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CHAPITRE III Les fruits de cette ardente charité

§ I . Amour de la solitude

106 . Les dispositions que nous avons sig-nalées comme étant les sig-nes de Topération contemplative se rencontrent à l'état habituel dans les âmes du cinquième degré. Rien à cela d'étonnant : la contemplation est devenue très fréquente, ses fruits le deviennent aussi. Or, nous indiquions avec saint Jean de la Croix, comme effet de la contemplation, un vif dégoût du monde et des choses de la terre, un grand bien-être à se trouver avec Dieu, à Le goûter dans un doux repos, et, comme conséquence, « un désir très vif de la solitude ». (Sainte Thérèse, 5® demeure, ch. 11.)

« Le cachet distinctif de l'amour est que les amants aiment infiniment mieux rester seuls pour jouir l'un de l'autre, en tête à tète, que de se mêler à une société si choisie qu'elle puisse être. Dès là que leur entrevue se passe devant des témoins, lors même que ceux-ci ne les tro-uble-

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raient ni par leurs conversations, ni par leurs faits et g-estes, leur présence suffirait à elle seule pour les empêcher de jouir en toute liberté l'un ' de l'autre. » (Saint Jean de la Croix, Cantique^ strophe 36.)

C'est là ce qu'éprouve le contemplatif : il voudrait toujours être avec Dieu et g"oûter les douceurs de son commerce. Alors même qu'il est j dans l'aridité, que les facultés sensibles sont dans le vide et la sécheresse, il subit encore l'attraction divine. II est heureux quand il est délivré de la société des hommes et qu'il peut demeurer seul à seul avec Dieu. II est heureux encore quand il assiste à quelque cérémonie : il n'a pas alors, en général , de grands efforts à faire pour se recueillir, son cœur s'envole promptement vers Dieu. Aussi les méthodes qu'il prenait jadis pour se g-uider dans la méditation , dans ses actions de grâces , etc. , lui paraissent désormais superflues et fatigantes. « Ce papillon mystique regarde maintenant comme rien ce qu'il faisait autrefois, alors qu'il formait peu à peu le tissu de sa coque. Des ailes lui sont venues ; comment, pouvant voler, se contenterait-il d'aller pas à pas ! » (5^ Demeure, ch. II.)

§ 2, Esprit de détachement

107. Le détachement du contemplatif est devenu plus complet; des objets qui, quelques années auparavant, alors qu'il était déjà fervent et sincèrement à Dieu, lui tenaient fort à cœur, le laissent presque indifférent : son trésor est ailleurs, son trésor c'est Dieu seul, et là où est son trésor, là est aussi son cœur. « Ainsi , il se voit libre de l'attachement excessif aux parents, aux amis, aux biens de la terre. Auparavant ni ses efforts, ni ses résolutions, ni ses désirs n'avaient pu l'en détacher; et même en voulant se déprendre il se sentait parfois plus fortement enchaîné ; or, maintenant il se voit dans une telle disposition qu'il lui en coûte de s'acquitter des devoirs dont il ne pourrait s'affranchir sans aller contre la volonté divine. Tout le fatigue, parce qu'il a reconnu que les créatures ne sauraient lui donner le véritable repos ». (5" Demeure, ch. 11.)

Il n'est donc plus violemment travaillé par ces désirs naturels, ces inquiétudes, ces préoccupations humaines dont les âmes ferventes ellesmêmes ont beaucoup à souffrir ; les quelques soucis qu'il peut et qu'il doit nécessairement avoir — personne, ici-bas, n'en est exempt -— ne

font d'ordinaire qu'effleurer son cœur sans le pénétrer bien profondément ; il n'est vraiment sensible qu'aux intérêts de Dieu.

