Il FAUT LES ÉCLAIRER DAVANTAGE. — Si
dans la demeure précédente, on devait s'efForcer d'initier aux idées chrétiennes ces débutants encore bien absorbés par les préoccupations purement naturelles, cette tâche n'est pas achevée, et leur foi demande à être avivée davantage. On devra donc encore, de temps à autre, faire valoir les motifs indiqués plus haut pour leur inspirer le désir d'une vie plus sérieuse, d'autant qu'ils s'y montreront plus sensibles et que les exhortations qu'on leur adressera sur ce point les trouveront plus dociles. Ils reconnaîtront assez facilement qu'ils sont trop attachés aux choses de ce monde et trop insouciants à l'égard des-
biens spirituels. On profitera de leur aveu pour leur remontrer fortement combien cette erreur est préjudiciable, et les amener ainsi à faire plus de cas des intérêts de leur âme, et à demander instamment à Dieu ces grâces spirituelles dont ils se montrent si peu avides.
Les habitants de la seconde demeure ont moins de répulsion pour les livres de piété, sans être encore capables de lectures bien sérieuses. U Evangile, la Vie des Saints, quelques courts passag-es de Vlmitation leur seraient conseillés avec fruit. Mais c'est la méditation surtout qui pourra communiquer à leur âme des lumières plus abondantes. En effet, au point où ils sont parvenus, on peut leur proposer la méditation discursive, et, si l'on obtient qu'ils y soient fidèles, on leur fera par là un très grand bien.
Nous parlerons, dans un chapitre spécial, de de la méditation.
9.5. Formation de ces ames a une vie plus FONCIÈREMENT CHRETIENNE. — Nous rangerons sous les mêmes chefs que précédemment les divers moyens de sanctification dont on doit faire usage : prière, sanctification des actions ordinaires, renoncement, sacrements.
j42 les bonnes AMES
§ I, Prière
96. Sur ce point encore nous n'avons rien de bien nouveau à dire; ces âmes sont encore trop peu façonnées à la prière pour que l'on n'ait pas besoin de leur recommander souvent, comme aux débutants, la régularité et l'attention. (Voir supra, n° 42.)
Il faut aussi les soutenir dans les moments d'épreuve. En effet, on l'a remarque très justement, si les peines et les chagrins portent puissamment à la prière les âmes ferventes, les âmes peu avancées au contraire, dans leurs épreuves et leurs ennuis, sentent un grand éioignement pour les pratiques de dévotion et trop souvent se prennent à les négliger. Si elles comprenaient bien leurs intérêts, elles n'y seraient jamais plus fidèles qu'à ces moments-là; il y faudrait, sans doute, une plus grande énergie, mais par là même elles y trouveraient plus de mérite, elles témoigneraient à Dieu une plus grande fidélité et retireraient de leurs prières et exercices de piété un très grand profit spirituel ^ Quand, en pareil
' Il faut remarquer, dit saint Ig-nace {Exercices spirituels, XlII^annot.), que si, dans le temps de la consolation, c'est chose facile et légère que de donner à la contempla-
cas, elles avouent être retombées dans le relâchement, la dissipation ou le péché, le premier avis à leur donner est celui-ci : « Il était impossible qu'il en arrivât autrement, puisque vous avez délaissé la prière ; et vous resterez dans cet état pénible de dégoût du bien, de lutte fatigante et de péché, tant que vous n'aurez pas surmonté, par des efforts généreux , la répugnance que vous inspire la prière. Avant tout priez et priez encore, malgré la difficulté, malgré le peu d'attrait que vous y trouvez ; c'est le seul moyen de sortir de cet état fâcheux et de retrouver la paix du cœur. » 97 . Même en dehors des circonstances, on peut réclamer de ces chrétiens, avec plus d'insistance, des prières de surérogation. On leur fera, par exemple, beaucoup de bien en les amenant à assister chaque matin à la messe; ainsi, pourra-ton, au commencement du Carême, du Mois de Marie, du Mois du Rosaire, leur insinuer qu'il n'est pas de meilleur moyen de sanctifier ces temps
tion uue heure pleine, dans le temps de la désolation, au contraire, il est très difficile de l'achever. Pour cette raison, celui qui s'exerce doit toujours, afin d'ag-ir contre la désolation et de vaincre les tentations, persévérer un peu au-delà de l'heure accomplie. Ainsi s'accoutumera-t-il non seulement à résister à l'ennemi, mais encore à le terrasser. »
t44 LES BONNES AMES
de grâce et de salut que d'assister chaque jour au divin sacrifice. De même pour le chapelet : on les engagera à entrer dans la Confrérie du Saint- Rosaire. S'ils veulent obtenir quelque faveur, même temporelle, on leur recommandera de faire une neuvaine, pendant laquelle ils assisteront chaque jour à la messe, ou feront une visite à l'église, ou bien encore réciteront chaque soir le chapelet. De la sorte on les amène à faire des œuvres de piété dont la pratique leur semblait peut-être au-dessus de leurs moyens et qu'ils sont étonnés de pouvoir accomplir; alors il devient plus facile de les y rendre peu à peu très fidèles. La dévotion aux âmes du Purgatoire, outre son mérite intrinsèque et les bénédictions qu'elle attire, a encore l'avantage de faire prier ces chrétiens peu fervents.
