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CHAPITRE PREMIER Portrait des âmes du deuxième degré

§ I . Doctrine de sainte Thérèse

65. « Parlons maintenant, dit sainte Thérèse, des âmes qui entrent dans la seconde demeure et montrons ce qu'elles y font. Ces âmes sont celles qui ont commencé à s'adonner à l'oraison^, et qui ont compris combien il leur importe de ne

' Rappelons que la Sainte, quand elle écrit ces paroles, vient de déclarer (Première demeure, ch. i) que, parla, elle entend non seulement l'oraison mentale , mais aussi l'oraison vocale, pourvu qu'elle soit accompagnée de considérations ou réflexions pieuses. Comme on va le voir, il faut ranger dans cette seconde catégorie beaucoup de bons chrétiens qui n'ont jamais pratiqué l'oraison mentale proprement dite, mais qui ont su, par d'autres moyens, nourrir et accroître leur foi.

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pas s'arrêter dans la première demeure, mais qui n'ont pas cependant assez de courage pour l'abandonner tout à fait et y retournent souvent parce qu'elles ne se séparent point des occasions. Il y a là un grand péril pour elles. Néanmoins, Dieu leur accorde une grande grâce en leur faisant comprendre de temps à autre combien les couleuvres et toutes ces bêtes venimeuses sont à craindre et avec quel soin on doit les fuir, »

En effet — nous continuons d'exposer la doctrine de sainte Thérèse — ces âmes ont l'oreille plus ouverte à la voix de Dieu, elles commencent à sentir quelque peu l'attrait de la vertu ; aussi elles souffrent davantage des obstacles qui s'opposent à leurs progrès, obstacles encore bien grands, parce que leurs défauts, jusqu'ici peu combattus, sont demeurés très vivaces. De là des chutes assez fréquentes. « Elles sont encore, dit toujours sainte Thérèse, au milieu des affaires, des plaisirs, des divertissements, des vanités du monde; elles vont tombant, se relevant de leurs péchés, parce qu'il est comme impossible que ces bêtes venimeuses, dans la compagnie desquelles elles continuent d'être, ne les fassent pas broncher. »

Quand une âme s'est adonnée quelque peu sérieusement au service de Dieu, quand pendant

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un certain temps elle a fait des efforts soutenus, les lumières de la grâce grandissent en elle, la foi se développe, la conscience devient plus délicate. Sans doute elle n'est pas encore sortie de la vie purgative, car la lutte reste vive; il faut encore de longs combats pour affaiblir les tendances mauvaises de la nature, surtout si l'on a vécu longtemps dans un état inférieur où elles se sont fortifiées. Cependant cette âme est parvenue à un degré plus élevé de la vie purgative.

3 2. Caractères dislinctifs de cette seconde demeure

66. Pratiques pieuses. — Les âmes de la deuxième demeure sont donc celles qui, en dehors des prières communes, lecourent assez volontiers, et cependant sans grande ardeur, à des pratiques de piété surérogatoires, récitation de chapelet, assistance à la messe pendant la semaine.

Nous disons : sans grande ardeur; parfois, cependant, vous les verrez prier de tout cœur. Est-ce le souffle de la grâce qui les agite alors? Ce recueillement, ces brûlantes aspirations, ces cris du cœur sont-ils l'effet d'une vive et soudaine piété? On reconnaît que la nature y a une grande part, quand on sait le but de ces ferventes demandes ; ce sera en effet quelque faveur tem-

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porelle vivement désirée, ou encore l'exemption d'une épreuve, mais point ou bien rarement des grâces purement spirituelles.

Ces âmes communient convenablement, non qu'elles ressentent de grandes douceurs dans la communion, mais elles en comprennent la grandeur, et il est facile d'obtenir d'elles une préparation sérieuse. Mais si on les amène sans grande peine à pratiquer quelques exercices de dévotion, très facilement aussi elles les abandonnent et peuvent, si elles ne sont soutenues, se laisser aller à de grandes négligences.

