‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 41 sur 79 · RENONCI^MENT CONSTANT KT ABSOLU 2G · texte numérisé non relu

RENONCI^MENT CONSTANT KT ABSOLU 2G

se défaire. Cependant, même alors, il est bien à désirer qu'on ne s'embarrasse pas dans mille inquiétudes et perplexités. Que l'on réfléchisse, que l'on pèse le pour et le contre, mais sans trouble, sans perdre la paix du cœur, surtout que Ton prie beaucoup, et si l'afFaire n'est pas urgente, que l'on diffère la décision : souvent les événements lèvent les doutes et apportent la lumière. Puis, une fois la décision prise, qu'on abandonne le succès à Dieu avec une confiance absolue, sans plus se tourmenter pour savoir quelle sera l'issue. « Es choses même de conséquence, dit saint François de Sales, il faut être bien humble et ne point penser trouver la volonté de Dieu à force d'examen et de subtilité de discours (de raisonnement). Mais, après avoir demandé la lumière du Saint-Esprit, appliqué notre considération à la recherche de son bon plaisir, pris le conseil de notre directeur et, s'il y échoit, de deux ou trois autres personnes spirituelles, il faut se résoudre et déterminer au nom de Dieu, et ne faut plus, par après, révoquer en doute notre choix, mais le cultiver et soutenir dévotement, paisiblement et constamment. Et, bien que les difficultés, tentations et diversités d'événements qui se rencontrent au progrès de l'exécution de notre dessein

nous pourraient donner quelque défiance d'avoir bien choisi, il faut néanmoins demeurer fermes et ne point regarder tout cela, ains considérer que si nous eussions fait un autre choix, nous eussions peut-être trouvé cent fois pis, outre que nous ne savons pas si Dieu veut que nous soyons exercés en la consolation ou en la tribulation, en la paix ou en la g^uerre. » (Amour de Dieu,

VIII, i4.)

i5i Cette mortification de l'imagination est de la plus haute importance pour le contemplatif. Grâce à cette vigilance continuelle il ne perd point l'union à Dieu, et cette union, qu'elle soit sensible et douce ou au contraire aride , persiste alors au milieu des plus diverses occupations et des affaires les plus absorbantes. C'est là, nous l'avons montré, une source inépuisable de mérite et le secret de la perfection.

Aussi « le démon, dit le B. Albert le Grand*, met tous ses soins et fait les plus grands efforts afin d'empêcher, tant qu'il peut, cetexercice.il le voit comme un préambule et un commencement de la vie du ciel; et il est jaloux de ce bonheur

^ Traité de l'union intime avec Dieu, ch. iv. Traduction du P. Mathieu Roussel, O. P.

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de l'homme. C'est pourquoi il s'elForce toujours d'éloigner de Dieu notre esprit, tantôt par une tentation ou passion, tantôt par une autre. Une fois ce sera par des préoccupations inutiles et des soucis exag-érës, une autre fois par des troubles, par la dissipation et une vaine curiosité ; ou bien par la lecture de livres oiseux, par des entretiens inutiles, les rumeurs publiques et les nouvelles curieuses ; ou encore par les difficultés, les contradictions, etc., etc., toutes choses qui souvent paraîtront ne pas être des fautes, ou n'être que des fautes bien lég"ères, mais qui n'en sont pas moins un g-rand obstacle à ce saint exercice dont nous parlons. »

§ 3. Renoncement de la volonté

i52. Quant au dépouillement de la volonté, saint Jean de la Croix veut qu'on emploie pour l'acquérir la méthode déjà indiquée par lui comme aidant à surmonter les tendances mauvaises de l'appétit sensitif. Elle consiste à mortifier les quatre passions de l'âme : joie, espérance, douleur et crainte, « de telle sorte que l'âme ne se réjouisse que de ce qui intéresse l'honneur et la gloire de Dieu, qu'elle ne donne cours à l'espérance et à la douleur que dans le même sens, et

qu'enfin elle ne craigne que Dieu ». {Montée » I, i5.) Et ce dépouillement delà volonté, le Saint veut qu'on le porte jusqu'à l'abnégation des biens spirituels qui ne doivent pas être recherchés et aimés pour eux-mêmes (fbid., 82), mais uniquement en vue de Dieu.

i53. Saint François de Sales présente d'une autre façon la même doctrine du renoncement absolu de la volonté (Amour de Dieu, IX, 4, 5, 6, 7.) « L'union de notre volonté au bon plaisir de Dieu, dit-il, doit se faire par la sainte indifférence ». — C'est cette indifférence dont il exprimait la formule en ces quelques mots : Ne rien demander^ ne rien refuser. — Il en démontre bien toute l'excellence.

(( L'indifférence, dit-il, est au-dessus de la résignation : la résignation préfère la volonté de Dieu à toutes choses, mais elle ne laisse pas d'aimer beaucoup d'autres choses, outre la volonté de Dieu; l'indifférence n'aime rien, sinon pour l'amour de la volonté de Dieu...

« Le cœur indifférent est comme une boule de cire entre les mains de son Dieu, pour recevoir semblablement toutes les impressions du bon plaisir éternel ; un cœur sans choix, également disposé à tout, sans aucun autre objet de sa

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