Nous croyons utile de répéter ce que nous avons déjà dit : c'est le devoir du directeur de veiller à ce qu'on s'acquitte de ces prières avec recueillement, et de combattre la routine et l'inattention, a Commencez toujours votre prière, soit mentale, soit vocale, dit saint François de Sales, par vous mettre en présence de Dieu; ne manquez jamais à cette règle, et vous verrez en peu de temps combien elle vous sera utile. »
LEUR DIRECTION i45
§ 2. Sanctification des actions ordinaires
98. En traitant cette question à propos des débutants, nous disions que, pour les habituer à vivre de la vie surnaturelle, il était utile de leur faire rendre compte de la manière dont ils auront offert à Dieu, au commencement de leur journée, et leurs actions et leurs épreuves.
Les chrétiens dont nous parlons ici sont déjà quelque peu initiés à cette vie surnaturelle; pour les y former plus complètement, nous indiquerons deux moyens : le recueillement et un certain règlement de vie.
99. Recueillement. — Ils avoueront que l'un des plus grands obstacles qu'ils rencontrent dans le service de Dieu, c'est, ou l'étourderie de leur âge, s'ils sont encore jeunes, ou, s'ils sont plus âgés, les préoccupations multiples, le tracas des affaires, les soucis de toute sorte qui leur font perdre de vue le soin de leur âme. Après avoir obtenu cet aveu et leur avoir vigoureusement démontré les tristes effets de cette dissipation, ce qu'elle fait perdre au point de vue de l'éternité, on les engagera instamment à se recueillir de temps à autre pour se recommander à Dieu, Lui demander son secours et Lui offrir leurs travaux.
i46 LES BONNES AMES
L'offrande de l'heure peut alors être très utilement conseillée^; elle consiste à choisir le moment où l'on entend sonner l'heure pour faire une courte prière, une oraison jaculatoire, ou pour renouveler l'offrande de ses œuvres et de ses bonnes résolutions.
100. Règlement de vie. — Un autre moyen, fort efficace pour préserver de cette dissipation si naturelle au cœur humain, c'est de faire suivre un règlement de vie simple et facile. Nous disons simple et facile. Il est évident, en effet, qu'il faut écarter de ce règlement les détails et les pratiques plus minutieuses, qui ne conviendraient qu'à des personnes plus avancées dans la piété, et ne tracer, pour ainsi dire, que les grandes lignes de la vie chrétienne. Ce règ^lement indiquera : i° quand et comment on devra prier, quelles pratiques de religion on emploiera; 2° à quelles vertus il faudra particulièrement s'attacher ; 3° il contiendra encore quelques avis sur les occupations ordinaires et les devoirs d'état.
Nous donnons en appendice, comme exemple, un règlement pour des enfants qui montrent déjà
' Saint François de Sales la recommandait à sainte Cliantal, dans une de ses premières lettres (i4 octobre j 6o4).
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de réelles dispositions à la piété, et que l'on a groupés dans une association pieuse, enfants qui peuvent être déjà dans la seconde demeure. Les exercices pieux proprement dits se réduisent pour eux aux petites œuvres de dévotion qu'ils doivent faire chaque matin à leur lever et le soir avant de se mettre au lit (prières, courte lecture, notation quotidienne^ et examen), à la réception des sacrements et à la dévotion à la Sainte Vierge. Tout cela est indiqué. Leurs devoirs d'état, ce sont l'étude et le travail de classe; on spéciBe comment il faut étudier. Enfin, les vertus qu'ils doivent plus particulièrement cultiver sont : Tobéissance, qui résume leurs devoirs envers leurs supérieurs; la patience et la douceur, qui règlent leurs rapports avec leurs égaux; enfin, la mortification chrétienne, qui leur apprendra à se maîtriser eux-mêmes et à ne pas devenir les esclaves de leurs mauvais penchants. On y ajoute un mot pour la pureté, en raison de l'importance et de la délicatesse de cette vertu.
S'il est facile de faire accepter un règlement, il
^ Le bulletin mensuel qu'on leur fera noter chaque jour, analogue à celui dont nous avons déjà parlé (n* 60), devra être cependant plus détaillé. Nous en donnerons le modèle à la fin de l'ouvrafire.
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est moins facile de le faire observer. Aussi serat-il à propos d'en parler souvent, et en public dans les instructions faites à l'association, et en particulier au confessionnal. Tantôt on choisira l'un des points du rè§-lement pour l'expliquer, le commenter, en faire ressortir l'importance; tantôt on se fera rendre compte de la manière dont il aura été suivi.
