INTENSITÉ DE LEUR CHARITE
homo Deiiin possidet sut obllviscitur et eum totis viribiis dili'git^. — Si in mea beatitudine ^ dit Lehmkhul, non tam considéra quod mihi hene sii, sed potins eam concipio qaatenus prœsens intueri possini Deum omnibus bonis summe afjlnentem^ atque ita in hac ipsa cognitione per- Jecta seu visione nieum gaudium colloco, in se et per se actum perfectissimœ caritatis exerceo.
io3. Si, au contraire, l'âme s'envisag-e ellemême, si elle pense d'une façon réfléchie que Dieu non seulement est le Bien suprême, mais aussi qu'il est son bien à elle, alors elle tiendra à Le posséder comme tel ; elle veut alors Dieu, elle Le désire, comme l'auteur de sa félicité, quatenus beatificantem. « Cet amour donc, que nous appelons espérance, est un amour de convoitise, mais <l\ine sainte et bien ordonnée convoitise, par laquelle nous ne tirons Dieu à nous ni à notre utilité, mais nous nous joignons à Lui, comme à notre finale félicité. Nous nous aimons ensemblement avec Dieu par cet amour, mais non pas nous préférant ou égalant à Lui en cet amour : l'amour de nous-même est mêlé avec celui de Dieu, mais
^ Saint Bernard cité par saint Alphonse. Théol. moral., De prœcepto charitatis.
celui de Dieu surnag-e ; notre amour-propre y entre voirement, mais comme simple motif et non comme fin principale ; notre intérêt y tient quelque lieu, mais Dieu tient le rang- principal. » {Amour de Dieu^ XI, 17.)
Ce second amour est surnaturel : c'est la g^râce qui a éclairé l'âme, qui lui a montré Dieu comme son bien et l'a déterminée à se porter vers Lui, à désirer de Le posséder. C'est une manière très licite et très bonne d'envisager Dieu que de Le considérer comme notre bien, puisqu'il est tel, et il est très louable de Le rechercher comme tel.
Par ailleurs, il y a là non seulement, comme dans le cas précédent, tendance instinctive et spontanée vers ce qui nous convient : Fecisti nos ad te Deus, et irreqiiietum est cor nostram donec requiescat in te^, mais il y a aussi considération réfléchie de notre propre intérêt : Tesprit, voyant que notre intérêt, notre bien, c'est Dieu même, et qu'il s'offre à nous pour faire notre bonheur. Le propose comme tel à la volonté. C'est ce retour délibéré sur soi-même qui fait que l'amour d'espérance ou de convoitise n'a pas la perfection de la vraie charité.
^ « Vous nous avez fait pour vous , Seig^neur, et notre cœur ne peut trouver son repos qu'en vous. » Saint Aug"ustin.
INTENSITÉ DE LEUIl CHARITÉ u)3
io4. A côté de cet acte surnaturel d'espérance peut exister et existe souvent un acte naturel d'amour de soi, ou, ce qui revient au même, d'amour de son bonheur ^ L'àme, après avoir considéré Dieu comme son bien souverain et l'avoir désiré surnaturellement, peut considérer la béatitude qui lui reviendra de la possession de Dieu et convoiter délibérément cette satisfaction de la nature. En effet, le cœur disting-ue tout ce que l'esprit disting-ue, à chaque perception différente de l'intellig-ence peut correspondre et même correspond instinctivement une appétence différente de la volonté. Or, il est certain que rintelligence distingue Dieu nous béatifiant du bonheur même que la nature doit éprouver : la volonté peut donc se porter sur l'un plus que sur l'autre, ou sur l'un et non sur l'autre; comme elle peut se porter encore simultanément sur les deux et, dans ce cas, il y aurait deux actes, l'un surnaturel et l'autre naturel. C'est ainsi que l'on peut vouloir faire l'aumône et parce qu'il est louable de la faire et pour être vu du public : il y a alors acte double,
^ Sic, dit Billuart, peccaior impœnitens qui per lumen Jidei cognoscit paradisiim , illiuri a mat amore natarali, [De charitate, Diss. I, art. 3, § 2.)