io8. De ce que les désirs naturels et les préoccupations humaines sont moindres chez les parfaits, on ne doit pas conclure qu'ils ne sont plus tentés. Saint Paul était plus élevé en vertu que les âmes dont nous parlons, quand il se plaignait si vivement des soufflets de Satan. Si beaucoup de tentations ont cessé pour les parfaits, d'autres subsistent; des démons plus acharnés contre eux et plus puissants que ceux qui s'attaquent au commun des chrétiens réveillent parfois leurs passions endormies ; le Seig^neur, qui veut par la lutte glorifier ses fidèles serviteurs, et qui les sait plus capables de résister et de vaincre, laisse aux anges maudits plus de liberté. Chez les pécheurs certains vices ne peuvent se développer, parce que d'autres leur sont contraires ; les imparfaits j gardent beaucoup d'attaches naturelles, qui occupent leur esprit, captivent leur cœur et font diversion à leurs tentations. Les parfaits, plus indiff'érents aux choses de ce monde ne peuvent lutter qu'en opposant les actes d'amour aux convoitises coupables, mais leurs combats, s'ils sont plus pénibles, sont aussi beaucoup plus méritoires.

109. Cependant, hâtons-nous de le dire, ce grand détachement, cette sainte indifférence de l'âme parfaite sont aussi éloignés de l'apathie froide et dédaigneuse des stoïciens que de l'indolence des gens sans cœur.

L'âme parfaite ne méconnaît pas la distinction des biens et des maux, du plaisir et de la douleur. Si Dieu lui envoie les biens temporels, santé, talents, richesses, elle Lui témoigne sa reconnaissance, et ces bienfaits de Dieu sont pour elle des moyens de Le mieux servir. Si parfois elle les désire, c'est pour les employer à la gloire de son Maître^, mais sa confiance extrême en la Providence rend ce désir, quand elle réprouve, toujours fort modéré et tranquille, j^t Les ardeurs d'amour qu'elle ressent pour son Dieu doivent sans doute considérablement atténuer, mais ils ne vont pas jusqu'à étouffer en elle tout attrait inférieur. Elle sentira de l'inchnation peur certaines fonctions qui conviennent à sa

1 Temporalia, dit saint Thomas, licet desiderare non qaidem principaliter ut in eis Jinem constitiiamus , sed sicni quœdatn adminiciila qnihiis adjiwamar ad tendendum in beatitudinem^ in quantum sci licet per ea vita corjjoroJis susteniatur, et in quantum nobis organice deserviunt ad actus virtutum. 2. 2. q. 83 a. 6, c.

nature, études, travaux, occupations de son élat,. mais ces attraits naturels, dont elle se sert quand son devoir l'y engage, elle les modère, elle les dirige, surtout elle sait y renoncer quand des devoirs urgents le lui imposent.

Pour ce qui est des parents et des amis, sainte Thérèse, nous venons de l'entendre, dit que le contemplatif est délivré d'un attachement excessif. N'éprouvera-t-il donc à leur endroit que froideur et insouciance? Bien au contraire, son affectioUy devenue plus surnaturelle, n'en sera que plus profonde et plus vraie. Nous avons entendu les accents de tendresse sortis de la bouche de saint Paul (t. I, n^ 78). Les Saints qui ont le mieux prêché le détachement et la parfaite indifférence,^ sainte Thérèse, saint François de Sales, ont connu toutes les délicatesses des saintes affections^» L'Esprit de Dieu, qui inspire à l'âme fidèle l'abnégation complète d'elle-même, l'incline en même temps vers le prochain. Dès lors qu'elle ne se

* La Vénérable Mère Marie de Sainte-Euphrasie Pelletier,, fondatrice du g-énéralat du Bon-Pasteur , si entièrement détachée d'elle-même et si intimement unie à Dieu, avait pour les âmes confiées à ses soins, et pour ses relig-ieuses en particulier, les sentiments de la plus. tendre et de la plus maternelle affection.

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compte pour rien, elle n'en prodigue qu'avec plus d'aisance son dévouement ; plus elle est dure à elle-même, plus elle est sensible aux joies comme aux douleurs de ses frères. Non, ce n'est pas l'union de la volonté à celle de Dieu, mais bien au contraire l'égoïsme et le vice qui étouffent toute tendresse dans le cœur de l'homme et empêchent tout dévouement.