§ 3. Renoncement
loi. Là encore, on continuera l'œuvre commencée dans la première demeure. La tâche est devenue moins difficile , et l'on peut insister davantage sur ce point si important.
Lutte contre le péché. — Examen de conscience. — En premier lieu, il faut combattre les défauts, diminuer le nombre des péchés véniels. Quand un chrétien, par ailleurs suffisamment éclairé, ayant une foi sincère et s'adonnant à certaines pratiques pieuses, reste comme fixé dans un état de demitiédeur et ne fait pas dans la piété les progrès que l'on devrait attendre de son genre de vie, les raisons de son engourdissement sont faciles à deviner : ce sont les péchés, même véniels, auxquels il s'abandonne.
La pratique journalière de l'examen de con-
LEUR DIRECTION i4^
science est un remède très efficace à ce mal ; ceux qui ne s'examinent jamais, ou qui ne s'examinent que de loin en loin, pourront commettre nombre de fautes sans y prendre garde, et ils ne parviendront que difficilement à une vraie connaissance d'eux-mêmes.
Toutefois, reconnaissons-le, quand une personne s'adonne sérieusement au service de Dieu et sait g-arder le recueillement, la grâce qui se communique à son esprit l'écIaire doucement et lui découvre, sans qu'elle les cherche, maintes fautes qui, auparavant, lui échappaient; mais le travail de l'âme qui scrute sa conscience, loin de nuire à cette action de la grâce, la favorise singulièrement.
Du reste, l'examen de conscience est indispensable, surtout dans le casque nous signalions tout à l'heure, à savoir quand une âme de bonne volonté, ayant un réel désir d'avancement, reste dans une sorte d'engourdissement spirituel qur n'a d'autre cause que ses nombreux péchés. Il est encore fort utile pour les personnes bonnes, mais peu recueillies, qui ne demandent pas mieux que de servir Dieu, mais qui, vivant dans l'étourderie,. le tracas des affaires temporelles, songent trop peu à leur âme. L'examen de conscience, surtout si on peut obtenir qu'elles le pratiquent non seu-
LES BONNES AMES
lement à la fin, mais aussi au milieu de la journée, les rend insensiblement plus vigilantes, tire de leur cœur des actes de contrition bien sincères «t leur fait renouveler leurs bonnes résolutions, toutes choses qui empêchent les funestes effets du péché, aident à devenir plus attentif à son devoir et plus appliqué à la sanctification de sa vie.
102. Mais, avouons-le, autant cette pratique est utile, autant elle est difficile à obtenir des commençants. Il eu coûte tant à la pauvre nature de s'arrêter à la considération de ses misères, et, d'ailleurs, c'est une étude fatig-ante que cet examen des différents actes de la journée.
On n'obtiendra sur ce point quelque régularité qu'en insistant souvent sur l'importance de l'examen. Quelle ardeur et quelle persévérance apporterait à la pratique d'un exercice aussi peu agréable celui qui n'en verrait pas la grande utilité?
Les philosophes païens eux-mêmes recommandaient à leurs disciples d'apprendre à se connaître. rvwQt creau-ov, connais-toi toi-même, c'était un des adages de la sagesse antique. Rentrer en soi-même, c'est ouvrir les volets de son âme pour y faire pénétrer la lumière; s'il restent hermétiquement clos, les appartements seront ténébreux alors
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même que luirait au dehors le ])lus brillant soleil; ainsi, même dans les milieux fervents, ceux qui ne s'examineraient jamais tiendraient leur âme dans d'épaisses ténèbres. Comment-donc corrig-er ses défauts, comment remédier à ses maladies intimes si on les ignore, et comment les connaître exactement, sinon par de sérieux examens?
io3. Mais ces examens doivent être faits sous le reg^ard de Dieu et avec une sincère humilité. « Ne vous étonnez pas, dira le directeur prudent, de découvrir en vous tant de fautes, tant d'inclinations mauvaises : plus vous ferez de progrès dans la vertu, plus Dieu vous donnera sa lumière, afin que vous connaissiez de mieux en mieux toute la corruption de votre nature ; mais, en même temps, si vous ne cédez pas au dépit en vous voyant si mauvais, si votre orgueil révolté ne repousse pas la lumière. Dieu vous fera comprendre qu'il vous aime malgré vos infirmités, comme la mère aime son enfant débile et infirme; Il vous fera entrevoir la puissance de la grâce, qui peut si facilement tirer le bien du mal et changer tous vos défauts en brillantes vertus. Ne faites donc jamais votre examen sans penser d'abord à l'amour de votre Dieu, et ne le terminez jamais sans vous confier en sa sagesse, en sa puissance et en sa miséricorde. »
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io4. Pour assurer plus efficacement la fidélité à l'examen, on se fera rendre compte de la fidélité apportée à cet exercice, recommandant, par «xemple, de s'en accuser quand il aura été omis. Que l'on ait soin aussi d'en faciliter la pratique par une bonne méthode. Faute d'une méthode, l'esprit s'égare, les distractions viennent et, après des efforts inutiles et lassants, ce salutaire exercice est abandonné.