67. Dispositions intimes. — Bien que les préoccupations des âmes de cetle demeure soient encore le plus souvent des préoccupations toutes naturelles, les pensées de foi sont cependant plus fréquentes que dans la demeure précédente. Toutefois, ici encore, elles ne naissent guère spontanément. « Dieu, pour se faire entendre, dit sainte Thérèse, se servira des discours des gens de bien, des sermons, de la lecture des bons livres et de beaucoup d'autres moyens bien connus comme les maladies, les épreuves ; ou bien il fait luire à l'esprit quelque vérité dans les moments que l'on consacre à l'oraison. Car, si peu fervente que soit cette oraison. Dieu en fait cependant grand cas. »

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C'est, pour ainsi parler, un état de piété intermittente; nous disons de piété, car on désire non seulement se corriger de ses défauts, mais aussi avancer dans le bien ; toutefois ces désirs sont intermittents; on les éprouvera par exemple en se confessant, en communiant, en entendant un sermon, en un mot dans les diverses occasions que vient de signaler sainte Thérèse; hors de là, ces désirs de progrès ne se montrent guère. On €st aussi plus résolu à rester fidèle à Dieu. Cependant ces âmes sont sous ce rapport bien moins fermes qu'on ne le supposerait et qu'elles ne le supposent elles-mêmes ; souvent elles ignorent leur fragilité.

68. Conduite extérieure. — L'abnégation chrétienne commence à apparaître. De temps à autre on saura se faire violence, on se montrera capable d'efforts sérieux et pénibles à la nature, mais sans grande constance. Les fautes graves sont rares, sauf quand il se présente des occasions dangereuses où ces âmes, bonnes mais faibles, succombent assez vite; sauf aussi, pour celles qui ont connu le mal, les cas de tentations vives contre la pureté; car alors ces âmes peu mortifiées ne sont pas assez fortes pour vaincre constamment.

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Dans la demeure précédente, on avait encore peu d'horreur pour les fautes vénielles; trop facilement, sans même que les passions fussent très émues, on y commettait des péchés véniels délibérés : « Ce que je fais n'est pas bien, peu importe. » Dans la seconde demeure, on fuit avec plus de soin ces fautes lég-ères; mais quand l'intérêt est un jeu, quand les passions sont excitées, quand la susceptibilité, l'amour propre, la vanité ou la sensualité travaillent l'àme, ou encore quand on redoute quelque ennui, on pèche en connaissance de cause et avec plein consentement. (( Après tout, se dit-on à soi-même, ce n'est pas bien grave. » Il est vrai que, l'occasion passée et la passion apaisée, on regrette sincèrement d'avoir succombé, mais il est fort à craindre qu'on ne retombe. Ces personnes ne sont pas attachées à leurs défauts, mais elles n'ont pas vraiment à cœur de les combattre tous.

Les chrétiens parvenus à ce degré de la vie spirituelle ont donc des apparences de piété, sans avoir encore la vraie dévotion ; comme nous venons de le dire, ils tombent parfois dans des écarts regrettables, et même tiennent de temps à autre un langage peu édifiant. A cause de cela, ils sont souvent jugés fort sévèrement; on les taxe

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«le fausseté et de fourberie, tandis qu'au fond leur foi est sincère, leurs bonnes dispositions réelles. Un directeur doit se g-arder de ces jugements trop sévères et se rappeler que ce sont des âmes inconstantes mais non hypocrites.

C'est encore en raison de leur inconstance, de cette alternative de bons et de mauvais moments, de ce mélange de sentiments religieux et d'esprit mondain, que certains chrétiens ne donnent pas à la cause de Dieu le concours sur lequel on croirait-devoir compter. Ce n'est point par des invectives ou par d'amers reproches qu'on les changera; c'est plutôt en les amenant à la piété qu'on pourra leur inspirer l'abnégation et le dévouement des vrais soldats de Dieu.

69. Tels sont donc les caractères généraux de cette deuxième demeure : on y éprouve de temps à autre de réels désirs de progrès, mais la vertu parait encore bien flifticile à atteindre, on y doit subir d'ordinaire de pénibles combats^

11 est cependant des âmes qui n'ont pas dépassé ce degré de la vie spirituelle et qui n'éprouvent pas ces luttes violentes. Comme, d'un côté, elles n'ont pas ce vif attrait pour la vertu qu'éprouvent

* V. Sainte Thérèse, Deuxième demeure.

