‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 13 sur 79 · A cette illumination de l'entendement cor · texte numérisé non relu

A cette illumination de l'entendement cor

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respond aussitôt un fort mouvement d'amour dans la volonté. Alors les contemplatifs s'unissent intimement à l'hôte divin de leur âme, ils se réjouissent de Le posséder, tout cela par des actes du cœur souvent à peine exprimés, mais intenses €t ardemment affectueux.

Ces émotions affectives, produites dans l'âme par la connaissance des amabilités divines, appartiennent, selon beaucoup d'auteurs, au don de sagesse, qui serait, d'après eux, un g^oût très suave de Dieu et des choses divines. « La sapience, dit saint François de Sales, n'est autre chose que l'amour qui savoure, goûte et expérimente combien Dieu est doux et suave. » (Amour de Dieu, i. XI, ch. XV.)

Saint Thomas, cependant (2. 2.q. 45), remarque que ce don de sagesse ne consiste pas précisément dans le goût des choses divines, car alors il serait dans la volonté, ce que le saint Docteur déclare inadmissible ; il consiste plutôt dans le jugement qui s'ensuit. D'après lui, cet attrait pour les choses surnaturelles, cette délectation que nous y prenons, cette sympathie que nous éprouvons pour elles serait un effet de la charité *.

^ Hœc connatur alitas sive affinitas ad res divinas fit

Et ainsi le charme que nous trouvons dans les choses divines serait non pas l'effet, mais au contraire le principe de la sagesse : par ce goût intime qu'elles produisent en nous, nous jugeons de la vérité, de la bonté, de la convenance des chose» divines ; or, d'après saint Thomas, c'est cette rectitude de jugement qui constitue la sagesse^.

Quoi qu'il en soit, il est certain que l'âme parfaitement unie à Dieu, entièrement soumise à l'action de l'Esprit-Saint, reçoit de Lui une intelligence plus vive des choses divines, un regard plus perçant par lequel elle saisit mieux les vérités surnaturelles. Il est également certain qu'à cette perception de TinteUigence répond dans la volonté une tendance affective très intense, un sentiment d'amour plein de suavité. Le cœur se complaît dans cet amour, il y trouve une grande douceur, soit qu'il savoure son union avec le Bien-Aimé, dont les perfections le charment, soit qu'il tende à une union plus intime encore. Il est clair aussi qu'il résulte de tout cela une connais-

per charitatem qaœ qiiidem nos unit Deo secundam illiid : « Qui adhœret Deo, anus spiritas est. »

^ Sic sapientia caiisam habet in voluntate scilicet charitatem, sed essentiam habet in intellecta, cajasest recte jadicare. (2. 2. q. 45, art. 3.)

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sauce expérimentale des choses divines qui rend éminemment sag-e : Gustate et videle (jiiomam siuwis est Dominas \ L'âme qui a ainsi goûté Dieu sait l'apprécier et juger sainement de toutes choses.

4o. On voit donc là l'exercice des dons d'intelligence et de sag"esse. Sous l'influence de ces dons se succèdent dans l'âme une multitude d'actes rapides, parfois très explicites, parfois, au contraire, fort peu distincts. Aussi, il est souvent difficile de les apercevoir bien nettement et d'en démêler le caractère. Ce sont des sentiments de complaisance dans les perfections de Dieu, de joie à la vue de sa g-randeur : Scitote quoniam Dominus ipse est Deas, de louang-e, d'admiration, de respect, de confiance absolue, d anéantissement de soi-même, d'offrande de tout son être. Ce sont encore des désirs de l'aimer davantage et de Le voir mieux connu et plus aimé, désirs souvent pleins d'anxiétés, et qui, n'étant pas satisfaits, causent à l'âme de vrais tourments. Ces sentiments, qu'ils soient distincts ou confus, varient selon que les lumières communiquées par l'Esprit-Saint portent sur telle ou telle vérité, font

^ Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux.

voiries choses divines sous tel ou tel aspect. Parfois une impression de la bonté et de la bienveillance de Dieu remplira l'âme de consolations, comme dans Toraison des goûts divins de sainte Thérèse. D'autre fois, au contraire, un sentiment vague mais puissant de la sainteté et de la justice divine, éclairant l'âme sur son néant et ses misères, lui fera comprendre la disproportion qui existe entre elle et le Dieu de son amour, et la remplira d'effroi et de désolation, comme dans la nuit de l'esprit de saint Jean de la Croix.

Tel est, croyons-nous, le rôle des dons d'intelligence et de sagesse dans la contemplation. L'âme contemplative est en même temps très disposée à subir l'influence des autres dons : de la piété, qui lui met au cœur des sentiments d'affection toute filiale envers Dieu : In quo clamamas Abba Pater; de la science : quand son attention se dirige sur les créatures, elle en juge selon les lumières que ce don lui communique. Ces dons peuvent, par conséquent, avoir aussi leur part dans la contemplation. Quant aux autres dons de conseil, de force, de crainte de Dieu, ils lui servent dans la conduite ordinaire de la vie, pour lui faire produire des actes pleins de prudence et de générosité, mais ils peuvent aussi intervenir dans son oraison

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pour lui faire prendre les résolutions les plus sag-es el parfois les plus héroïques.

