RENONCEMENT CONSTANT ET ABSOLU
volonté que la volonté de son Dieu, qui ne met point son amour es choses que Dieu veut, ains en la volonté de Dieu qui les veut. »
Puis le saint évéque explique comment « la sainte indifférence s'étend à toutes choses. Elle doit se pratiquer es choses qui regardent la vie naturelle, comme la santé, la maladie, la beauté, la laideur, la faiblesse, la force; es choses de la vie civile pour les honneurs, rangs, richesses; es variétés de la vie spirituelle, comme sécheresses, consolations, goûts, aridités ; es actions, es souffrances et, en somme, toutes sortes d'événements... »
Bien plus, « le cœur indifférent, sachant que la Iribulation, quoiqu'elle soit laide comme une autre Lia, ne laisse pas d'être fille et fille bienaimée du bon plaisir divin, il l'aime autant que la consolation, laquelle néanmoins en elle-même est plus agréable ; ains il aime encore plus la tribulation, parce qu'il ne voit rien d'aimable en elle que la marque de la volonté de Dieu. »
L'indifférence doit disposer l'âmeà entreprendre pour la gloire de Dieu tout ce qui lui sera inspiré, et si ses travaux ne sont pas couronnés de succès, à accepter l'échec avec une paisible et amoureuse soumission. « Saint Louis, par inspiration, passe la mer pour conquérir la Terre-Sainte ; le succès
fut contraire, et il acquiesce doucement. J'estime plus la tranquillité de cet acquiescement que la mag'nanimité du dessein, etc. »
Enfin, « nous devons pratiquer rindifférence en ce qui reg^arde notre avancement es vertus. Dieu nous a ordonné de faire tout ce que nous pourrons pour acquérir les saintes vertus : n'oublions donc rien pour bien réussir dans cette entreprise. Mais, après que nous aurons planté et arrosé ^ sachez que c'est à Dieu de donner V accroissement (P"^Gor., III, 6j aux arbres de nos bonnes inclinations et habitudes. C'est pourquoi il faut attendre le fruit de nos désirs et travaux de sa divine Providence. Que si nous ne sentons pas le progrès et avancement de notre esprit en la vie dévole, tel que nous voudrions, ne nous troublons point, demeurons en paix ; que toujours la tranquillité rèo'ne dans nos cœurs. C'est à nous de bien culliver nos âmes et, partant, il y faut fidèlement vaquer. Mais, quant à l'abondance de la prise et de la moisson, laissons-en le soin à Notre-Seig-neur. Le laboureur ne sera jamais tancé s'il n'a pas belle cueillette, mais oui bien s'il n'a pas bien labouré et ensemencé ses terres... »
IlENOxNCEMENT CONSTANT ET ABSOLU 275
% /[. Le vœu du plus parfait
i54. Les âmes g-énéreuses, avides de plaire à Dieu, désirent parfois s'obliger au renoncement absolu par le vœu du plus parfait. Convient-il de le permettre et même de le conseiller?
Il importe tout d'abord de bien le préciser. Un vœu qui porterait sur une matière vag-ue et obscure, eng-endrerait fatalement des troubles, des scrupules et serait nuisible à l'âme. Tout vœu porte sur des actes délibérés : faire vœu d'éviter les fautes de frag"ilité est un vœu nul, disent les théolog-iensj parce qu'il est impossible à pratiquer. Au contraire on peut faire vœu de ne pas commettre de faute vénielle de propos délibéré; ce vœu est valide et oblige en conscience, parce qu'il est possible. Les actes semi- délibérés seront donc exclus du vœu du plus parfait. En seront exclus aussi les actes dont la perfection reste douteuse; nous l'avons montré au chapitre du Discernement des esprits, il serait contraire à la perfection de peser longuement les choses de petite importance et de perdre la paix de l'âme pour des bagatelles. Disons enfin que ce vœu n'a pas pour objet le plus parfait absolu ou l'acte considéré en lui-même sans égard aux circonstances, mais le plus parfait
relatif : en soi il est plus parfait de jeûner que de ne pas jeûner, mais pour la plupart des âmes chrétiennes des jeûnes fréquents seraient une imperfection, parce qu'ils les rendraient moins capables de s'acquitter de leurs devoirs d'état, et souvent aussi parce qu'ils constitueraient des singularités blâmables.
Faire le vœu du plus parfait c'est donc faire vœu de choisir, toutes les fois qu'on aura le temps de la réflexion, entre deux actes possibles, celui qu'on verra avec évidence, toutes circonstances pesées, plus sag-e et plus agréable à Dieu.
i55. Pour le permettre, le conseiller ou le défendre, le directeur doit peser les inconvénients ou les avantages de ce vœu.
Les inconvénients que l'on peut craindre sont de troubler les âmes, de les repher trop sur ellesmêmes, de les rendre méticuleuses, de les absorber dans un examen minutieux; ou, au contraire, de les faire viser à des actes héroïques aux dépens de leurs devoirs ordinaires, de leui* faire croire qu'elles sont élevées à un haut degré de vertu, enfin de multiplier pour elles les occasions de péché.
Mais en retour le vœu du plus parfait offre de grands avantages : il donne aux bonnes actions