CHAPITRE Y
Arrêts de développement auditif physiques et psychiques
Chez l’homme, et il en est ainsi chez tous les mammifères, l’organe de l’audition se compose de deux parties distinctes :
L’une, destinée à la réception des ondes sonores, ou oreille interne, l’autre, destinée à la transmission, ou oreille externe.
La première se développe avant la seconde et en est, d’abord, absolument indépendante; celle-ci lui est, pour ainsi dire, surajoutée.
Le développement do l’oreille étant généralement mal connu, mérite qu’on s’y arrête.
L'appareil de transmission ou de perfectionnement, qui comprend l’oreille moyenne et l’oreille externe, n’est qu’une transformation de la première fente pharyngienne.
Celle-ci est comprise entre le bourgeon maxillaire inférieur et le deuxième arc pharyngien. Les deux bords de cette fente se réunissent pour constituer, d’abord, une gouttière ouverte en dehors, puis, les lèvres de cette gouttière s’accolent à leur tour et forment un canal qui s’ouvre en dedans, dans le pharynx et en dehors, à la partie latérale du crâne. La partie moyenne de ce canal est située audessous et en avant de l’oreille interne, déjà formée en partie à cette époque. Bientôt, on y voit se développer une sorte d’anneau membraneux, qui naît de la surface interne du conduit, comme l'iris vient de la périphérie de la choroïde. Peu à peu l’anneau grandit et il finit par se fermer à son centre, de manière à former un véritable diaphragme membraneux, qui divise le tube auditif en deux parties : c’est la membrane du tympan. Parfois, l’anneau n'est pas complet : il manque en haut et en avant, et plus tard on trouve une sorte de fente ou de canal à l’extrémité antérieure et supérieure du tympan. C’est un arrêt de développement analogue au coloboma de l'iris.
La partie du canal primitif auditif qui reste en dedans de la membrane du tympan, est l’origine de la caisse et do la trompe d’Eustache. La partie qui est en dehors formera, en se développant, le conduit auditif externe et le pavillon. Mais il faut remarquer que chez l’embryon, le canal auditif est très court en dedans et en dehors, de sorte que la membrane du tympan, très voisine de la cavité pharyngienne, affleure, pour ainsi dire, la surface du crâne.
La trompe d’Eustache, pendant la vie fœtale, est très courte et presque horizontale: son orifice tympanique est beaucoup plus large que son orifice pharyngien, de manière qu’elle présente la forme d’un entonnoir évasé en de dans. Le développement de la base du crâne change cette disposition et en rétrécit considérablement la partie interne. Son cartilage paraît au quatrième mois et vient encore modifier considérablement les parties: il allonge la trompe et la fait proémincr dans le pharynx.
Puisque, chez le fœtus, la trompe, la caisse et la cavité pharyngienne font partie d’un
même ensemble, il n’est donc pas étonnant de voir, chez l’enfant et chez l’adulte, les inflammations du pharynx se propager à la trompe et à la caisse.
La caisse du tympan n’est qu’une dilatation du canal auditif primitif, situé derrière la membrane du tympan; elle n’acquiert complètement sa forme que par le développement du rocher et le rétrécissement progressif de la portion tympanique de la trompe d’Eustatache; aussi est-elle plus grande chez le fœtus que chez 1 adulte. Chez le fœtus, la trompe d’Eustacho et la caisse sont remplies d’un liquide gélatineux qui peut, en s’enflammant, engendrer les otites des nouveaux-nés, bien étudiées par MM. Baréty et Renaut, dans le service de Parût.
La portion externe du canal auditif de l’embryon forme, en se développant, le conduit auditif externe et le pavillon.
« L’étude du développement de l’oreille est surtout intéressante en ce qu’elle nous permet de comprendre certaines anomalies congénitales. Ainsi, on observe parfois une sté-
nose complète du conduit auditif externe. Cette anomalie tient à ce que la partie externe de la première fente pharyngienne, au lieu de se former en gouttière, de manière à former un canal, s’est soudée complètement. Dans certains cas, le canal auditif externe est simplement masqué par un opercule cutané qui recouvre son orifice : c’est que la soudure de la fente pharyngienne n’a eu lieu que dans sa partie externe ». (Tillaux, Anatomie topographique, 1890, p. 149-150.)