Voici une méthode que l'on pourrait conseiller :
Commencez par demander à Dieu la çrâce de connaître vos fautes et de les détester. Adressezvous aussi à Marie, sans laquelle vous ne devez rien faire, lui disant bien simplement : Bonne Mère, obtenez-moi de bien voir mes misères et -de m'en humilier.
Puis, passez en revue les différents actes de la journée, dans l'ordre suivant :
Comment vous êtes-vous acquitté :
I. De vos devoirs envers Dieu : i° prières; ^^ exercices de piété.
II. Envers votre prochain : i° douceur; 2° charité ; 3° obéissance ; 4'^ vérité.
III. Envers vous-même : 1° patience ; 2'^ humilité; 3° tempérance; 4° pureté; 5° enfin, devoirs
d'état, c'est-à-dire, sanctification de votre travail^.
Terminez en demandant bien pardon à Dieu, et lui promenant de mieux faire à l'avenir^.
io5. Défaut dominant. — Parmi les défauts qu'il importe de combattre, il faut placer en première ligne le défaut dominant. « Le démon, dit saint Ig-nace (Exercices spirituels. Discernement des esprits), imite un capitaine qui veut emporter une place où il espère faire un riche butin. Il asseoit son camp, il considère les forces et la disposition de celte place, et il l'attaque du côté le plus faible. Il en est ainsi de l'ennemi de la nature humaine. Il rôde sans cesse autour de nous, il examine de toutes parts chacune de nos vertus théologales, cardinales et morales et, lorsqu'il a découvert en nous l'endroit le plus faible et le moins pourvu des armes du salut, c'est par là qu'il nous attaque et qu'il lâche de nous prendre. »
Ce côté faible, le plus vulnérable de notre âme, si connu de notre ennemi, c'est notre défaut
• Cette division, étant simple, est très facile à retenir.
^ Nous avons tait imprimer à part ce tableau pour l'examen de conscience. Le cent : o fr. qo. — Ang^ers, librairie Germain et G. Grassin; Paris, Amat.
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dominant. Chez les chrétiens dont nous nous occupons" en ce moment, ce défaut, ayant été peu combattu, est assez facile à discerner. Plus tard, surtout quand les attraits sensibles de la grâce «meuvent l'âme plus foitement et apaisent ses mauvais penchants, la recherche du défaut dominant est plus difficile.
io6. Voici, croyons-nous, la méthode à suivre <lans l'examen du défaut dominant. D'abord, faire prier pour solliciter le secours de l'Esprit- Saint; c'est toujours parla qu'il faut commencer. Sans ce divin Esprit, sans le secours de la grâce, l'homme n'est qu'erreur et ténèbres; puis, on ne saurait trop habituer les âmes à ne rien faire, rien entreprendre sans la prière.
Après avoir obtenu des prières, le directeur recommandera au pénitent d'examiner soigneusement, et à diverses reprises, à quoi se portent ses préoccupations les plus ordinaires, quel est le matin à son réveil le sujet le plus fréquent de ses pensées ; quand il est seul et qu'il se laisse aller à quelque rêverie, quel en est l'objet ; quelle est la source la plus habituelle de ses joies intimes comme de ses ennuis ; dans les moments de tristesse quelle est la cause de son chagrin ; quelle est l'intention qu'il se propose le plus souvent, le
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motif qui le fait ag-ir et qui inspire habituellement sa conduite, quelle est la source de ses fautes, le pourquoi de ses péchés ; quand surtout il y a, non pas faute accidentelle, mais toute une série de fautes, un état de résistance à la grâce, de manquement aux exercices de piété qui aura duré plusieurs jours, quelle en est l'origine et quel est le motif qui aura empêché de revenir au bien. Sans doute, il y a, à ces sentiments divers, à tous ces actes, des causes accidentelles : ce seront parfois des préoccupations passagères qu'auront fait naître telles circonstances particulières, mais souvent aussi tout cela sera la conséquence d'une disposition intérieure, d'une manière d'être habituelle qui est le défaut dominant.
On dislingue encore le défaut dominant aux attaques du tentateur, qui nous connaît souvent mieux que nous-mêmes et qui , comme nous le disait tout à l'heure saint Ignace, dirige ses coups du côté où il nous sait plus faciles à vaincre. On ' le reconnaît aussi aux inspirations de l'Esprit- Saintquij dans les moments de ferveur, quand son opération est plus sensible, nous fait comprendre, par les sacrifices qu'il nous demande, par les attraits qu'il nous fait éprouver, par les résolutions qu'il suggère, quelle est la voie qui
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nous mènera à la perfection et quel est le vice contre lequel nous devons plus résolument lutter. On le reconnaît encore à la difficulté que l'on a pour le combattre; c'est vraiment le péché mig-non, celui dont le sacrifice coûte davantage.
