‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 16 sur 79 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La contemplation est bien moins rare qu'on ne le croit communénient

§ I . Témoignages des auteurs mystiques

68. N'avons-nous pas dans les pages précédentes déprécié aux yeux de bien des lecteurs la grâce de la contemplation? Ce n'est point ainsi, en effet, qu'on se la représente communément et, comme le dit le P. de Caussade :

« N'y a-t-il pas des auteurs qui, en parlant de 1? contemplation ordinaire ou de l'oraison passive ordinaire, en donnent pourtant des idées si magnifiques et si hautes que les uns en sont éblouis

l KlilOUENCi: DE CETTE ORAISON 12.T

et les autres rebutés d'y aspirer? » (Instr, spir., dial. 4v) Mais ceux qui se font une idée aussi exagérée de la contemplation doivent être g^randement surpris en lisant dans les auteurs mystiques certaines assertions absolument incompatibles avec leur manière de voir, assertions qui, selon nous,^ se comprennent fort bien.

(( 11 nous est permis, dit le P. Alvarez de Paz, de désirer le don de la contemplation ; nous pouvons le demander humblement à Dieu; c'est même un devoir pour nous de nous y disposer par Tabnégation parfaite et par l'exercice assidu de toutes les vertus. Et certainement, ajoute-t-il^ nous devons nous en prendre à nous-mêmes si nous n'éprouvons jamais les suavités ineffables de la contemplation ^ »

^ Nos certe in causa sumiis qnod nunqiiam contempla" iionis ejfabilem siiavitateni gnstemas. De orat. ment. L. I. Part, 3. cap. xxvii. Il est admis par tous les Maîtres que l'on ne doit pas désirer les grâces extraordinaires. Aussi certains théolo<çiens mystiques des deux derniers siècles , ayant enseigné que la contemplation est une faveur extra"ordinaire , sont ensuite fort embarrassés de concilier cette doctrine avec l'assertion des auteurs plus anciens, qui affirmaient sans hésiter qu'on peut aspirer aux «grâces contemplatives. « Scaramelli. après avoir protesté qu'il ne veut pas contredire des hommes si savants^ admet la thèse, puis

Le p. Lallemant, si justement renommé pour sa doctrine toujours exacte et mesurée, s'exprime ainsi : « Sans la contemplation, jamais on n'avancera beaucoup dans la vertu, et l'on ne sera jamais bien propre à y faire avancer les autres. On ne sortira jamais entièrement de ses faiblesses et de ses imperfections. On sera toujours attaché à la terre et l'on ne s'élèvera jamais beaucoup au-dessus des sentiments de la nature : jamais on ne pourra rendre à Dieu un service parfait. Si Ton n'a reçu cet excellent don, il est dangereux de s'épancher trop dans les fonctions qui regardent le service du prochain, etc. ^ » Le vénérable auteur ne tiendrait certainement pas ce langage s'il regardait la contemplation comme un phénomène rare et exceptionnel.

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