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les âmes avancées, ces lumières plus abondantes,^ cette foi ardente, qui sont les sig^nes caractéristiques de la vie iiluminative, elles doivent être rangées dans celte seconde demeure. Tels sont un grand nombre de bons chrétiens qui, sans avoir beaucoup fréquenté les sacrements, ni cultivé la méditation, se sont affermis dans le bien. S'étant tenus à l'écart des dangers du monde, ils ont encore été préservés par l'horreur que leur inspirent les impies et même les mondains. D'un autre côté, la bonne éducation qu'ils ont reçue, la fréquentation habituelle des gens de bien, le profit qu'ils ont su tirer des sermons et des autres secours extérieurs du culte, la fidélité à leurs devoirs d'état ont développé leurs bonnes dispositions. On remarque en eux une certaine vie de foi, un sincère amour de l'Eglise et un viai zèle pour ses intérêts. — Tels d'entre eux sont pour le prêtre des auxiliaires précieux, car, fort attachée à la cause de Dieu, ils mettent au service du bien des qualités naturelles parfois éminentes et un grand dévouement. Il n'a manqué à ces âmes,, pour s'avancer loin dans la piété, qu'une formation spirituelle plus complète.

70. Enfin, certains enfants et jeunes gens, surtout nombre de jeunes personnes, qui n'ont

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pas cependant de grandes luttes à soutenir, nous paraissent aussi devoir être rangés parmi les habitants de la seconde demeure. Ce sont ceux dont les défauts n'ont pas acquis un grand développement, et qui, par ailleurs, ont été préservés des atteintes du vice. Leur piété naissante ne rencontre pas de grands obstacles et, s'ils sont bien conduits, ils s'avancent doucement vers la troisième demeure, qui est celle de la vraie piété. Dans les paroisses ferventes, dans les collèges et pensionnats bien dirigés, et même dans les écoles primaires, quand la communion y est en honneur, ces âmes sont nombreuses et donnent au cœur du prêtre de douces espérances.

§ 3. Comment les âmes de ce deuxième degré peuvent déchoir ou rester stationnaires

71 . L'état des âmes que nous avons, à la suite de sainte Thérèse, rangées dans la deuxième demeure, n'est pas, il est vrai, un état de haute vertu ; il suppose cependant qu'un certain chemin a été parcouru, que des grâces assez nombreuses ont été accordées. Au nombre de ces grâces nous venons d'indiquer une éducation vraiment chrétienne, ou l'inlluence heureuse d'un milieu excellent ; peut-être encore ces âmes auront-elles pra-

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tiqué fidèlement leur devoir et trouvé, dans cette fidélité, sinon des consolations sensibles très vives, du moins cette satisfaction du devoir accompli qui affermit les bonnes dispositions et rend plus facile la persévérance.

Arrivées à ce degré, on voit certaines âmes rétrograder misérablement, d'autres se maintenir, mais sans aller plus avant dans le bien, d autres, enfin, progresser et s'élever insensiblement à un degré supérieur. Cette différence entre les unes et les autres dépend surtout de la façon dont elles subissent les épreuves que la Providence leur ménage.

72. La première de ces épreuves, c'est la soustraction des secours qui leur étaient accordés et qui favorisaient singulièrement la piété. Ces âmes chrétiennes se trouvaient, par exemple, au sein d'une famille profondément religieuse, ou dans une maison d'éducation où tout les portait au bien ; et les voilà soudain éloignées de ce milieu si favorable et jetées dans un monde bien différent, où les secours sont moins abondants et où elles se trouvent fort exposées à l'indifférence, à la mondanité et souvent aux exemples du vice. Si elles réagissent, et c'est leur devoir, elles deviendront plus fermes, plus généreuses, et l'épreuve,

