CHAPITRE II
Intensité de la charité chez les âmes parfaites
102. Même dans son deg-ré infime, l'état d'union est déjà un état bien élevé. Ceux qui en sont là n'ont plus qu'un désir : s'unir à Dieu, posséder Dieu, jouir de Dieu. Tertium stiidiiim est ut homo ad hoc principal iter intendat ut Deo inhœreat et eo fruatur, et hoc pertinet ad perfectos, qui (( cupiunt dissolvietesse cum Christo ». (S. Th. 2. 2. q. 24, a. 9, c.)
C'est là un acte d'amour de Dieu, intense et très pur. Fénelon semble ne pas reconnaître dans cette parole de l'Apôtre le cri du pur amour. Il semble y voir un mélange d'amour naturel de soi-même qui exclurait le vrai désintéressement. A ses yeux, en effet, le désir de posséder Dieu,
de jouir de Lui, doit, pour être parfait, ne reposer que sur le motif de la gloire de Dieu, en sorte que ceux-là seuls seraient désintéressés qui voudraient jouir de Dieu afin de Le glorifier davantage.
Mais la tendance à l'union divine, le désir de posséder Dieu, ne l'oublions pas, naît souvent dans l'âme spontanément, dès que se présente à elle la pensée de ce Dieu si aimable et si aimé^ On ne se demande pas pourquoi on veut s'unir à Lui ; on s'élance vers Lui très librement et d'une façon très méritoire, mais sans raisonnement explicite, uniquement parce qu'on L'aime et qu'on tend instinctivement, en vertu même de cet amour, à s'unir à Lui. Amor est virtus unitivay dit saint Denys, cité par saint Thomas, (i. 2. q. 28, a. I. Cf. 2. 2. q. 28, a. 9 et 2.) Il y a sans doute, au fond de cet acte, une recherche indélibérée, instinctive et fatale de l'intérêt propre, mais qui n'enlève rien à sa perfection ni à son mérite. L'âme, en réalité, ne voit que Dieu, elle s'oublie elle-même, c'est Dieu bon en soi qui est perçu par l'intelligence et recherché par la volonté; ce sont ses infinies perfections qui ravissent le cœur et produisent cette vive attraction qui est l'acte d'amour sans retour sur soi-même : Cum^