§ 3. Désir du ciel. Les anxiétés d'amour

iio. rt Dég^oûtée du monde, l'âme souhaite ardemment d'en sortir. » {5^ Dem., ch. 2.) D'une part elle ne trouve point sur cette terre de g-randes satisfactions : les divertissements, les joies qu'on j rencontre n'ayant plus guère d'attrait pour elle, elle s'y trouve comme dépaysée. Par ailleurs, elle y est en butte à de grandes peines ; attirée vivement à l'amour de Dieu, il lui est fort pénible de constater sa faiblesse, de ressentir en elle des tentations qui l'éloignent de Lui et la rendent odieuse à ses propres yeux. « Infelix ego homo, quis me libérât it a cor pore mortis hujus. »

Gomment dépeindre les ang-oisses d'un cœur qui se sent incapable d'aimer son Dieu : « L'âme, dit saint Jean de la Croix, est parfois brûlée d'un désir véhément de Dieu, et plus ce désir croît,

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plus la passion d'amour aug^mente dans son cœur, sans qu'elle puisse savoir ni comprendre d'où et comment lui viennent ces ardeurs. Ces flammes^ l'embrasent souvent à un tel point qu'elle désire Dieu avec un amour plein d'anxiété... C'est de cette soif d'amour que David était altéré quand il disait : Sitivit anima mea ad Deum fortem vivum (Mon âme a eu soif du Dieu fort, du Dieu vivant). A la vérité, ces sentiments intenses ne sont pas continuels, ils ne se produisent que par intervalles; néanmoins, l'âme est toujours piessée de quelques-unes de ces ardeurs, et ce n'est pas un sacrifice peu agréable à Dieu que celui d'un cœur anxieux à la recherche de son amour. » {Nuit obscure^ 1. I, ch. xi.)

(( 0 Dieu ! mon Théotime, dit de son côté saint François de Sales, que le cœur pressé de l'affection de louer son Dieu reçoit une douleur grandement délicieuse et une douceur grandement douloureuse quand, après mille efforts de louanges, il se trouve si court. Hélas, il voudrait, ce pauvre rossignol, toujours plus hautement lancer ses accents et perfectionner sa mélodie pour mieux chanter les i bénédictions de son cher bien-aimé. A mesure qu'il loue il se plaît à louer, et à mesure qu'il se plaît à

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louer il se déplaît de ne pouvoir encore mieux louer. » (Amour de Dieu, v, 8.)

III. Dieu se complaît à voir ces désirs de l'âme fidèle. Il les excite par les g-râces qu'il accorde et les lumières secrètes qu'il communique : (( Tirant donc continuellement, s'il faut ainsi dire, des sagettes du carquois de son infinie beauté, Il blesse l'âme de ces amants, leur faisant voir clairement qu'ils ne l'aiment pas à beaucoup près de ce qu'il est aimable.

« Quoique déjà II voit cette âme toute sienne. Il presse et décoche de temps en temps mille et mille traits de son amour, lui montrant par de nouveaux moyens combien II est plus aimable qu'il n'est aimé, et elle qui n'a pas tant de force pour l'aimer que d'amour pour s'efforcer, voyant ses efforts si imbéciles, en comparaison du désir qu'elle a, pour aimer dignement celui que nulle force ne peut assez aimer, hélas, elle se sent outrée d'un tourment incomparable : car autant d'élans qu'elle fait pour voler plus haut en son désirable amour, autant reçoit-elle de secousses de douleur.

« Ce cœur amoureux de son Dieu désirant infiniment d'aimer, voit bien que néanmoins il ne peut ni assez aimer, ni assez désirer. Or, ce désir

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qui ne peut réussir est comme un dard dans le flanc d'un esprit g-énéreux, mais la douleur qu'on en reçoit ne laisse pas d'être aimable, d'autant que quiconque désire bien aimer aime aussi à bien désirer, et s'estimerait le plus misérable de l'univers, s'il ne désirait continuellement d'aimer ce qui est si souverainement aimable. Désirant d'aimer, il reçoit de la douleur, mais aimant à désirer, il reçoit de la douceur. » {Amour de DieUy VI, i3.)