L’Embryologie montre donc que la caisse n’est qu’un diverticulum du pharynx et la Physiologie montre, d’autre part, que l’aération de l'oreille moyenne dépend des phénomènes de la respiration. De là, une double relation entre l’état de l’oreille à la naissance et celui de l’appareil respiratoire et digestif à cette époque (Wreden, de Troelsch, Gellé, etc.).
Le développement de l’organe de l’ouïe n’est parfait que vers la cinquième ou la sixième année.
En effet, le développement du temporal, du rocher, des cellules mastoïdiennes et du
conduit auditif osseux, n’est achevé qu’à cette époque.
L’oreille, incluse dans une grande cellule de cet os, subit les dures conséquences de ce rapport anatomique.
Le temporal est, de tous les os du crâne, celui qui suppure leplus, et de tous les os, le rocher est celui qui est le plus sujet à la carie, à la nécrose, et cela, le plus souvent dans le jeune âge. Il est donc un danger d’infection pour le sens auditif en même temps quepour les organes encéphaliques.
Ostéites, ostéo-périostites, caries, nécroses périauriculaires, écoulent leurs produits pathologiques par la caisse et par le canal auditif externe qui draine le temporal.
La prédisposition à l’inflammation et aux altérations de nutrition, naît du développement de cet os et de la formation du tissu compact du rocher, si comparable à l’os éburné par l’ostéité condensante.
Voila donc une nouvelle cause de surdité périphérique, également liée à l’évolution même de V organe, pendant les cinq ou six premières années de la vie .
Combien faut-il de temps pour que la lésion auriculaire, qui amène la raideur de l’appareil et l’immobilisation de l’étrier, cause l'atrophie du nerf acoustique ?
Chez un chien d’un an, qui aboyait fort et haut, sourd à ne pas entendre un coup de revolver, l’atrophie des troncs et rameaux nerveux était évidente.
Chez un cobaye, assourdi à la suite du broiement du limaçon, l’atrophie était évidente dans le nerf acoustique lorsqu’il mourut, au bout de six mois, d’un abcès consécutif à l’état traumatique.
L’oreille interne est formée par l’invagination de la peau qui correspond à la partie postérieure de la seconde branehie de l’embryon, tandis que l’oreille externe et l’oreille moyenne proviennent de la fermeture incomplète de la première fente pharyngienne.
Certains auteurs admettent que l’oreille interne naît de la troisième vésicule cérébrale; certains dessins, dans Longet, la montrent en connexion avec cette vésicule.
Bischoff émet, au contraire, l’opinion que,
dans l'origine, l’oreille interne n’a aucune connexion avec l’encéphale.
D après Remak et Kolliker, l’oreille interne n est, au début, comme le cristallin, qu’une invagination du feuillet cutané de la face.
D’après ce dernier auteur, le nerf auditif se formerait comme les autres nerfs rachidiens, indépendamment du cerveau et de l’oreille interne.
Plus tard il s unirait, en arrière, à la troisième vésicule céphalique, puis, en avant, il se mettrait en rapport avec l’oreille interne.
Ce développement indépendant permettrait d’expliquer l’absence complète du nerf auditif, observée par Nuhn chez un sourd-muet de naissance, dont toutes les parties de l’o-
reiHe sterne, moyenne et externe étaient bien développées.
Chez une autre sourde-muette de 28 ans. sans lésion de l’oreille moyenne, toutes les fibres nerveuses étaient seules altérées (Luys, Gellé, Boucheron).
« Un jeune homme de 24 à 2S ans, sourd et ‘ muet de naissance, dit cette histoire, corn-
« mença tout d’un coup à parler, au grand « étonnement de la ville de Chartres, où cet « événement singulier arriva. On sut de lui « que quatre ou cinq mois auparavant il avait « entendu le son des cloches et avait été ex- « trêmement surpris de cette sensation nou- « velle et inconnue : ensuite, il lui était sorti « une espèce d’eau de l’oreille gauche, et il « avait entendu parfaitement des deux oreil- « les. Il fut ces trois ou quatre mois sans rien « dire, s’accoutumant à répéter tout bas les « paroles qu’il entendait, et s’affermissant dans « la prononciation et dans les idées attachées « aux mots.
