CHAPITRE VIII Avantages de l'oraison contemplative
92. Celui qui lira ces lignes se demandera peut-être quelle est l'utilité pratique de cette partie de notre travail. A notre avis, elle est fort grande, parce que ce mode d'oraison, moins rare — nous l'avons démontré — qu'on ne le suppose trop souvent, est en même temps très fructueux; et, si l'âme qui doit le pratiquer est mal dirigée, elle n'entrera pas dans la voie à laquelle Dieu l'appelle, ou si elle y entre, elle pourra s'y égarer et, dans l'un et l'autre cas, elle perdra les grâces extrêmement précieuses que la Bonté divine lui réservait.
L'oraison contemplative produit des fruits bien plus abondants que l'oraison de discours et que celle d'affection. «Avec la contemplation, dit le P. Lallemant, on fera plus pour soi et pour les autres, en un mois, qu'on ne ferait sans elle en dix ans. » Et il donne ces raisons : « Elle produit
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des actes excellents et dégagés des impuretés de la nat m e, (les actes d'amourde Dieu, très sublimes, qu'on lie fait que très rarement sans ce don, et enfin elle perfectionne la foi et les vertus, les élevant au plus haut degré où elles peuvent monter. » {Doctrine spirituelle, 7^ principe, ch. iv, art. 4») Dans l'oraison contemplative, la part de l'homme est beaucoup moindre, celle de Dieu bien plus grande : Dieu donne, l'âme n'a qu'à recevoir. « Notre âme, dit le Vén. Libermann, n'est qu'une capacité, elle n'a rien par elle et en elle ; c'est en Dieu qu'elle doit se remplir, et cela par l'union de l'oraison. Par conséquent, elle doit plutôt recevoir que prendre. De là, l'état d'oraison parfait consiste en ce que les puissances de notre âme s'unissent à Dieu par une contemplation de silence, de repos et d'attente. Si cela est vrai, sa coopération consiste à consentir aux dons de Dieu et à les recevoir. Elle consiste aussi à se disposer et à se mettre en état, par la grâce de Dieu, de s'unir de la sorte à Lui, afin de recevoir ses dons ». (Ecrits spir., p. 217.)
« Cette oraison, dit Bossuet, où l'on demeure simplement attentif à cette présence de Dieu, exposé à ses divins regards, sans s'empressera faire autre chose que ce qui nous arrive, est une
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oraison avec Dieu seul, et une union qui contient en éminence toutes les autres dispositions particulières elqui dispose l'âme à la passiveté, c'est-àdire que Dieu devient le seul maître de son intérieur, et qu'il opère plus particulièrement qu'à l'ordinaire; tant moins la créature travaille, tant plus Dieu opère puissamment ; et puisque l'opération de Dieu est un repos, l'âme Lui devient donc en quelque manière semblable en cette oraison et y reçoit aussi des effets merveilleux, et, comme les rayons du soleil font croître, fleurir et fructifier les {)lantes, ainsi l'âme qui est attentive et exposée en tranquillité aux rayons du divin Soleil de justice en reçoit mieux les divines influences qui l'enrichissent de toutes sortes de vertus. »
93. Il n'y a qu'une voix parmi les auteurs spirituels pour affirmer cette supériorité de la contemplation sur les autres oraisons, et il n'en est pas un qui ne souscrirait volontiers à ce que dit le P. Surin. Cet auteur compare ceux qui s'adonnent à l'oraison à trois sortes de personnes qui vont les unes à pied, les autres à cheval, les autres en carrosse ou en bateau ; — il aurait dit, s'il avait vécu de nos jours, en chemin de fer, et ce serait encore plus exact. — « Les premiers sont
ceux qui font oraison de discours, qui vont à pied et avancent par le travail. Les deuxièmes sont ceux de Foraison affective, qui vont à cheval, ayant un peu de travail. Les troisièmes sont ceux qui sont dans la contemplation, qui avancent plus que les autres sans aucun travail. » {Catéch. spiril , t. 1, i^'^ partie, ch. m.)
Aussi c'est à Tâme contemplative surtout qu'on peut appliquer le mot de saint François de Sales : « Une seule âme fervente rend plus de g^loire à Dieu que mille chrétiens négligents et tièdes. »
Louis de Blois avait dit avant lui : « Ceux qui « sont unis à Dieu et Lui laissent toute liberté « d'opérer en eux à chaque instant ce qui Lui « plaît sont plus utiles à l'Eglise en une heure « que les autres, quoi qu'ils soient, en plusieurs « années. » {Instit. spir., ch. i*^'".)
Les avantages de ce mode d'oraison ressortiront mieux du tableau qui nous reste à tracer du cinquième degré de la vie spirituelle. On y verra ce que produit la contemplation quand elle est entrée tout de bon dans une âme, quand, au lieu d'apparaître seulement de temps à autre, elle est devenue le mode habituel de prier