II
Tun bon et l'autre mauvais ^ De même la béatitude éternelle peut être désirée, et parce que nous y posséderons Dieu, notre bien suprême, ce qui est un acte d'espérance surnaturelle, et parce que notre nature y trouvera avantage et satisfaction, ce qui est un acte bon mais purement naturel.
C'est cet amour naturel de nous-même qui nous fait dire, par exemple : « Ah ! quand donc seraije au ciel, jouissant d'un repos inaltérable et délivré de tous les ennuis de cette vie ! »
To5. Ces principes posés, appliquons-les aux âmes parfaites. Elles sont animées des trois amours dont nous venons de parler : pur amour, amour surnaturel d'espérance, amour naturel de son bonheur; les actes du premier sont même devenus très fréquents. En réalité, les grandeurs, les amabilités divines sont l'objet des actes directs de perception et d'amour qui forment le fond de la contemplation. Le plus souvent, dans ses élans
* Dans ce cas, l'acte qui paraît simple est vraiment double, si chacun des motifs a ag-i assez puissamment sur la volonté pour produire la détermination; si au contraire dans cette détermination on a obéi simultanément aux deux motifs, aucun n'étant motif complet, mais tous les deux motifs partiels, l'acte est simple, et dans le cas présent il serait ea partie bon et en partie mauvais.
INTENSITÉ DE LEUR CHARITE iqS
d'amour, l'âme contemplative s'oublie elle-même et ne voit que son Dieu. En disant ces simples mots « mon Dieu ! » et souvent même sans proférer aucune parole, elle formule un acte de complaisance dans les perfections de Dieu, et elle éprouve un vif désir de s'unir à Lui. Ce sont, disons-nous, des actes directs, mais qui, comme nous l'avons expliqué déjà (n^ 28), n'en sont pas moins très libres et fort méritoires, et ils sont bien plus multipliés que les actes raisonnes.
Aussi une âme contemplative, en embrassant son crucifix, fera peut-être en quelques instants des actes de charité plus nombreux, plus intenses et, au point de vue du motif, plus parfaits, qu'une âme pieuse pendant une long-ue oraison. De plus, la contemplation chez les âmes dont nous parlons est devenue si fréquente que, même dans le commerce de la vie , elles seront parfois de longues heures sans perdre le sentiment de la présence de Dieu, sentiment qui comporte une multitude de mouvements affectueux.
Même quand l'âme parfaite n'est pas sous cette impression, et même dans les jours d'aridité, il subsiste en elle une tendance latente vers son Dieu. La plus légère occasion , par exemple un regard jeté sur une image de Jésus, une simple pensée
igô PORTRAIT DES AMES PARFAITES
suffira souvent à faire naître en elle de secrets, mais ardents sentiments d'amour.
Et ce sont là les actes d'un amour profond et sincère, puisqu'il va jusqu'au parfait détachement. Chez les imparfaits, les élans affectifs sont parfois des velléités plutôt que des actes de volonté; ils marquent des tendances d'un cœur qui voudrait aimer Dieu, plutôt qu'un amour bien formé, puisque l'on n'est pas pleinement déterminé à tout Lui sacrifier. Les sentiments amoureux des âmes parfaites, par là même qu'ils supposent une abnégation totale, sont bien plus vrais et ont beaucoup plus de valeur.
Il suit de là qu'une seule journée de ces âmes parfaites est toute pleine d'actes très méritoires, et l'on comprend saint François de Sales et Louis de Blois (Supra, n. 98), lorsqu'ils affirment qu'elles s'élèvent de beaucoup au-dessus des chrétiens bons mais imparfaits.
El Fins DE LEUR ARDENTE CHARITE 197