107. Une fois que le défaut dominant est découvert, il faut s'appliquer à le détruire. Quand les défenseurs d'une place connaissent la partie faible où l'ennemi dirigera ses coups et tentera de faire brèche, c'est de ce côté qu'ils concentrent leurs efforts. N'est-il pas nécessaire, avant tout, de parer au danger? En se fortifiant de la sorte, on fait plus que de se mettre à l'abri, on s'assure la victoire, car le défaut dominant une fois dompté, le démon est vaincu ; les coups qu'il porte ensuite ne sont guère redoutables, ils tourneront à l'avantage de l'âme chrétienne plutôt qu'à sa perte. Goliath vaincu, les Phihstins furent mis en fuite; Holopherne tué, les troupes assyriennes éprouvèrent défaite sur défaite, et les Hébreux furent pour longtemps délivrés de leurs ennemis.
Notons-le bien toutefois, il ne faudrait pas se flatter de remporter promptement cette victoire décisive. Tant que l'on n'aura pas fait de sérieux progrès dans la piété, tant que l'on ne sera pas
entré et que l'on n'aura pas séjourné longuement dans la troisième demeure, c'est-à-dire dans la vie de vraie dévotion, et même dans la quatrième, qui est l'état de ferveur, le défaut dominant restera bien vivace, mais dès ce moment, à ce point de la vie spirituelle où nous sommes arrivés, on doit inaugurer ce combat et le poursuivre ensuite avec courage et persévérance. Ce sera le moyen le plus sûr d'arriver à la piété.
La prière est, bien entendu, le premier remède à employer contre le défaut dominant. Offrir à Dieu, en vue de sa correction, des chapelets, des communions, faire des neuvaines, s'imposer des sacrifices; ce sont là des pratiques excellentes, qui méritent d'être encouragées et au besoin suggérées.
Un second moyen, très efficace, recommandé par tous les maîtres de la vie spirituelle, c'est l'examen particulier. A l'examen de conscience général dont nous avons parlé devra donc se joindre un examen spécial du défaut dominant. Saint Ignace, dans son Livre des Exercices spirituels, conseille de se servir d'une feuille spéciale, divisée en autant de lignes qu'il y a de jours dans la semaine. On marquera sur chaque ligne autant de points que l'on est tombé de fois
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dans ce péché ou défaut particulier. Le Saint veut même que la long^ueur des lignes aille toujours en diminuant, pour rappeler que le nombre des fautes doit diminuer de jour en jour.
Mais, ce qui est excellent, c'est d'ajouter à l'examen particulier une sanction, c'est-à-dire une pénitence que l'on devra s'imposer pour chacune des fautes commises. Cette pénitence pourra être quelque prière, une demi-heure de silence, une mortification quelconque déterminée à l'avance, une aumône, etc. Ainsi l'on expie ses péchés et l'on s'oblige soi-même à être plus circonspect à l'avenir. Chacun connaît l'histoire de celte sœur garde-malade, laquelle, chargée de donner ses soins à un vieux général qui blasphémait sans y prendre garde, parvint à le corriger en lui faisant verser cinq francs pour les pauvres à chacun de ses jurons. La crainte est pour nous le commencement de la sagesse et, puisque trop souvent nous agissons en enfants, nous devons nous traiter en enfants, c'est-à-dire nous dompter nous-mêmes par la crainte des punitions.
io8. Humilité et mortification. — Que l'on connaisse ou non le péché dominant, il est deux défauts qu'il importe de combattre de bonne heure, car en eux se trouvent les grands obstacles qui
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s'opposent aux progrès de l'àme, l'org-ueil et l'amour excessif du bien-être.
L'orgueil, l'esprit de superbe, comme on disait au XVII* siècle, est le principe de tous les péchés : Initium omnis peccati superbia. Chacun sait qu'il entraîne après lui toutes sortes de misères : vanité, ambition, susceptibilité, discordes, insubordination, etc., etc. Nous expliquerons plus tard comment faire la £:uerre à ces défauts; ce n'est en effet qu'après être entrée généreusement dans la voie de la piété que l'àme pourra maîtriser son amour-propre. Il importe cependant de lui découvrir dès maintenant cet ennemi d'elle-même, de lui faire remarquer — les occasions pour cela ne manqueront pas — quel tort lui fait son orgueil. D'abord la plupart de ses peines, de ses chagrins, viennent de là; et combien de péchés n'ont pas d'autre cause, combien d'épreuves mal supportées, combien de bonnes occasions négligées, combien de résistances à la çrràce proviennent d'un sot sentiment d'amour-propre !