« Enfin, il se crut en état de rompre le si- « lence, et il déclara qu’il parlait, quoique ce « ne fût encore qu’imparfaitement. Aussi les « théologiens habiles l’interrogèrent-ils sur « son état passé, et leurs principales ques- « tions roulèrent sur Dieu, sur l’âme, sur la « bonté ou sur la malice des actions. 11 ne « parut pas avoir porté ses pensées jusque là, « quoiqu’il fût né de parents catholiques, qu il <i assistât à la messe, qu’il fût instruit à faire
« le signe de la croix et à se mettre à genoux, « dans la contenance d’un homme qui prie; « il n’avait jamais joint à cela aucune inten- « tion, tant il est vrai que le plus grand « fond des idées des hommes est dans leur « commerce réciproque » {Académie des Sciences, 1603).
Sans insister sur la valeur clinique de cette observation curieuse au point de vue historique, nous rappellerons qu’elle est intéressante à notre point de vue, en ce qu’elle est le pendant, pour l’audition, de l’aveugle de Cheselden en ce qui concerne la vision.
Les faits précédents démontrent, sans qu’il y ait lieu d’insister, l’importance d’un diagnostic précis en ce qui concerne la cause exacte de la surdi-mutité et sa nature périphérique ou centrale.
La lésion périphérique, non traitée ni compensée par une éducation appropriée, entraîne l’arrêt de développement secondaire des centres inutilisés.
On doit donc soigneusement chercher à apprécier l’intégrité relative des centres
nerveux et l’opportunité d’uneéducation spéciale.
Au premier rang des méthodes à préconiser, se place l’enseignement méthodique delà parole articulée, comprise par la vue des lèvres et des mouvements nécessaires pour l’émission des paroles ordinaires; il réalise un plus grafd rapprochement du muet aux parlants et multiplie, par cela même, les échanges d’idées, les associations et les acquisitions du premier.
L’enseignement, par cette méthode, aux imbéciles atteints de surdi-mutité et perfectibles, ne saurait trop être préconisé1; il a, sur la dactylologie ancienne, le précieux avantage d’être plus simple, puisqu’il n’implique pas 1’enseignement forcé et parallèle de l’écriture.
Comme le disait déjà l’abbé de l’Épée : L’unique moyen de rendre totalement ces déshérités à la société, est de leur apprendre à en-
1. Une circulaire récente propose l’utilisation par l’État de l’École des sourds-muets du Pont de Beauvoisin et réserve quelques place aux sourds-muets des asiles en vue de leur enseigner la parole vocale.
tendre des yeux et à s’exprimer de vive voix.
On ne doit cependant pas repousser radicalement la mimique simple et l’enseignement des gestes expressifs naturels (qu’il ne faut pas confondre avec la dactylologie convenonnelle).
Certains idiots, pourvus d’organes phonateurs difformes, pourront apprendre à exprimer quelques idées rudimentaires par le deuxième procédé.
Sans remonter à l’exemple classique des philosophes, à l’observation de Laura Bridgman, nous nous contenterons de citer, parmi les faits les plus rapprochés de nous, cet idiot, présenté par Kussmaul au Congrès des Aliénistes Allemands de 1886.
Cet enfant arriéré, aveugle et sourd-muet, fut éduqué par le toucher, combiné à l’emploi des appareils buccaux de l’invention de son maître, M. IIirzel, de l’asile de Lausanne.
L enfant parvint ainsi à acquérir un langago phonétique articulé compréhensible, et put apprendre le métier de tourneur sur bois!
En France, les résultats obtenus à Bicôtre
sur les idiots simples, dont un certain nombre sont atteints de surdimutité, sont bien faits pour encourager dans cette voie thérapeutique.
