en se fondant sur la persistance de ces « traces » que Gellé croit à la possibilité ; quand la perte n’est pas totale, de réveiller les fonctions psychiques et les sensations acousques.

On sait aussi que Kolliker, Meynert et

Flechsig, soutiennent, quellesque soient leurs formes, que les cellules nerveuses ont toutes essentiellement la même fonction. (Gewebelehre, 6te Au/l. II, 809.)

Mais le rôle physiologique des neurones est différent, et peut-être leurs formes aussi suivant les rapports qu’ils ont avec les organes périphériques en conflit avec les forces variées du monde extérieur : il y a une spécialisation acquise au moins. (Gellé).

Toutefois l’opinion de Kolliker élargit grandement l’horizon ; Flechsig et Brodman cependant en appellent à de nouvelles études des différences, suivant les régions de l'écorce, dans la structure et la forme des cellules nerveuses; déjà, l’action élective de certains poisons pour certaines espèces]de neurones (Nissl) fait entrevoir qu’il existe des éléments nerveux spéciaux pour chaque sphère sensorielle. (Flechsig, loc. cit . ; J. Soury, loc. cit.).

Les centres auditifs, dit Gellé, sont reliés entre eux et aux autres foyers et organes par les fibres d’association centripètes et centrifuges développées après la naissance. Tous

LÉSION CENTRALE ET AUDITION CORTICALE 6 i

les systèmes de fibres émanées des centres sensoreils se rencontrent et se mêlent dans ces centres d’association, qui unissent les aires corticales de sensibilité.

« Leur développement graduel est en relation avec la complexité et l’étendue des adaptations/onctionnelles, nécessitées par les contacts divers et l’influence du milieu. Leur masse est en rapport avec l’énergie des fonctions d’innervation supérieure ou de l’intelligence. Le centre cortical de projection des impressions auditives est le siège des images et de la mémoire; mais c’est dans les centres d’associations, au moyen des fibres d’associations transcorticales, que l’intelligence des choses entendues a lieu ; c’est là un phénomène complexe, qui résulte de l’association des images multiples et diverses d’origines, et d’où naît la notion des objets concrets, l’association des idées, la compréhension. Rudinger, le premier, a prouvé que ces centres se perfectionnent et s’étendent progressivement des singes à l’homme (sphère des associations d’idées) ; que le lobe pariétal est plus volumi-

neux chez les hommes les plus intelligents.

L’intelligence des mots, des sons, des images auditives n’est pas localisée dans le « centre de projection », mais résulte des associations nombreuses établies par les fibres environnantes.

De toutes les observations faites, il résulte en premier lieu que c’est seulement à gauche que se manifestent régulièrement les symptômes indiquant une lésion des centres d’association bornée à un seul côté : il n'en est ainsi que pour le centre moyen et le postérieur. (Gellé, loc. cit., p. 275.)

Toute lésion bilatérale, au contraire, entraîne régulièrement, sans exception, des troubles profonds de l’intellect pouvant aller jusqu’à l’imbécillité et l’incohérence. (Flechsig, loc. cit.. p. 87.)

« Les lésions partielles du centre postérieur abolissent, soit totalement, soit partiellement, la faculté d’une part, de lier des idées aux signes du langage, d’autre part la faculté d’unir des mots écrits ou parlés aux idées qui leur correspondent. » {Ici. p. 88.)

Dans les centres auditifs, il est établi qu’il y a une place à part à faire au centre acoustique de la musique. — La perte de sa fonction constitue l’amusie; cette incapacité d’évoquer les images auditives musicales, peut exister indépendamment de l’aphasie (Ingenieros.) Inversement des aphasiques par surdité verbale sans amnésie peuvent encore parler en chantant. Des musiciens malades peuvent reconnaître un air sans pouvoir désormais Y exprimer musicalement. (Amnésie motrice) et inversement.

La musique selon Ribot est le plus émotionnel des arts, par sa puissance et profondeur de pénétration : « aucun ne peut traduire des nuances, si ténues de sentiment qu’elles échappent à tout autre mode d’expression. » ( Psychologie des sentiments, p. 10f). La musique crée des dispositions dépendantes de l’état organique et de l’activité nerveuse que nous traduisons par des termes vagues, joie, tristesse, tendresse, sérénité, tranquillité, inquiétude, etc... sur ce canevas l’intellect brode à sa guise suivant l’individu.

C’est aussi ce qu’exprimait Taine lorsqu’il écrivait : La musique convient mieux que tout autre art pour exprimer les pensées flottantes, les songes sans formes, les rêves sans limites, tout ce pêle-mêle douloureux et grandiose d’un cœur troublé qui aspire à tout et ne s’attache à rien.