Il faut donc signaler cette misère en la déplorant, encourager les âmes à réagir et surtout les engager vivement à demander à Dieu des sentiments plus humbles. « Si vous ne pouvez pas vous-même, leur dira-t-on, dompter cet amour-
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propre si vivace et si funeste, avec le secours de la grâce vous y parviendrez sûrement. Oli ! demandez bien l'humilité, car ne voyez-vous pas que quand vous aurez obtenu cette belle vertu, les autres viendront d'elles-mêmes, et vous avancerez à grands pas dans les voies de la vraie piété. »
109. Mais il est une forme d'amour-propre qui se manifeste fréquemment à cette époque de la vie spirituelle et qui demande une répression énergique; c'est le respect humain. Les imparfaits en général n'y font pas grande attention, et pourtant très souvent le respect humain paralyse leurs bonnes dispositions; ils ne prieront point avec la piété dont ils sont capables, ils ne fréquenteront pas les sacrements comme ils sont inspirés de le faire, parce qu'ils craignent le qu'en dira-t-on Et, si on ne les interroge pas sur ce point, très rarement ils feront connaître d'eux-mêmes cette misère morale; un directeur prudent saura bien en arracher l'aveu et les exhorter vivement et souvent à combattre cette tendance.
Il n'y a qu'un moyen de se guérir de la peur, c'est de braver le fantôme, qui paraît toujours plus redoutable de loin que de près. Quand Toiseau pillard a une fois découvert que le mannequin dressé contre lui n'est qu'une impuissante
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machine, un vain simulacre, il s'en approche sans crainte et ne se laisse plus arrêter par de sottes frayeurs. Faisons comprendre à tous ceux dont le respect humain entrave la bonne volonté qu'ils se laissent effrayer par des chimères; insistons pour obtenir une démarche énergique, un acte de courag-e. Si, par exemple, ils craig-nent de paraître trop dévots, obligeons-les à faire ouvertement profession de leurs sentiments religieux, à montrer par leurs actes ou leurs paroles qu'ils estiment la piété et qu'ils désirent s'appliquer à servir Dieu dignement; si la peur des sottes railleries les éloigne de la Table sainte ou du moins les empêche de s'en approcher aussi souvent que les y porte l'attrait secret de la grâce, donnons-leur pour pénitence de communier un jour bien ostensiblement. Ce petit acte dénerg-ie n'est point au-dessus de leurs forces; la plupart du temps il n'y a que le premier pas qui coûte et, cette barrière une fois franchie, le chemin delà piété s'ouvre large et facile à parcourir.
no. Sig'nalons une autre occasion où s'impose encore la nécessité de conseiller avec insistance cette vertu d'humilité.
Il se rencontre, parmi les pénitents, des caractères bizarres, entêtés, susceptibles, qui, comme
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des chevaux ombrageux et fantasques, sont rebelles au frein et causent à ceux qui les conduisent de continuels soucis. Quelle source de mérites pour un directeur, et quel profit il peut retirer, pour l'autre monde, du gouvernement de ces pauvres maniaques ! Une grande patience et commisération, une fermeté pleine de douceur, voilà ce qu'exige la direction de pareilles âmes. Redresser le jugement de ces cervelles détraquées, le Créateur seul le pourrait faire; l'unique mais difficile remède serait l'humilité, qui atténuerait leurs écarts et leur épargnerait bien des sottises. Qu'on leur en vante donc les avantages et qu'on les rappelle sans cesse à l'obéissance aveugle : sans humilité et sans obéissance, il j a de leur part tout à craindre et rien à espérer.
III. Quant à l'amour de ses aises et de ses plaisirs, nous avons dit plus haut (n° 44) qu'il devait être combattu dès le début de la vie spirituelle : il est facile d'éclairer sur ce point les âmes de bonne volonté et de leur montrer la nécessité de la pénitence et du sacrifice. Justement célèbre est le mot de Vlmitation : Tantiim proficies, quantum tibi ipsi vim intuleris. « Plus vous vous ferez violence et plus vous ferez de progrès. » (Liv. 1, ch. xxv). N'est-ce pas à cet esprit de renon-
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cément que l'on reconnaît les vrais disciples de l'Evan^^ile, les véritables enfants de Jésus-Christ. Oui, celui-là seul est un vrai chrétien, qui ne craint pas de souffrir un peu pour l'amour d'un Dieu qui a tant souffert pour lui; qui pense à expier ses péchés par la pénitence, qui, sachant se vaincre soi-même et ne pas céder à tous ses caprices, domine ses défauts et finit par en triompher presque sans combat. Au contraire, celui qui fait toujours sa volonté devient le plus malheureux des hommes et le plus vicieux.