Combien plus encore obtiendrait-on avec le contingent des sourds-muets, noyés parmi les aliénés, comme débiles ou imbéciles, et à qui il n’a manqué qu’un milieu propice à l’éducation de la portion saine et perfectible de leur cerveau. Malheureusement, à ce point de vue, dans les asiles, on a fait peu depuis les beaux travaux de Seguin. On peut même dire que la question est demeurée au point où il l’avait amenée; aussi ne peut-on que rappeler les pages principales qu’il consacre au traitement de l’idiotie, en ce qui a trait à l’audition, avec espoir que le mouvement récent né à l’alliance d’hygiène sociale dans la section de Bordeaux amène une recrudescence de la lutte médico-pédagogique sur ce terrain particulier.
Nous terminerons par cette citation, après avoir dit quelques mots, au point de vue médico-légal, et social relativement au sourdmuet en général.
A. Tardieu1 déclare que l’expert pourra admettre l’irresponsabilité du sourd-muet complètement privé d’éducation et de culture.
Ladreit de la Charriére paraît tendre à accorder l’irresponsabilité au sourd-muet de naissance.
Il y a un besoin évident de protection pour le sourd-muet. Il ne peut en être privé à sa sortie de l’institution, soit pour l’apprentissage, soit pour trouver des places ou des emplois. Aussi, Hugentobler au Congrès de Milan (1880) a-t-il parlé de la nécessité du patronage du sourd-muet à sa sortie de l’École. L’apprentissage des métiers existe déjà à Paris, à Saint-Étienne et à Lyon.
Peut-être, y aurait-il avantage à créer des ateliers et asiles spéciaux d’apprentissage même pour adultes.
L’âge le plus favorable pour l’admission à 1 école, est celui de 8 à 10 ans. La durée des études doit être do 7 à 8 ans, de 7 ans, au
A. Tardieu. Étude Médico-légale sur la Folie, p. 132, 2* édition, Paris, 1880.
moins; chaque professeur ne peut efficacement enseigner la parole à plus de 10 élèves.
On prévoit que les exigences d'un semblable enseignement demandent un notable accroissement de dépenses dans les institutions spéciales. Comme le nombre des sourds-muets est supérieur à celui des internes reçus dans les maisons d’éducation, il y a urgence déformer de nouveaux maîtres et de faciliter la création d’internats, et même de placements familiaux d'apprentissage d’élèoes chez des particuliers, comme cela se fait en Allemagne, dans les Pays-Bas, dans la Lombardie . Gellé ( Maladies de l'Oreille.) P. 630, 636.
En France dès longtemps le pouvoir public a affirmé la nécessité reconnue de constituer une organisation uniforme générale pour l’instruction des sourds-muets, (distribution des prix aux sourds-muets, Paris, 1882, discours du Ministre de l’intérieur).
Depuis, la réforme n’a pas été réalisée, et il est permis d’espérer que le projet de refonte de la loi de 1838, en même temps qu’il étend la sollicitude de l’administration aux débiles
simples et aux épileptiques, prévoie dans son règlement d’administration l’enseignement pédagogique des débiles sourds-muets comme on en rencontre tant dans nos asiles.
Condamnés à l’infortune et à la misère psychique ils sont trop souvent classés comme idiots, alors qu’ils seraient susceptibles d’une utilisation très appréciable et d’un développement inattendu.
Au lieu d’être confondus avec les aliénés ordinaires ou les idiots, et abandonnés à leur malheureuse infirmité, ils devraient être l’objet d’une médication pédagogique spéciale.
Des faits récents montrent qu’il y a là une lacuneacombler; les tribulations de cette sourdemuette égarée à l’asile de Saint-Yon le montrent, reconnue non idiote parM. le Dr Giraud, elle dut sortir de l’asile conformément à la loi de 1838. (Or la Seine-Inférieure ne possède pas d’établissement public pour sourds-muets).
On pourrait ici paraphraser le mot de Brillat-Savarin.
