‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 65 sur 79 · SUPREMES PROGRÈS DE L'AME SAINTE · texte numérisé non relu

SUPREMES PROGRÈS DE L'AME SAINTE

dont la vie extérieure nous est seule connue? Que se passa-t-il dans le cœur d'un saint Martin, d'un saint Benoît, d'un saint Bernard, d'un saint Dominique, d'un saint François d'Assise, d'un «aint Antoine de Padoue, d'un saint %nace, d'un saint François de Sales, etc.? comment atteignirent-ils ce haut degré de sainteté qui étonna le monde? Il y a là des secrets impénétrables dont la révélation ne sera pas Tune de nos moindres joies dans le Paradis. Quoique bien impuissant à décrire les phénomènes par lesquels s'opère l'ascension suprême de l'âme fidèle au faîte de la perfection, nous essaierons d'en dire quelque chose : ce sont des opérations de Dieu si suaves, si célestes, que le peu que nous en pourrons balbutier, si incomplet soit-il, offrira, croyons-nous, intérêt et édification.

I 3. La purification d'amour

2l\[\. (.(. Avant d'aller plus loin, dirons-nous avec saint Jean de la Croix, rappelons ici un point d'une grande importance.

« Dans l'état de fiançailles spirituelles — sixième deg-ré — l'âme ne ressent pas tout entière les douceurs du repos que comporte cet état, dans lequel cependant le Bien-Aimé communique à son

épouse tout ce qu'il peut lui donner en cette vie; elle les éprouve seulement dans sa partie supérieure. Tant qu'elle n'est pas parvenue au mariage spirituel, la partie sensitive de l'âme ressent encore des peines et ne peut assujettir parfaitement la nature'. »

Ainsi, dans le sixième deg^ré, malgré l'éminente perfection de 1 ame, la partie sensitive ne participe pas encore à l'union divine et, pendant que la partie supérieure reçoit les faveurs de l'Epoux, elle, au contraire, souffre de n'être pas dégagée de ses tendances naturelles, de ses angoisses et de ses douleurs.

245. Pour faire disparaître, autant qu'il se peut ici-bas, ce dernier reste de la misère humaine. Dieu se servira des anxiétés d'amour qui, dans cet état, sont souvent d'une intensité effroyable. En effet, le sentiment de la présence divine est loin d'être constant, l'âme ne l'éprouve que par intervalles. Dieu se rapproche, puis s'éloigne, pour revenir encore et s'éloigner de nouveau. « Cette alternative de visites et d'absences est sans doute un jeu de l'amour et n'a pas d'autre but que d'amener ces âmes à la plus haute perfection »

^ Cantique, strophe i3. Cf. strophe 18. — Sainte Thérèse fait la même remarque, 7e demeure, eh. ler.

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(Sainte Cath. de Sien,, DiaL, ch, 78); mais ce n'en est pas moins un jeu cruel pour ce cœur si avide de l'union divine.

(( L'absence du Bien-Aimé est pour l'âme un sujet d'affliction profonde et quelquefois elle se fait sentir si vivement qu'il n'est aucune douleur en ce monde qui puisse lui être comparée. Dans cet état, l'amour de l'âme pour son Dieu a puissamment g-randi et c'est pour cela que, dans l'absence du Bien-Aimé, cet amour la tourmente d'une manière si sensible et si violente. A ce ■tourment vient encore s'ajouter la peine très amère que lui cause toute espèce de commerce ou de communication avec les créatures. Comme l'âme se trouve dans le feu de ces ardents désirs que l'union avec son Dieu a encore ravivés, tout ce qui peut l'en distraire lui est singulièrement à charge et souverainement douloureux. » (Cant. spir,, str. 17.)

246. Sainte Thérèse explique plus à fond cette angoisse de l'âme fiancée et la peinture qu'elle en donne est effrayante (6® Demeure, ch. xi.)

(( Comme de jour en jour cette âme a une connaissance plus claire des grandeurs de son Dieu et qu'elle se voit séparée de Lui et loin encore de Le posséder, elle brûle d'un désir beaucoup plus

ardent de Lui être unie. Découvrant à une lumière de plus en plus vive combien ce g^rand Dieu, cet admirable Maître, mérite d'être aimé, elle s'enflamme de plus en plus d'amour pour Lui et,, quand ce désir d'être unie à Dieu dure depuis quelques années, il s'accroît à un deg-ré tel qu'il cause à l'âme cette grande peine dont je vais parler. . .

. . . Sans doute ces g-rands désirs de Toir Dieu,, ces larmes, ces impétueux transports, dont nous avons parlé précédemment, causaient déjà à l'âme une vive souffrance; mais tout cela n'est que comme un feu mêlé de fumée qui, n'étant pa» encore bien allumé, peut se souff'rir en quelque sorte et ainsi n'est presque rien en comparaison de cet autre feu dont j'ai à parler. Ici l'âme se trouve embrasée d'un tel amour que très souvent, à la moindre pensée, à la moindre parole qui lui rappelle que la mort peut tarder encore à l'unir à son divin Epoux , soudain, sans qu'elle sache ni d'où ni comment, elle se sent frappée comme d'un coup de foudre ou comme transpercée par une flèche de feu. ... Et cette blessure n'est point faite à l'endroit où nous ressentons les douleurs ordinaires, mais au plus profond, au plus intime de

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l^âme, dans cet endroit où ce rayon de feu en un instant réduit en poudre tout ce qu'il rencontre de notre terrestre nature. . .

« Gardez-vous de croire, mes Sœurs, que j'exagère en parlant de la sorte. Je suis très assurée, au contraire, que les termes manquent pour peindre un tel martyre. Les sens et les puissances sont «uspendus à l'égard de toutes les choses de ce monde, ils ne conservent d'activité que par rapport à Dieu. . . Car l'entendement voit à une très vive lumière avec quelle raison l'âme s'afflige d'être séparée de son Dieu et Notre-Seigneur augmente encore sa peine par une claire et vive connaissance <ju'Il lui donne de ses amabilités souveraines et de ses perfections infinies... Tant que dure ce martyre, Tâme ne sent aucune douleur dans le corps. . Les souffrances intérieures de l'âme sont si vives et surpassent tellement les souffrances du corps que, quand on le mettrait en pièces, elle ne le sentirait pas. » (Traduction Bouix.)

Sainte Thérèse ne nous apprend pas pendant combien de temps se prolongea pour elle ce martyre intime ; elle nous dit seulement que chacun de ces assauts de l'amour divin durait peu, trois à quatre heures au plus. « Si cette peine durait

plus longtemps, ajoute-t-elle, je ne pense pas que notre pauvre nature pût la supporter sans un miracle. »

Nous avons à dessein supprimé du tableau que nous trace sainte Thérèse certains détails, comme le déboîtement des os, le cri qui échappe involontairement. Ce sont là évidemment des circonstances accessoires : elles s'étaient rencontrées en sainte Thérèse, mais bien des Saints ont pu ressentir les vives angoisses de la purification d'amour sans ces symptômes extérieurs.

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