‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 40 sur 79 · RENONCEMENT CONSTANT ET ABSOLU · texte numérisé non relu

RENONCEMENT CONSTANT ET ABSOLU

tiirel qui pousse les hommes à se dévouer au service de leurs frères, les supérieurs à s'incliner vers leurs inférieurs, à leur prodiguer leurs sollicitudes et leurs conseils; plus ils se donnent, plus leur cœur s'attendrit et plus grandit leur amour. Enfin elle est toute légitime aussi et bénie de Dieu l'affection de deux âmes, qui ne sont unies que pour s'entr'aider à mieux aimer le Seigneur.

Mais ces affections, toutes pures et utiles qu'elles soient, peuventdevenirun obstacle à une plus haute perfection; la nature en effet y recherche inconsciemment des satisfactions trop humaines : il est doux de se sentir soutenu, réconforté, encouragé, il est doux de voir les âmes répondre au dévouement qu'on leur prodigue, il est doux de trouver des cœurs amis comprenant et partageant ses goûtS;, ses désirs, ses espérances, ses joies, ses peines. Quiconque se complaît dans ces joies naturelles , s'écarte du parfait renoncement. Pour le pratiquer à l'exemple de Jésus il faut imposer à son cœur de nombreux sacrifices, renoncer maintes fois à des entretiens agréables, et, quand les circonstances l'exigent, accepter de bon cœur les séparations.

147. Il n'est guère d'heure dans la vie où l'âme fidèle ne puisse faire acte d'abnégation.

N'a-t'elle pas ses préférences naturelles, qui, sielle n'y prend g"arde, détermineront souvent remploi de son temps, le choix de ses occupations? Elle devra renoncer à ses goûts, vaincre ses répugnances et dans toutes ses actions ne chercher jamais que la plus grande gloire de Dieu. Elle doit encore combattre, quelque léger qu'en soit l'objet, tout amour de ses aises, toute recherche des^ satisfactions corporelles : Qui veut appartenir à Jésus-Christ doit crucifier sa chair : Oui Christi sunt, carnem suam cruciJixerunO .

Mais c'est surtout à la mortification des facultés spirituelles qu'il doit s'étudier avec un plus grand soin. Suivons saint Jean de la Croix appliquant la doctrine du parfait renoncement aux diverses puissances de l'âme.

I 2. Renoncement de l'entendement ^ de la mémoire et de l'imagination

i48. Pour l'entendement, nous avons reproduit son enseignement en disant que quand l'âme sent

' Ces principes sont exposés et développés dans une petite brochure que nous avons composée à l'intention des âmes vraiment ferventes et g-énéreuses : L'abnégation parfaite et le parfait amour. Angers, Germain et G. Grassin; Paris, Amat; o fr. i5 l'exemplaire; i fr. 5o la douzaine, lo francs le cent.

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rappel de Dieu par les sentiments d'union amoureuse qu elle reçoit, ou bien quand elle est dans l'impuissance de méditer, elle doit rejeter tous les raisonnements, représentations imag-inaires et conceptions de tout genre pour se tenir dans le silence de la contemplation. Bien plus, et ce point très important de la doctrine de saint Jean de la Croix étonnera peut-être le lecteur, ce ne sont pas seulement les considérations que l'âme doit rejeter quand elle se voit conviée à l'union contemplative; elle ne doit pas davantage s'appuyer sur les grâces miraculeuses, visions, révélations, paroles intérieures, etc., si elle en a été favorisée. Sans doute, au moment où ces faveurs lui ont été accordées, l'âme a ressenti les effets salutaires que les dons de Dieu ne manquent jamais de produire; mais la faveur passée, loin de s'en rappeler le souvenir, on doit en faire abstraction et se livrer dans l'oraison à l'union obscure de la contemplation. Mais, ajouterons-nous, ce n'est pas seulement au moment de l'oraison que l'âme fidèle doit mortifier son intelligence ; en dehors du saint exercice de la prière, cette puissance trop active a besoin d'être réfrénée. Nombre d'imperfections chez les âmes contemplatives ont pour cause ou leur désir trop empressé d'apprendre, ou une

attache trop tenace à leurs propres idées. La sainte indifférence pour les nouvelles ou pour les connaissances superflues, l'abnégation complète du propre jug-ement, voilà le but à atteindre : qu'elles soient toujours prêtes à reconnaître leurs erreurs avec simplicité, et quand elles pensent ' être dans le vrai, qu'elles sachent du moins allier toujours à l'amour de la vérité, une charité bienveillante pour ceux qui pensent autrement.

