‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 17 sur 79 · D'après sainte Thérèse, la contemplation · texte numérisé non relu

D'après sainte Thérèse, la contemplation

la détruit par des correctifs rigoristes dans le goût du dixhuitième siècle. )) P. Poulain, S. J. La Mystique de saint Jean de la Croix.

^ Ce langage du P. Lallemant rappelle les paroles de Vlmitation. Après avoir montré la nécessité du renoncement et rappelé que seul il mène à la contemplation, l'auleur de cet admirable livre ajoute : « Nisi homo sit in spiritii elevatiis, et ah omnibus creatiiris liberatas, ac Deo TOTUs UNiTus, quidquid scit^ qiiidquid etiam habet, non est magni ponderis, » (Imitai., III, 3i.)

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est comme le couronnement ordinaire de la vie spirituelle. En effet, elle la promet à ses filles comme la récompense de leur fidélité ^ Sans doute, elle commence par leur rappeler des principes qu'il ne faut pas méconnaître : à savoir que beaucoup d'âmes qui n'atteig-nent jamais la contemplation procurent quand même la g-loire de Dieu et acquièrent de grands mérites; que non seulement l'on peut se sauver sans la contemplation, mais que sans elle on peut aller loin dans la perfection, plus loin même que certains autres qui sont contemplatifs.

Et cependant, sans vouloir contredire ces vérités elle promet à ses filles que Dieu, si elles restent fidèles, leur accordera tôt ou tard la grâce de la contemplation : a Considérez que Notre-Seigneur nous convie tous ; Il est la vérité même, nous ne saurions douter de la vérité de ses paroles. Si ce banquet n'était pas général, Il ne nous y appellerait pas tous ; et quand même II nous y appellerait. Il ne dirait pas : je vous donnerai à boire. Il aurait pu dire : venez tous, vous ne perdrez rien à me servir, quant à cette eau céleste (la

^ V. Chemin de la perfection, ch. xviii, xx, xxi (édit. Bouix.)

contemplation) , j'en donnerai à boire à ceux qu'il me plaira. Mais comme II ne met de restriction ni dans son appel, ni dans sa promesse, je tiens pour certain que tous ceux qui ne s'arrêteront point en route boiront enfin de cette eau vive \ ))

Ainsi, dans l'esprit de la Sainte, l'heure n'est pas uniforme de l'appel à la contemplation, Dieu y amenant plus tôt certaines âmes encore imparfaites, et plus tard d'autres plus avancées en sainteté ; quelques-uns, maig-ré leur fidélité, pourront être retirés de ce monde avant d'y atteindre ; mais, en règ"le g"énérale, celui qui passerait de long-ues années dans une fidélité parfaite finirait par être introduit dans la voie unitive et contemplative.

Dans le livre du Château intérieur^ après avoir décrit la quatrième demeure où apparaît l'oraison des goûts divins ou quiétude sensible, elle termine par ces paroles : « J'ai traité avec étendue de cette quatrième demeure parce que c'est celle où entrent, je crois, le plus grand nombre

' Ch, XIX (Edition espagnole). Ch. xx (Édition Bouix), siibjine : « Tengo por cierto, que todos los que no se quedaren en el camino no les fallara esta agaa viva, »

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d'âmes ^ » Dans le livre de Sa Vie (ch. xv), parlant de cette oraison que certains auteurs veulent présenter comme un phénomène si extraordinaire, elleavait déjà, et avec insistance, émis cette affirmation , qu'un très grand nombre d'âmes y arrivent-. Dans son livre des Fondations (ch. vi), elle affirme qu'à peine se trouve-t-il dans chacune de ses maisons une reli§"ieuse qui soit demeurée dans la méditation ; toutes les autres sont élevées, dit-elle, à la contemplation parfaite^.

Elle reconnaît par ailleurs que la quiétude, tout en communiquant à Tâme de saintes dispositions, lui laisse encore beaucoup d'imperfections et de faiblesses.

La voie extraordinaire, selon elle, ne commence qu'à l oraison d'union^.

* « Me lie alargado macho en esta Moi^ada, porque es en la que nias aimas creo entran. «

2 (( Hay mâchas aimas que llegan a este estado. »

^ « En estas casas, si haij una de las hermanas que la lieue el Senor por meditacion, iodas las demas llegan a contemplacion perfecta. »

* Ce qui nous confirme dans cette opinion c'est que l'oraison d'union, telle que l'entend sainte Thérèse, n'est qu'une sorte d'extase inférieure. Les sens n'y peuvent plus exercer leurs fonctions. ( Vie, ch. xviii et Lettre au P. Rodr. Alvarez.) « L'extase, dit-elle, ne diffère de l'union qu'ea

Dans la cinquième demeure (ch. m), en effet, elle indique que les âmes peuvent être menées par deux voies différentes à Tétat d'union, c'est-àdire à la parfaite conformité à la volonté divine, qui est la véritable sainteté et qui doit être l'objet de nos efforts et de nos aspirations. Les unes y parviennent par une oraison fort élevée, toute gratuite, où Dieu enlève l'usage des sens et communique à l'âme de merveilleuses dispositions, et elle appelle cette oraison l'oraison d'union ^ ; les autres atteig^nent le même but et arrivent également à cette cinquième demeure par la mort de la volonté, c'est-à-dire par les épreuves de tout genre patiemment supportées, et aussi, croyons-

ceci : elle dure davantag-e et se fait plus sentir à l'extérieur, » Lettre au P. Rodr. Alvarez. Saint François de Sales fait sienne cette doctrine. (Amour de Dieu, VIÎ, 3. Voir VEtat mystique^ ch. v, § 2.) Sainte Thérèse est conséquente avec elle-même quand ^ d'une part, elle approuve et encourage vivement le désir de la contemplation, et quand, d'autre part, elle dit et répète qu'elle n'a jamais désiré l'oraison d'union. La première appartient à la voie ordinaire, la seconde à la voie extraordinaire.

* Si l'oraison d'union paraît déjà, dans l'esprit de sainte Thérèse, de beaucoup supérieure à la quiétude, à plus forte raison en est-il de même des oraisons qu'elle décrit plus tard : extase, ravissement, vol d'esprit, qui sont certainement à ses yeux d'un ordre à part, et vraiment extraordinaires.

nous, par celte quiétude aride, dont l'excellence, au rapport de saint François de Sales, vient justement de ce que la volonté n'y trouve pas de vives satisfactions.

70. Venons à saint Jean de la Croix. D'après ce saint auteur, quand l'âme a déjà, dans une certaine mesure, acquis le détachement des choses du monde « Dieu commence à l'élever à Tétat de contemplation, ce qui arrive ordinairement très vite, surtout lorsqu'il s'agit d'âmes eng-agées dans la vie religieuse'... il n'y a plus alors qu'à passer de la méditation à la contemplation ». Saint Jean de la Croix déclare qu'il y a des exceptions : « Dieu ne mène pas à la contemplation/>ar/a/^e tous ceux qui s'adonnent avec résolution à la vie intérieure, n (Nuit, I, 9.) Mais, à considérer l'ensemble de ses écrits, il est évident que pour lui la contemplation est le couronnement habituel des efforts généreux faits dans le service de Dieu. Ce qui le prouve encore, c'est la distinction qu'il met entre « la connaissance générale » des perfections divines qui fait le fond de la contemplation, et certaines

* Los comienza Dios a porter en este estado de contemplacion , lo ciial saele ser /nui/ en brève, mayormente en génie Religiosa, Vive jlamme , str. 3 § 5. Cf. Nuit obscure, I, 8.

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