Il est surtout une époque où ces avis seront favorablement accueillis, c'est le Carême. Une excellente industrie vis-à-vis des jeunes âmes consiste à leur remettre, au commencement de ce saint temps, une feuille contenant, avec ces motifs rappelés en quelques mots, une hste des sacrifices qu'elles peuvent s'imposer. Nous donnons en appendice une liste de pénitences à l'usage des jeunes g-arçons et une autre à l'usag^e des jeunes filles.
En dehors du Carême, on pourrait, de temps à autre, choisir et imposer, comme pratique de semaine ou de quinzaine, l'une ou l'autre de ces mortifications, et se faire ensuite rendre compte de la façon dont le pénitent s'y sera montré fidèle.
i64 LES BONNES AMES
112. Une autre forme excellente et, du reste, obligatoire du détachement, c'est l'aumône. Oui fait l'aumône y trouve double profit; il s'acquitte du grand devoir de la charité fraternelle, si chère au cœur de Dieu, et il pratique l'importante vertu de renoncement. Aussi l'aumône profite plus à celui qui donne qu'à celui qui reçoit, c'est la parole de Jésus-Christ : Beatiiis est magis dare quam accipere. (Act., xx, 35.)
Il est souvent délicat de rappeler cette obligation : on ne s'avoue pas à soi-même qu'on a le cœur dur à l'égard du prochain ou qu'on est trop attaché à ses richesses ; à plus forte raison n'accepte-t-on pas volontiers d'être soupçonné de cette misère. Mais il est un autre travers non moins commun et dont on convient de meilleure grâce, c'est de ne s'acquitter des devoirs de Is charité que par un mouvement de compassion purement naturelle, sans élever son regard jusqu'à Dieu. Ou'il s'açrisse de l'aumône ou de ces actes multiples de complaisance ou de dévouement envers le prochain , dont l'occasion se présente à chaque pas, cette absence de vue surnaturelle cause une perte de mérites vraiment déplorable. Attirer l'attention sur ce point, apprendre aux chrétiens à surnaturaliser ces actes d'abnégation,
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à voir, par exemple, Jésus-Christ sous les haillons du pauvre, c'est leur rendre un g-rand service, c'est aussi, sans en avoir l'air, reprocher l'ég-oïsme et rappeler le devoir de charité fraternelle à ceux qui ne vivent que pour eux-mêmes et ne savent pas faire pour autrui le moindre sacrifice.
ii3. Le renoncement passif. La patience. — Nous venons de dire quelle doit être la part active de l'âme dans le travail du renoncement. Dieu ne l'abandonne point à elle-même dans cette œuvre si nécessaire, mais II lui ménage des épreuves qui, bien acceptées, la feront progresser beaucoup dans cette voie difficile. Si sa Providence n'y mettait la main, telle est la lâcheté humaine, que l'expiation des fautes passées resterait toujours fort incomplète; aussi n'arriverait-on jamais de soi-même au degré de détachement requis pour aller plus avant et recevoir des grâces plus abondantes.
Ces épreuves sont les contrariétés de toutes sortes que l'on rencontre ici-bas ; de la part des éléments : misères corporelles, maladies, malaises provenant du tempérament ou de la rigueur des saisons ; de la part des événements de la vie : pertes de biens, pauvreté avec ses privations, désirs contrariés, plans avortés, espérances
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déçues; de la part des hommes : contradictions, froissements, reproches justes ou immérités, critiques, etc.; enfin, les peines de cœur : deuils, séparations ; en un mot tout ce cortège de chagrins et d'ennuis qui accompagne l'homme du berceau à la tombe.
Bienheureux ceux qui savent faire servir toutes ces épreuves à leur bien spirituel, qui savent tirer profit de ces tribulations! Elles sont encore, à tout prendre, assez légères et de bien peu de durée, et elles produisent, chez les âmes patientes, le poids éternel d'une sublime et incomparable gloire. Momentaneum et levé tribulationis nostrœ, supra modiim in siiblimitate œternum gloriœ pondus operatar in nobis. (II Cor., iv, 17).