4r. Ces notions données, il est facile de comprendre pourquoi la contemplation, qui est l'effet des dons, est à bon droit nommée surnaturelle, par opposition à Toraison discursive. Il est naturel à l'homme d'agir par raisonnement; et il peut porter son entendement aussi bien sur les choses de la foi que sur les questions profanes; la g"râce nécessaire pour le faire chrétiennement ne lui manquera pas, de même que le concours divin ne lui fait pas défaut quand il veut traiter les questions temporelles. L'action de la grâce est donc, dans ce cas, plus à la portée de l'âme chrétienne. Mais il n'en est plus de même s'il s'ag"it des dons. En effet, il ne dépend pas de nous de subir les motions de l'Esprit-Saint, de recevoir ses lumières, de goûter la suavité de l'amour que ces lumières produisent dans la volonté, surtout d'en avoir le cœur sensiblement délecté; tout cela suppose une action particulière du Saint-Esprit.

Il est bien vrai que l'homme peut se disposer à ces opérations contemplatives, mais non se les procurer. Il s'y dispose d'une façon éloig-née par le renoncement parfait, qui écarte les obstacles à l'action de l'Esprit-Saint; il s'y prépare d'une façon

prochaine par Facte de récollection qui favorise cette action divine, et comme Dieu est infiniment libéral, qu'il ne demande qu'à répandre ses dons, il arrivera que l'âme, si elle est très fidèle, sera d'une façon habituelle sous l'influence des dons du Saint-Esprit. Telles sont ces âmes dont parle saint Jean de la Croix, qui, « dès qu'elles se mettent en présence de Dieu, entrent en possession d'une connaissance confuse, amoureuse et pleine de paix et de calme, source délicieuse où elles boivent à long^s traits les eaux de la sagesse et de l'amour^ ». Toutefois cette contemplation ellemême, bien que devenue si fréquente et comme habituelle, reste surnaturelle, car elle tient plus de Dieu que de l'homme; mais c'est un surnaturel non miraculeux : il n'y a pas là dérogation proprement dite aux lois de la nature.

t\i. Pour terminer ce chapitre, nous donnerons la proposition suivante comme résumé de la doctrine par nous exposée : Les opérations contemplatives sont les opérations de l'âme qui, « devenue plus souple et maniable à l'Esprit-

^ De manera que laego en poniendose delante de Dios se pone en acto de noticia confasa ^ amorosa, pacifica y sosegada , en que esta el aima bebiendo sabidaria , amor ij sabor {Montée du Carmel ^ ii, il\.).

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Saint » et ag'issant par le moyen des dons, n'est plus conduite par les émotions sensibles ni par les lentes considérations de la raison, mais produit sous l'influence de la grâce des actes directs où le Taisonnement n'a point de part, actes de l'intelligence qui saisit rapidement et embrasse comme •d'un coup d'œil les perfections divines, actes de la volonté qui s'enflamme d'amour pour son Dieu. Par là l'âme s'élève au-dessus des facultés inférieures autant qu'il lui est possible sans miracle •dans cette vie.

43. Que le lecteur veuille bien nous pardonner de l'avoir retenu si longtemps sur ce chapitre et de n'avoir pas traité ce sujet avec plus de clarté et plus d'intérêt.

Dans le prologue qu'il a mis en tête de son livre de la Montée du Carmel , saint Jean de la Croix demande qu'on lise deux fois son ouvrage, une première lecture ne pouvant donner que des lueurs imparfaites dans une matière si difficile et si obs- •cure^ Ayant traité le même sujet, nous sommes

1 Saint Jean de la Croix, disons- le en passant, est cependant moins obscur qu'on ne le suppose communément. Nous espérons que ceux qui auront lu le présent travail comprendront sans peine ses ouvrag-es. M. l'abbé €alaber a donné un bon résumé de sa doctrine et Ta mise

lente d'exprimer la même demande que ce bon Saint. Si l'on a le courag^e de nous relire, on trouvera cette doctrine plus facile à saisir et, ce point une fois bien éclairci , le reste ne sera qu'un jeu. Nous croyons pouvoir promettre qu'on ne regrettera pas sa peine. Pour aride que paraisse l'étude de ces phénomènes mystiques, elle n'en ouvre pas moins des aperçus nouveaux, intéressants et surtout édifiants. Sans la connaissance de ces opérations supérieures de la grâce, on ne pourra jamais se faire une idée juste de la vie intérieure des âmes parfaites; par elle, au contraire, on arrive à mieux comprendre la pureté de leurs sentiments, la grandeur de leurs mérites, la vivacité de l'amour qu'elles ont pour Dieu et la tendresse de Dieu pour elles.

à la portée de tous dans une brochure qu'on fera bien de conseiller aux âmes pieuses. Elle a pour titre : La terminologie de saint Jean de la Croix dans la Montée du Carmel et la Nuit obscure, suivie d'un abrég-é de ces deux ouvrages. Paris, Amat. Angers, Germain et G. Grassin.

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