« Dis-moi comment tu sens
Je te dirai comment tu penses. »
Si l’on fait la synthèse en quelque sorte des acquisitions de chaque ordre de sensibilité en particulier, on constate que les notions correspondant à un objet donné forment nos complexus d’attributs distinctifs qui le catégorisent et le caractérisent au point de vue particulier de chacun de nos sens. C’est ainsi que le contact d’un aliment, sa saveur, l’odeur qu’il répand, sa couleur, le bruit que fait l’assiette qui le contient sont autant d’attributs qui déterminent d’une façon positive sa nature. Elles le distinguent de tout autre, en amalgamant cette série d’images reliées entre elles comme les perles d’un collier à l’aide de telle idée concrète homogène.
L’enfant ordinairement voit un objet; aussitôt il cherche à s’en approcher pour le toucher et le regarder sur toutes ses faces, il le porte à sa bouche, le goûte en quelque sorte, le brise même pour pousser l'analyse instructive plus loin; si on lui montre que par quelque artifice il est possible d en tirer un son, l’enfant se met bien vite à imiter ce qu’il vous voit faire et ne se lasse pas d’entendre le
bruit discordant produit : témoin le hochet à grelot ou à sifflet. Il en est de même des autres attributs possibles de l’objet au point de vue de l’odorat et du goût par exemple si l’odeur et le goût lui plaisent.
Cette opération ou plutôt cette série d’opérations n’a qu’un but, fixer dans le petit cervean curieux une série d’impressions et d’idées. Il en résulte une abstraction ou synthèse d’images fixées'désormais dans la corticalité. Quand l’enfant revoit ensuite l’ohjet, cette seule impression évoquera les images concomittentes associées précédemment et il pensera au bruit, au goût, au contact, à l’odeur de l’objet. Mais l’idiot non spontané passif et apathique ne coordonne les images successives correspondantes à un même objet qu’autant qu’on réitère à ses sens les expériences de ce genre, jusqu’à ce que cette succession éveille la conception du rapport dans le temps et l’espace entre les impressions variées produites par un même objet.
Cette conception obtenue l’idiot est mûr pour 1 attention (ad tendere) avec laquelle
commence la spontanéité qu’il s’agissait de faire naître et dont l’absence ou l’insuffisance distinguent l’idiot ou l’arriéré du normal.
On peut à l’occasion de chaque sensibilité particulière distinguer les organes de motilité spéciaux qui lui sont annexés, (muscles de l’œil et de l’oreille, internes et externes par exemple); une première manifestation de l’attention consiste dans la synergie des mouvements, s’orientant dans le but de diriger l’organe dans le sens le plus favorable à l’impression à recevoir d’un objet.
Ex. : L’idiot à qui l’on montre un objet et qui commence par le regarder sinon à le voir, finit par suivre l’objet de l’œil lorsqu’on le déplace; c’est là un vrai mouvement d’attention ; pour peu qu’on choisisse un objet répondant à la satisfaction prochaine d’un besoin qu’on a réussi à lui créer, la faim, par exemple, le mouvement s’accentuera conformément à la loi de généralisation des réflexes; si l’idiot est tiqueur, il atténue ses mouvements incoordonnés, premier phénomène d'arrêt; s'il est tranquille il tendra la main, ou-
vrira la bouche, criera, manifestera enfin d'une façon active un désir. Avec ce seul levier, le développement est possible et la lumière a pu jaillir, d’ou naîtra une flamme d’intelligence.