De là à utiliser la musique pour le traitement des nerveux et cérébraux, il n’y avait qu’un pas qu’on a franchi, mais il faut toujours se souvenir de l’opinion d’EsnuiROL qui déjà l’avait tenté.

« Je sais que quelques auteurs, les anciens surtout, ont écrit sur le pouvoir de la musique... J’ai dû essayer de la musique comme moyen de guérir les aliénés. Quelquefois elle a irrité jusqu’à provoquer la fureur; souvent elle a paru distraire; mais je ne peux dire qu’elle ait contribué à guérir; elle a été avantageuse aux convalescents. C’est un soulagement, une distraction, dont l’action est temporaire, même chez ceux qui, par leur éducation musicale, semblaient devoir en retirer le plus d’avantage. » ( Maladies mentales. Esquirol. T. II, p. 578. 1888).

Nous donnerons ici un exemple de confirmation clinique des données précédentes.

Dans l’observation suivante, prise dans notre service, il s’agit d'un état dégénératif acquis des zones corticales, par suite de périméningo encéphalite. L’examen de ce malade, fait dans notre laboratoire avec le concours de M. Raymond Meunier montre que la prédominance de l’altération corticocérébrale dans la zone de Wernicke et les centres d’association auditifs entraîna la surdité verbale du malade.

Observation. — Le malade L... âgé de 58 ans, maçon, est entré dans les Asiles en février 1907 et décédé le 11 décembre 1907.

Certificat du Dépôt : — Alcoolisme chronique. — Affaiblissement intellectuel. Aphasie sensorielle , inconscience, hallucinations probables. — Parésie faciale gauche, crises convulsives, synéchies et iridectomie gauche. Ne reconnaît pas ses proches; etc.

Admission : Alcoolisme chronique, hallucinations multiples, turbulence, aphasie, attaques épileptiformes, faiblesse musculaire. (Magnan).

A l’arrivée à Villejuif, je constate la démence avec aphasie motrice verbale et agraphie à la dictée, surdité verbale combinée.

Le malade ne peut reconnaître les couleurs; il nomme la clef, vue, après quelques recherches; puis il reconnaît les clallumettes (intoxication par le mot précédent) ; pour les ciseaux il ne les nomme qu’après les avoir pris en main et en avoir simulé l’usage (mémoires motrice et visuelle associées).

11 reconnaît et nomme facilement les objets par le toucher, mais souvent par périphrase et en faisant des gestes correspondants à l’usage de l’objet manié les yeux bandés (sens stéréognostic) : pour une bougie il dit « pour allumer » en faisant le geste de l’allumette pour l’éclairer.

Agraphie : Pour l’écriture, on observe de même un contraste entre l’écriture copiée (relativement correcte) et l’écriture dictée où foisonnent les ratures, les répétitions, les mots incomplets ou sautés; cette dernière n’a d’ailleurs qu’un rapport très lointain avec le modèle et est incohérente.

Dictu

Texte correct : Ce qui frappe le plus chez les êtres animés c’est l’instabilité.

Pour l’écriture copiée, nettement plus cohérente et fidèle par rapport au modèle, nous remarquons toujours, à des examens réitérés, que les mots les plus exactement reproduits sont ceux que le malade a réussi à bien prononcer lui-même en les lisant avant de les écrire. (Mémoire motrice verbale).

A la dictée ce phénomène s’observe parfois ; sril vous voit parler et peut reproduire les mouvements des lèvres qu’il a pu ainsi saisir, il transcrit quelques mots justes. D’autres fois lorsqu’on lui dicte et qu’il a pu ainsi par la vue des lèvres parvenir à écrire quelques mots, il recopie ensuite indéfiniment les premiers mots tracés au sens d’un autre graphisme antérieurement recueilli et resté à la portée de sa vue. Néanmoins ces écrits sous dictée restent une salade de mots de syllabes n’ayant entre eux que de vagues et lointaines ressemblances surtout à l’œil.

Texte correct : Les statistiques semblent indiquer que la passion ethylique est plus fréquente depuis quelques années.

Dicta

C CTï'i^rïi

TV-tw

a^7^'UL^j

Copie

Toutefois lorsque la mémoire musicale peutêtre mise à profit, la dictée se rectifie; par exemple au cours d’une séance de dictée difficile, nous intercalons en modulant : J’ai du bon tabac dans ma tabatière, phrase qui est seule bien saisie et reproduite très correctement.