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comme c'est son but providentiel, n'aura servi qu'à épurer leur vertu et à augmenter leurs mérites. Mais cette épreuve est fort dangereuse pour ces personnes qui ne sont pas foncièrement pieuses. Beaucoup y succombent : les sollicitudes mondaines, les tracas, les embarras d'une vie souvent fort tourmentée, les préoccupations matérielles absorbent toute l'attention de ces pauvres âmes ; elles perdent de vue le soin de leur sanctification et retombent dans l'insouciance et la tiédeur. L'abandon des sacrements, qu'on ne reçoit plus qu'à de longs intervalles, la négligence de la prière amènent une diminution de grâces ; en même temps les péchés véniels se multiplient et produisent les effets les plus funestes. « La ruine des âmes, dit le P. Lallemanl^ vient de la multiplication des péchés véniels qui cause la diminution des lumières et des inspirations divines, des grâces et des consolations intérieures , de la ferveur et du courage pour résister aux attaques de

' Doctrine spirituelle, 3' Principe, ch. 11, p. 182. (Paris, Lecoffre, i fr. 25.) Le P. Lallemant, dont le nom reviendra plus d'une fois dans cet ouvrage, fut un des plus illustres religieux de la Compagnie de Jésus. Favorisé , pendant sa vie, de dons extraordinaires, il mourut à Bourges en odeur de sainteté, le 5 avril i635. Les Pères Surin, Nouet, Rigoleuc, le Vén. P. Maunoir furent ses disciples.

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l'ennemi. De là s'ensuit l'aveug-lement, la faiblesse, les chutes fréquentes, l'habitude, l'insensibilité, parce que l'affection étant gag-née, on pèche sans sentiment de son péché. »

Le mal que nous signalons est plus facile à prévenir qu'à guérir. Il importe donc d'avertir les âmes des dangers qu'elles courront, quand elles seront privées des moyens de salut que Dieu leur prodigue. En leur inspirant ainsi une crainte salutaire, on les amène à prier davantage, à recommander à Dieu leur avenir et à former, pour l'heure du danger, de solides résolutions. Plus elles seront sur leurs gardes, plus elles auront de chances de triompher. Au moment critique, il faut les entourer d'une plus grande sollicitude ; quand ce n'est pas possible, il faut au moins les recommander instamment à Dieu, qui peut, quand il le veut, tirer le bien du mal, et qui ménage parfois à ces pauvres âmes des secours inattendus,

78. La décadence de ces âmes vient aussi, fort souvent, de découragement. Eprouvées par des tentations quelqiiefois bien redoutables, auxquelles elles succombent trop souvent, elles finissent par perdre tout espoir d'amendement ; elles n'ont ni assez de crainte de la justice de

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Dieu, ni surtout assez de confiance dans sa miséricorde infatig-able. Quelles que soient leurs fautes, tant qu'elles ne se décourai^eront pas, tant qu'elles continueront de prier et de lutter, leurs sentiments de foi, leur désir de mieux faire pourront ne pas faiblir ^ ; mais, dès que le démon — car c'est lui seul qui agit en cette occasion — est parvenu à leur communiquer quelque chose de son infernal désespoir, leurs dispositions ne sont plus les mêmes. Ce ne sont pas seulement les chutes trop fréquentes dans le vice qui amènent ce triste état d'âme. L'amour-propre froissé, par le dépit qu'il engendre, conduit au même résultat ; il produit ces effets que nous sig-nalait tout à l'heure le P. Lallemant: affaiblissement des bons sentiments, aveuglement, chutes fréquentes et insensibilité.

Ainsi donc, ces chrétiens, qui avaient fait

' € Quelques chutes es péchés mortels, pourvu que ce ne soit pas par dessein d'y croupir, ni avec un endormissement au mal, n'empêchent pas que l'on ait fait progrès en la dévotion, laquelle bien que l'on perde, péchant mortellement, on la recouvre néanmoins au premier véritable repentir que l'on a de son péché, même comme je dis quand on n'a pas lonsruement trempé au malheur. » Saint François de Sales, Lettre à une dame (Edition Briday, VI

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quelques pas dans la voie de la piété, reculent en arrière, quand ils ne savent pas profiter des épreuves multiples qui se présentent à eux.