La synthèse des idées est née des images multiples d’où va naître à son tour la synthèse des mouvements de coordination vers un but déterminé donné. Les impressions réitérées ont enfin laissé trace dans le cerveau invalide sous forme d’expérience acquise de la valeur d’une impression donnée comme élément de perception d’un objet déjà connu. Une image perçue en appellera d’autres enregistrées antérieurement et évoquées en même temps par associations. Non seulement, dès lois, le cerveau sait mais encore il perçoit et interprète sa perception. La première interpi étation comporte un contrôle, l’impression première en appelle d’autres corroborant la perception qui en résulte; l’objet déjà vu et reconnu est regardé de plus près, l’enfant le rapprochera de lui (préhension) en se rapprochant lui- même (marche) etcliez l’idiot ces
mouvements de contrôle doivent être provoqués tout d’abord ; ils commencent ainsi à être passifs avant de devenir actifs ; le sens musculaire doit lui-même[être éduqué, éveillé, entraîné comme les autres par la force de l’habitude et de la répétition méthodique, avant d’obtenir la coordination automatique sur laquelle pourra finalement se greffer la coordination motrice volontaire. Dans cette éducation du sens musculaire il est une progression logique qu’on doit absolument observer, d’abord du simple au composé on commencera par la présentation d’objets simples que l’on place dans la main de l’idiot, le choix de la main ne sera pas indifférent étant donné les aptitudes individuelles différentes selon le côté du corps — on se rappellera le grand nombre des idiots et imbéciles gauchers. L’objet mis en main et en vue de l’enfant on lui en fera constater en quelque sorte les saillies et contours, et soutenir lo poids en même temps que par la pression des doigts on lui en fait éprouver la consistance. Peu à peu cette gymnastique manuelle de passive devien-
dra active; l’idiot ayant senti ses muscles commence à les mouvoir lui-même; le massage musculaire et articulaire suscitera de vraies contractions par imitation. La clef de voûte du traitement devient l’obtention d’une opposition du pouce suffisamment précise pour donner à la main son caractère définitif de pince de préhension. Des moyens mécaniques divers sont employés dans ce but telles que les échelles de Préclin, les barres à ressort, les bâtonnets, les boules, les planchettes. Doté de cet instrument actif l’idiot a vite fait de s'en servir comme l’enfantpour soumettre les objets à ses autres sens, odorat, goût, ouïe, vue. Les fonctions de relations actives commencent, s’il ne peut attirer les objets à lui avec sa main, il s y accrochera pour s’en rapprocher : c’est la progression en masse de l’organisme vers le but, forme première de la marche. Le dégénéré inférieur est en passe d’évoluer vers un stade supérieur qui le rapprochera graduellement du normal si des soins médico-pédagogiques appropriés secondent sa misère avec assez de
temps, de fréquenceetdepersévérancepatiente.
Du point de vue expérimental., rappelons quelques chiffres. Rappelons que le temps de réaction simple à des excitations auditives est do 106 à 159 millièmes de seconde pour Beaunis; de 167 pour Wundt; de 151 pour Hirch; de 122 pour Auerbach; de 180 pour Donders; de 125 pour Buccola; de 136 pour Enner ; etc. etc. Soit en large moyenne de 0,15 centième de seconde. Or, l’examen expérimental, tel qu’il se pratique à notre laboratoire, montre d’une façon presque constante, l’allongement de ce temps de réaction simple, dans la plupart de ces cas de dégénérescence auditive dont nous nous occupons.
Nous terminerons par un résumé de quelques nécropsies intéressantes à notre point de vue.
Cas de Moss *.
Petite fille morte au onzième jour avec convulsion et cyanose. Autopsie congestion et œdème du cer-
1. Revue Haijem, Tome XVI II, 18S1, page 682. Pathologisch-anatomischer Befund in einem Falle von Missbiidung des rechten Ohren. (Anatomie pathologique d'un cas de malformation de l’oreille droite), par S. Moos et H. Steinbrugge (Leitschr, fur Ohren, x. p. 15).
veau. On ne distinguait que le lobule de l’oreille et la moitié supérieure du pavillon était rabattue sur la moitié inférieure de façon que de loin l’ensemble ressemblait assez à une excroissance en chou-fleur. Développé, le pavillon n’avait que la moitié de la longueur de l’autre, et il occupait un point situé en avant et en bas sur la branche montante du maxillaira inférieur dont la moitié droite était dans son ensemble moins développé que la gauche, la symphise étant déplacée vers la droite d'un bon centimètre. Le conduit auditif, l’apophyse styloïde et le cartilage de la trompe manquaient. Le canal de Fallope était fermé ainsi que le trou mastoïdien et le conduit auditif osseux sauf un petit espace triangulaire. Cet espace était séparé par une travée osseuse de deux millimètres de large de la caisse du tympan également triangulaire à base postéro-supérieure à sommet antéro-inférieur. Les deux fenêtres étaient très rétrécies, mais non fermées. La trompe osseuse obi i té rée était remplacée par une petite fossette. Pas de membrane, d’anneau tympanique, d’osselets; absence du muscle du marteau et du plexus nerveux tympanique. Labyrinthe et conduit auditif normaux sauf l’absence de communication entre le vestibule et le limaçon. La perturbation avait eu lieu au niveau de la première fente viscérale et consistait en un processus irritatif qui avait entraîné une néoplasie osseuse prématurée car toutes les parties absentes étaient remplacées par une masse osseuse, ainsi que la plupart des espaces aériens.