112. Nous avons quelque peu insisté sur cet état d'âme que nous nommons l'anxiété d'amour, parce que, s'il revient souvent, c'est une très bonne marque, et il produira de très g-rands fruits. « C'est Dieu lui-même, nous dit saint François de Sales, qui fait cette blessure dans les âmes qu'il veut grandement perfectionner. » ilhid,)

Saint Jean de la Croix nous signale l'anxiété d'amour à la fin de la nuit des sens. Saint François de Sales nous la montre dans des âmes plus avancées, et saint Jean de la Croix la dépeint de nouveau chez les âmes héroïques. En effet, ces désirs véhéments, ces angoisses si méritoires et si purifiantes se font sentir aux diverses périodes de la vie spirituelle. L'âme chrétienne en a même souvent l'annonce et comme le prélude dès la vie

affective, quand, sous l'influence des grâces sensibles, elle éprouve des désirs ardents de sanctification, désirs où Timaginalion sans doute joue un grand rôle et où l'amour de sa propre excellence lient peut-être autant de place que l'amour de Dieu, mais qui n'en servent pas moins à lui imprimer un vigoureux élan. Au point où nous en sommes, ces désirs sont plus désintéressés et méritent bien le nom d'anxiétés d'amour. Indépendants de l'imagination, ils n'en sont que plus ardents et plus parfaits. Ils augmenteront encore de vivacité et de perfection à mesure que l'âme fera de nouveaux progrès : étant plus détachée, elle sera plus puisamment attirée vers Dieu.

« Tant que les puissances de l'âme ne sont pas parfaitement délivrées et purifiées de toute affection pour la créature, elles ne sentent pas le vide immense qu'elles portent dans leur profonde capacité, parce qu'il suffit en cette vie de la chose la plus petite à laquelle elles s'attachent, pour les captiver et les charmer au point de ne plus sentir ni la perte incalculable qu'elles font, ni les biens immenses qui leur manquent, ni les insondables abîmes de leur capacité intérieure... Mais lorsqu'elles sont vides du créé et parfaitement purifiées, la soif, la faim et les désirs véhéments qui

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les tourmentent spirituellement sontintolérables. » {Viue flamme, strophe 3, vers 3.)

Le désir que ces âmes ont du ciel est par là fortement avivé. Au ciel seulement elles pourront aimer Dieu tout à leur aise, là rien n'arrêtera l'essor de leur amour, là leur soif sera étanchée, toutes leurs aspirations seront satisfaites, elles pourront Le louer. L'exalter, s'unir à Lui, jouir de Lui autant qu'elles le désirent. Ad hoc intendant, dit saint Thomas des âmes parfaites, ut Deo inhœreant et eo fruantiir, et ideo cupiant dis^ solvi et esse cum Christo ^.

§ 4. Zèle désintéressé. Amour de la croix

ii3. De cet amour si pur et si vif, naît tout naturellement un zèle brûlant. « L'âme a de grands désirs que Dieu soit connu de tous, et de là vient qu'elle ressent une peine extrême en voyant qu'on l'ofPense... Que ne souffre-t-elle pas à la pensée qu'un grand nombre d'âmes se perdent, tant parmi les hérétiques que parmi les infidèles ; ce qui l'afflige par-dessus tout, c'est la perte des chrétiens. Elle sait sans doute que très grande est la miséricorde de Dieu, et que, quels que soient

^ Cf. Amour de Dieu, 1. V, ch. x.

les désordres de leur vie, ces chrétiens peuvent se convertir et se sauver, et néanmoins elle craint que beaucoup ne se damnent. » (5^ Demeure, ch. 11.)