Tact: impossible de discerner sur les deux bras les deux pointes d’un compas. Il ne sent jamais qu’une seule piqûre, plus intense seulement, lorsqu’on appuie des deux pointes à la fois, même avec un écartement de 13 centimètres; il semble peu sensiblo à la douleur (retard). Le diapason verteæ est bien perçu mais la sensibilité auditive semble presque nulle du côté gauche. Porçoit cependant les sons par voie osseus de ce côté.

L... dit son nom et son pays, mais ne sait pas son âge et ne discerne pas le temps ni le lieu,

Il reconnaît les objets courants à la vue et au toucher.

Il distingue le chaud du froid.

Ne reconnaît pas le tic-tac de la montre appliquée sur l’oreille gauche mais le recon-

lésion centrale et audition corticale 71

naît à droite. Cependant on lui bouche l’oreille droite et il perçoit les bruits par le côté gauche.

Sensibilité gustative et surtout olfactive très obtuses.

Ne peut nommer les lettres et les chiffres, cependant lorsqu’on insiste pour le chiffre 7 (sept), en le lui nommant en même temps qu’on le lui montre, il finit par dire « oui, c’est une ville » (Cette) ?

Paraphasie : Dit la moire pour la mémoire.

Reconnait le rose mais le nomme par périphrases et dit un peu rouge : Pour dire jaune (colle jaune dans un flacon) dit c’est un peu vert.

Blanc : il dit « c’est un blanc foncé, » puis après se décide pour brun, en voyant articuler le mot, il rectifie :

Pour noir il dit foncé, (noir si vous voulez).

Yeux ouverts. — Demande de nommer les objets montrés par signes : Réponses articulées ciseaux ciseaux

canif

crayon

canif

crayon,

flacon

petite bouteille

un encrier soulier

manche de ma blouse

votre pantalon

un encre soulier

chaise un dé un tiroir

chaise

ciseaux

tiroir

Reconnaît très bien les formes du carré, du triangle, du losange et du rond, en lui remettant des bouts de papier découpés dont il doit désigner les semblables.

Etat physique — Dynamomètre — D. 37,

Poids : 63 kilogr. ; taille : 1“ 69 ; circonférence thoracique : 83 c. ; température : 37 ; pouls : 72; respiration : 18.

Dort mal, circonférence crâniale : 3i. ; angle faciale : 6i.

Diamètre transversal : 13-3. Auteropost 18-8. Courbes transversal : 27-3. Auteropost 30-5.

Pas d’affection viscérale appréciable autre que l’affection organique cérébrale. En présence de l’aphasie motrice spontanée et de l’agraphie à la dèche, persistant depuis plu-

sieurs mois, j’avais cru pouvoir diagnostiquer une démence organique avec aphasie et agrapliie, prédominance d’incompréhension auditive et de difficulté d’expression verbale et écrite à l’occasion surtout des excitations auditives (certificat du 21 février.)

Le malade est décédé après une période de cachexie progressive dans la parésie générale de toute la musculature et apres une série de crises épileptiformes.

Il avait eu d’ailleurs, nous l’avons su depuis des ictus épileptiformes fugaces à plusieurs reprises avant l’entrée à l’asile; en 1906 il avait même été quelques heures à Lariboisière pour ses premiers ictus qui déjà n’avaient eu d’autres suites que la suspension de la parole pendant 8 jours.

Le malade aurait eu la syphilis, il y a dix ans(?), dit-il, buvait de l’absinthe.

Dans sa dernière série d’ictus, il présentait une prédominance de secousses et contractures dans tout le côté droit; peu avant, il était devenu totalement agnosique, cherchant à uriner dans ses chaussures, prenant uno

pièce de vêture pour l’autre, ne paraissant plus reconnaître les aliments en tant que tels, et ne discernant plus du tout ses proches (demandait des nouvelles de sa femme à ellemême.)

Autopsie faite le 11 décembre 1907, à 6 h. 20 du soir, par M. Bourilhet, interne du service :

Poumons : Congestion des bases : quelques tubercules crétacées au sommet.

Cœur : dilaté, dilatation considérable de la crosse athérome marqué avec granulations fébrimeuscs adhérentes.

Rien de particulier à signaler du côté des autres viscères, si ce n’est un foie volumineux et des reins congestionnés.

Cerveau : Poids : H. D. 615 gr. ; H. G. 560 g r. ; bulbe et cervelet 175 g r. ; à la coupe rien à signaler, si ce n’est l’exagération des ventricules plus marqués à gauche hémisphère correspondant plus atrophié.

Les lobes temporaux des deux côtés sont le siège d’adhérence plus particulièrement accentués des^méninges. Les circonvolutions à ce niveau sont petites et comme flétries, à la première elles semblent affaissées et à la coupe on remarque la dissociation entre la substance blanche et l’écorce grise superficielle. (Lésion de Baillarger).

Page 1