1/19. Le dépouillement, la nuit active de la mémoire et de l'imagination consiste en ce que l'âme doit se dégager « de toutes les connaissances et représentations acquises, faire en sorte d'en perdre le souvenir, de n'en garder aucune impression et demeurer le plus possible dans l'oubli, le dénuement et dans une abstraction totale ». {Montée du Carmel^ III, i.)

Saint Jean de la Croix signale les grands dommages que causent à l'âme ces puissances — mémoire et imagination — si elles ne sont pas mortifiées. Combien de dangers nous viennent d'elles ; d'abord ce sont les souvenirs ou les représentations des objets sensibles qui produisent en nous mille sentiments « de douleur, de crainte, d aversion, de vaine espérance, de joie fausse, de gloire mondaine, de désir frivole, d'où naissent

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pour le moins des imperfections et trop souvent aussi (les péchés véritables ».

Ensuite, c'est par ces puissances que le démon peut nous séduire et nous perdre ; tandis que sans elles il n'a aucune prise sur nous, ne pouvant atteindre directement ni notre intelligence ni notre volonté. Enfin n'est-ce pas par ces souvenirs et ces fantômes de l'imagination que l'on perd toujours cette paix du cœur, cette tranquillité sereine, indispensable pour goûter Tunion divine?

i5o. Puisqu'il est si important à Tâme contemplative de mortifier ces deux puissances , il ne sera pas inutile d'expliquer comment, à notre avis, doit s'opérer cette mortification.

Parlons surtout de l'imagination, car l'esprit de l'homme exerce son activité moins en s'arrêtant au souvenir du passé qu'en envisageant l'avenir, €t ceci se fait principalement de deux manières. Tantôt l'avenir paraît sombre, soit qu'on ait de réels sujets d'inquiétude, soit que le tempérament porte à la mélancolie : alors on voit les choses en noir, on se trouble, on se préoccupe. Tantôt, au contraire, tout semble brillant et beau : on fait alors mille plans, mille projets heureux, mille châteaux en Espagne. Préoccupations excessives

OU projets mag"nifiques, tout cela entretenu dans^ l'âme est également nuisible. Dans le premier cas^ il faut pratiquer à la lettre le conseil de Notre- Seigneur, nolite solllcîti esse in crastinum^ ne POINT s'inquiéter DU LENDEMAIN, faire son devoir sans doute, mais le devoir accompli, s'abandonner avec une confiance pleine et entière à la toute bienveillante et toute paternelle Providence de Dieu. « Pense à moi, disait un jour Notre-Seigneur à sainte Catherine de Sienne, et je penserai à toi ». Quant aux inutiles projets d'avenir, quelque saint qu'en paraisse l'objet, il faut à tout prix ne pas s'y arrêter.

Sans doute, « l'homme peut sans inconvénient réfléchir à ce qu'il doit faire et savoir, et il ne lui sera point nuisible d'en rappeler le souvenir, pourvu qu'il ne s'y attache point avec une affection égoïste ou un esprit de propriété ». {Mon-tëe, III, i4-) Mais, pour les autres connaissances et pour les représentations inutiles, qu'il en fasse une complète abnégation.

Il est bien vrai que l'on a parfois de bien légitimes préoccupations : ce sont des affaires à la fois très importantes et très difficiles ; on ne voit pas du tout comment les résoudre; de là des soucis bien tenaces, dont il paraît impossible de

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