Dysacousie et spécificité héréditaire par Ch. J. Kipp L
Pelite fille de 4 ans atteinte de Kératite parenchymateuse et d’iritis bilatérale. Syphilis secondaire chez la mère. L’enfant a un nez très aplati et des dents très irrégulières mal faites. Elle était en traitement depuis deux ans et demi pour ses yeux quand elle éprouva tout d’un coup des douleurs occipitales et du vertige. Trois jours plus tard diminution très rapide de l’ouïe, puis un écoulement séreux par Poreille droite qui s’arrêta eu 8 jours. Le diapason est entendu par les os également des deux côtés, à droite = O à gauche au contact : Membrane tympanique droite affaissée; mobile au spéculum de Siegle; violents vertiges pendant cette manœuvre. Trompes perméables. Membrane tympanique gauche opaque, déprimée, mobile. Catarrhe naso-pharyngien. Traitement : douche Politzer, badigeonnage du pharynx au nitrate d’argent, Kl : — Pas d’amélioration. L’auteur ne nous dit pas si la montre était entendue par les os du crâne.
Les symptômes commun ont été avec la Kératite parenchymateuse, la surdité brusque, le vertige, les bruits, les troubles de l’équilibre, tandis que la membrane tympanique ne présentait que de faibles
1. Transactions of lhe American olological Society : 13e meeting II, 4, Boston. 1880).
altérations; — il existait du catarrhe naso-pharyngien.
Mac Bride *.
L’auteur admet que dans un certain nombre de surdités, il existe un simple trouble fonctionnel du nerf auditif, mais que nous ne pouvons pas encore en fixer la nature. Ces troubles surviennent principalement lorsque le système nerveux général n’est pas dans son état normal. Cette idée est intéressante à enregistrer au moment où toute affection inconnue de l’oreille est encore rangée trop volontiers dans la catégorie des a catarrhes » ou des « scléroses ».
Reinhard 1 2.
Fillette de quatre ans : à la suite d’une rougeole hémiplégie et surdité droites, aphasie, accès épileptiques et affaiblissement intellectuel.
A l’autonsie atrophie des lobes temporal et occipital de l’insula et de la circonvolution de l’hippocampe gauches; atrophie de la moitié droite du cervelet.
1. Tome XX, 1882, page 714. Nervous deafness. (Surdité nerveuse) (The Lancet 1881.)
2. Tome XXII, 1883, p. 649. Idiotingehirn. (Berlin. Klinwach. n° 50, p. 767, 11 décembre 1882.)
Trukenbrod L
Le cas peut se résumer ainsi :
Etat rudimentaire du pavillon. — Le conduit auditif est représenté par une fente verticale, haute de 2 centimètres 5 et large de 1 centimètre 3, avec un petit diverticulum en arrière, formé par une masse cartilagineuse fixée par des faisseaux conjonctifs à l’oreille du temporal ou l’on vient butter.
En poursuivant l’examen du côté de la trompe d’Eustache, on constate qu’elle présente un calibre régulier et très large, 4 milimètres de haut à son embouchure dans la caisse qui forme, pour ainsi dire, le renflement terminal de la trompe.
Les deux muscles et les osselets sont normaux, sauf le marteau dont il n’existe que la tête soudée à l’enclume, mais au lieu de membrane tympanique, on trouve l’os étrier immobilisé dans la fenêtre ovale par des tractus conjonctifs. — Les branches sont reliées par une mince lame osseuse. — Oreille interne normale. — Le sujet n’a jamais entendu de cette oreille.
Femme de 83, ans complètement sourde depuis 25 ans, à la suite d’une variole : succombe à une pneumonie.
Le lobe occipital gauche est extrêmement atrophié. — La scissure perpendiculaire est transformée