‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 63 sur 79 · SUPRÊMES PROGRÈS DE L'AME SAINTE · texte numérisé non relu

SUPRÊMES PROGRÈS DE L'AME SAINTE

242. Sainte Catherine de Gênes, après avoir passé par les épreuves que nous avons dites, qui lui avaient communiqué une humilité si profonde et une haine d'elle-même si vig-oureuse, s'adonne à la pratique des vertus et spécialement de la charité envers les malades et se mortifie de la façon la plus héroïque. L'épreuve première n'avait duré que quatorze mois, mais ses pénibles travaux et ses pénitences extrêmes lui tinrent lieu des épreuves intérieures qui chez d'autres Saints continuent et complètent l'œuvre de la purification spirituelle : « J'ai vu et expérimenté les deux voies, s'était-elle dit à elle-même {DlaL, i^^ partie, ch. xx), et quelque g-randes et horribles que soient les misères que j'ai rencontrées (dans le soin des malades pleins d'immondices et couverts de vermine qu'elle avait soignés avec un dévouement surhumain, ch. xix), il me semble que je vivrai plutôt avec elles qu'avec l'assaut du rayon divin » (qui lui découvrait ses défauts). Elle persévéra donc trois années dans ces exercices héroïques^ sans consolation intérieure. « Au

^ Ce fut alors qu'elle accomplit, et à maintes reprises, cet acte de mortification qu'on trouve dans la vie de bien des Saints, sainte Elisabeth, les BB. Ang-èle de Folig-no et Marguerite-Marie, etc., avalant les immondices et la vermine pour mieux dompter les répug-nances de la nature.

bout de ce temps, dit son biographe, il ne restait plus en elle de vestige d'aucun de ses appétits naturels ; elle avait acquis une telle force dans les habitudes vertueuses que la pratique de la perfection ne lui semblait accompagnée d'aucune difficulté et qu'il ne lui arriva plus d'avoir de tentations. )) [Vie, ch. VI.) Elle avait environ trente-etun ans.

Et, cependant, elle n'avait pas atteint l'état de sainteté auquel Dieu la destinait. Aussi lui fit-il subir une nouvelle et encore plus douloureuse purification. (DiaL, 2® partie, ch. x.) De terribles souffrances physiques consumèrent son corps ; sans un secours particulier de Dieu « l'humanité n'aurait pu vivre au milieu des martyres si multipliés et si acerbes qu'ils ne se peuvent raconter en langage ordinaire et qui, s'ils étaient racontés, ne seraient pas compris, quand bien même on les verrait avec les yeux ; le martyre intérieur était infiniment plus grand encore que l'extérieur et on ne savait par quel moyen ou par quelle voie y porter remède. Quelquefois Dieu soulageait l'humanité durant quelques jours, pendant lesquels elle restait sans souffrance et paraissait saine, bien que l'oppression intérieure allât toujours croissant. Elle se promenait alors par la maison

srPIll'MES l>l\0(iUKS DE L'AME SAINTE 421

€t se consumait toute, sans que personne comprît ce qu'elle avait, tant cette opération divine était subtile, cachée et pénétrante... Elle persévéra dix ans dans cet état, ayant chaque jour moins conscience et connaissance de ces opérations occultes par lesquelles Dieu la tenait liée avec soi. »

La Sainte avait donc, quand prit fin cette nouvelle purification, environ quarante-et-un ou quarante-deux ans. Quelle fut la sublimité de sa sainteté pendant les dix-huit ou vingt ans qu'elle vécut encore, il est impossible de le comprendre; mais il ne nous semble pas douteux qu'elle fut dès lors établie dans ce dernier degré de l'échelle mystique que les auteurs appellent l'union transformante. Elle dit, en effet, « que, vers la fin de cette opération (purifiante), Dieu lui montrait parfois un rayon de cette gloire dont elle était proche, parce que les affections de l'âme et les sentiments du corps étaient consumés... Elle vit alors que Dieu tenait l'esprit tellement fixé en Lui qu'il ne le laissait point se détourner un seul petit moment. » (Ghap. XI.) C'était donc le commencement de l'union parfaite, qui devint l'état de la Sainte jusqu'à la fin de sa vie.

Page 1