-4. Beaucoup d'autres restent toujours slationnaires ; l'épreuve ne les trouve pas trop infidèles, mais elle ne tire pas non plus de leur cœur de grands actes de vertu. Le but de la sag'esse divine, dans ces épreuves, c'est de donner à leur foi, à leur confiance, à leur amour, l'occasion de s'exercer; malheureusement leurs efforts sont faibles, et surtout inconstants. Aujourd'hui diligents, ils redeviendront bientôt dissipés et mous; ils feront preuve, parfois, de courage et de générosité, mais ces jours de ferveur sont plutôt des exceptions qu'une règle; l'irréflexion, l'étourderie, le laisser-aller ont trop de part dans leur vie; ils combattent quelque peu leurs défauts, mais ils n'apportent dans cette lutte ni assez de vigueur, ni assez de constance. Ces efforts passagers, cette demi-générosité, ces quelques victoires qu'ils remportent, les empêchent de tomber plus bas, mais ne suffisent pas à les élever.

75. S'ils sont, par état, obligés de tendre à la perfection, la disposition que nous venons de décrire est, pour eux, très dangereuse, car elle suppose un grand abus des grâces. Ce sont les

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gens de cette sorte qu'avait en vue le P. Lallemant quand il disait {11^ Princ, | 2, cli. 11, p. 85j : « Il est des relig^ieux qui ne refusent rien à leurs sens. Ont-ils froid? ils se chauffent. Ontils faim? ils mangent. Leur vient-il en pensée quelque divertissement? Ils le prennent sans délibérer, toujours déterminés à se satisfaire, sans presque savoir en pratique ce que c'est que de se mortifier. Pour leurs fonctions, ils les font par manière d'acquit, sans esprit intérieur, sans goût et sans fruit. . . Ils n'examinent que fort superficiellement l'état de leur conscience. Dans ce profond oubli d'eux-mêmes, une infinité d'objets passent tous les jours parleur esprit, et leur cœur, étant emporté hors de lui-même, est comme enivré par le tracas de choses extérieures... Ces religieux peuvent être souvent en plus grand danger que les séculiers. » Assurément, de telles gens ne répondent nullement aux desseins que Dieu avait sur eux, ils ont fort mal profilé et même grandement abusé des secours qui leur ont été offerts.

76 . D'autres demeurent stalionnaires sans être bien coupables : ce sont les chrétiens moins favorisés, à qui Dieu ne semble pas demander une grande perfection. Il peut se faire que, sans

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s'élever à la piété, et tout en demeurant dans ce deuxième degré, ils arrivent à un état à peu près satisfaisant et qui n'est pas sans mérite ; leur foi est vive et même va s'éclairant, leur résolution d'être fidèles à Dieu est sincère, leurs sentiments sont louables, toutefois leur amour demeure toujours faible et leur esprit de renoncement bien imparfait. Souvent aussi, après être restés longtemps dans cet état, on les voit soudain prendre un généreux élan et marcher d'un pas ferme dans la voie du progrès. C'est, en effet, la conduite la plus ordinaire de la Providence de laisser les âmes chrétiennes, pendant un temps plus ou moins long, dans cet état intermédiaire de demipiété, de fidélité sans grande ardeur. Puis, quand Elle les juge mûres pour de nouvelles grâces, Elle leur ménage des circonstances heureuses, de nature à favoriser singulièrement leur avancement ; par exemple une retraite fervente, un changement de situation qui les dégage des entraves d'une vie mondaine ou trop occupée, ou encore la fréquentation de pieux amis, la rencontre d'un directeur zélé; souvent aussi une épreuve, un chagrin profond, mais qui sera supporté avec foi. Dans ces diverses occasions, la grâce travaille profondément leurs âmes bien disposées ; elle

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éclaire les esprits et embrase les cœurs ; alors les vertus surnaturelles, dont ces chrétiens portent les g-ermes, s'exercent et grandissent, et ils entrent dans une vie nouvelle de foi et de vraie piété.

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