Nous avons dit comment les imparfaits mêlent le plus souvent à leurs désirs de glorifier Dieu et de procurer le bien des âmes beaucoup de préoccupations personnelles ; les fervents en ont déjà beaucoup moins, mais les parfaits font bon marché <ie leurs propres intérêts, ils sont tout joyeux de les sacrifier pour Dieu. Que ce soit par d'autres ou par eux-mêmes, que ce soit à leur avantage ou à leurs dépens, pourvu que le Christ soit prêché, ils sont heureux, et heureux d'un vif bonheur. Dum omni modo.., Christus annuntietur , et in hoc gaiideo, sed et gaudebo. (Philipp, I, 18.)

ii4. Comprenant fort bien qu'à l'exemple de Jésus-Christ elle ne peut glorifier Dieu sans souffrir, l'âme parfaite sent en elle un désir sincère « d'endurer pour Lui de grandes croix ». (Sainte Thérèse, 5® Demeure, ch. 11.) Ce désir n'a pas peut-être la même véhémence que dans les premiers temps de la ferveur, où elle désirait ce qu'elle ne connaissait guère ; c'est d'un esprit plus reposé, plus calme qu'elle envisage la souffrance, mais avec une force d'amour plus grande et plus intense.

Du reste « tout ce qu'elle fait pour son Dieu ne lui semble rien en comparaison de ce qu'elle voudrait faire». (Ibid.) C'est ce qui la maintient dans l'humilité, c'est aussi ce qui lui fait envisag^er sans peine les épreuves qui lui permettront de prouver à Dieu son amour.

I 5. Soi/ de la communion

ii5. Altérées de Dieu, soupirant après Lui plus vivement que le cerf après les fontaines d'eau vive, les âmes parfaites sentent un désir ardent de la sainte communion. Viennent-elles à en être privées, même d'une façon passagère, elles souffrent, bien que, parfaitement soumises au bon plaisir de Dieu, elles trouvent dans la conformité à sa volonté sainte un adoucissement à leur peine. Mais si la privation se répète souvent, si elle se prolonge, quel tourment pour ces cœurs aimants?

Chez ces chrétiens qui ont passé le temps des ferveurs sensibles, qui, sortis de la jeunesse spirituelle, ont atteint la maturité calme des parfaits, cet attrait pour la communion n'est certes point le produit d'une imagination échauffée, ni d'un esprit abusé, c'est le fruit de la grâce et l'œuvre de l'Esprit-Saint. Aussi nous trouvons véritablement audacieux les directeurs qui, se dressant

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comme une barrière entre Jésus et ces âmes, ne craignent pas de s'opposer à cette union eucharistique de tous les jours si ardemment désirée, on peut le dire, de part et d'autre.

Et bien futiles nous paraissent les raisons qu'on allè§"ue en pareille rencontre. On dira par exemple : elles communient déjà trois, quatre fois par semaine, c'est donc environ deux cents communions qu'elles font par an, et elles se plaig^nent! On pourrait répondre : C'est donc cent, cent cinquante fois que vous-même vous les tenez éloig-nées de Jésus ! — Mais les autres en prendront ombrage, leur amour-propre sera blessé; de là des sentiments de jalousie, peut-être des dissensions intestines.

Ces craintes, répondrions-nous, sont fort exagérées et, quand même elles se réaliseraient, où serait donc le grand mal ? Si les personnes à qui l'on permet la communion quotidienne sont arrivées au degré de perfection que nous avons supposé, elles ne seront guère sensibles aux murmures dont elles seront l'objet, ou ces murmures ne serviront qu'à éprouver leur patience et à épurer leur vertu. Quant aux mécontents, ne vaut-il pas mieux rabattre leur amour-propre que de l'encourager par une faiblesse blâmable. Eh quoi, pour

ne pas causer un chag^rin sot à des personnes susceptibles et jalouses, on privera du grand bienfait de l'Eucharistie ceux que Jésus y convie, quel renversement !

Et que l'on ne dise pas : Dieu les dédommag^era par ailleurs. Sans doute, Dieu peut, dans sa sag-esse, tirer le bien du mal; il peut, pour ne pas priver une âme soumise et obéissante des grâces que vous éloig'nez d'elle, les lui rendre par uh moyen détourné; mais avez-vous le droit d'empêcher Dieu d'user des moyens ordinaires qu'il a choisis pour répandre ses dons ? vous est-il permis, sans raison grave, de priver cette âme des grâces sacramentelles qu'elle sollicite? Ah! si ces directeurs avaient éprouvé eux-mêmes cette soif de l'Eucharistie, que ressentent les vrais amis de Dieu, ils ne se montreraient pas si impitoyables !

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