1 14 • Mais la parfaite patience ne s'acquiert pas en un jour et, pour les âmes novices dont nous nous occupons , elles doivent y être amenées dou- | cément et suavement; il est important de ne pas ' les heurter. Aussi, quand elles exposent leurs griefs, quand elles découvrent leurs peines — et il faut au besoin provoquer ces confidences — le j directeur commencera par convenir qu'elles ont de trop justes sujets de mécontentement; il reconnaîtra le bien fondé de leurs plaintes; puis, quand il aura de la sorte sympathisé avec elles : « Tout
cela est vrai, ajoulera-t-il, il est pénible d'avoir à supporter de pareilles choses, et vous avez, humainement parlant, cent fois raison; mais nous chrétiens, raisonnons donc en chrétiens. Cet événement fâcheux , le bon Dieu l'a permis ; Il n'a pas voulu, comme II l'aurait pu, vous épargner cette épreuve ; pourtant II vous aime , c'est un bon Père qui désire vivement votre bien ; Il a donc vu en cela avantage et profit pour votre âme. » Et alors, s'il en est besoin, le directeur s'étendra sur cette doctrine capitale, si vraie et si difficile à faire accepter, de l'utilité des souffrances. Beati qui lagent : bienheureux ceux qui pleurent. La réponse sera presque toujours un acte d'assentiment, accompagné d'une nouvelle plainte : « Ce que vous dites est vrai ; mais mon épreuve n'en est pas moins bien dure. » « Oui, insistera-t-il , c'est bien dur, mais Dieu ne nous éprouve jamais au-dessus de nos forces ; ne vous laissez pas aller à l'abattement, faites quelques efforts et Dieu vous aidera à vous soumettre. Si vous ne vous sentez pas le courage d'accepter votre croix, demandez Lui de vous rendre plus fort, de vous accorder celte résignation qui vous manque. Ah ! si vous aviez prié avec plus de ferveur, si surtout vous étiez revenu à la charge
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sans vous décourager, faisant instance près du bon Maître jusqu'à ce qu'il vous ait communiqué cette énergie chrétienne qui vous fait défaut , vous seriez maintenant plus résigné, et vous diriez comme Notre-Seigneur : a Mon Dieu , que votre volonté soit faite et non pas la mienne. » Allons, ranimezvous, remontez votre courage et surtout priez. Et s'il vous échappe encore quelque plainte trop amère, quelque murmure, ne crojez pas tout perdu ; sans doute vous n'arriverez pas du premier coup à la résignation absolue ; dans ce cas, humiliez-vous, priez encore et efforcez- vous, une fois de plus, de faire acte de patience et de soumission. »
C'est là une des exhortations qui doivent revenir le plus souvent sur les lèvres du père spirituel, tant les épreuves jouent un grand rôle dans notre vie ; il n'est peut-èlre pas de service plus considérable à rendre aux pauvres âmes que de leur apprendre à bien porter leur croix.
Mais ce n'est guère qu'en prenant part à leur peine, en faisant voir qu'on en comprend toute l'amertume, en un mot, en montrant un cœur sensible et paternel, qu'on les persuadera d'être plus résignées. Ne seront-elles pas plus faciles à convaincre si elles voient que c'est dans leur
intérêt, par dévouement, par affection pour elles <]ue l'on s'efforce de leur apprendre à bien souffrir. Alors, elles comprendront que cette grande science de la souffrance est indispensable à leur bonheur, même en ce monde; que par leur peu de patience elles se rendraient malheureuses elles-mêmes ; enfin, qu'elles ne peuvent se flatter d'aimer le bon Dieu, si elles ne veulent rien souffrir pour Lui. Heureux le directeur qui sait faire vivement désirer à ses pénitents cette vertu de résignation qui les amène à l'estimer grandement et à la demander avec instance.
1 1 5 . Comment il faut encourager les âmes, — Nous nous sommes étendu un peu longuement sur cette question du renoncement, en raison de son importance et aussi de sa difficulté. Quelle que soit la forme sous laquelle on le recommande, qu'il s'agisse de la mortification active ou de la résignation, on ne l'obtiendra pas sans peine des commençants. Il faut, de toute nécessité, les soutenir elles encourager. Ecoutons, sur ce point, le sage P. Lallemant parlant de ces âmes novices : « Encouragez-les beaucoup dans les vicissitudes et changements qui leur arrivent. Blâmez-les aussi quelquefois avez prudence quand il y aura de leur faute, surtout quand la faute sera un peu
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notable; ne les laissez pourtant jamais aller sans les avoir encouraçés. C'est une conduite qu'on doit tenir généralement à l'égard des âmes qui sont encore tendres, de tempérer toujours l'aigreur de la réprimande par la douceur de l'exhortation. Car il faut donner à ces âmes tous les soulagements possibles ^ »
Aussi, quand on peut constater quelques efforts^^ quand on découvre que le pénitent s'est imposé quelque violence , ou bien a su accepter chrétiennement quelque tribulation, pour légère qu'elle fût, on doit s'en montrer heureux, l'engager à remercier Dieu, lui faire même quelquefois réciter en action de grâces quelque hymne de reconnaissance, le Magnificat par exemple. Par là on le rend plus confiant et, en augmentant sa confiance, on donne à ses bons désirs une ardeur nouvelle.
116. Les âmes en latte avec le péché grave. — Nous avons signalé chez les chrétiens dont nous parlons l'union étonnante de sentiments pieux et
* Doctrine spirit., 2^ Principe, sect. II, ch. vi. — C'est plutôt à des âmes déjà pieuses, mais peu avancées dans la piété, que s'adressent ces paroles du P. Lallemant ; à] plus forte raison ces conseils doivent-ils s'appliquer aux âmes dont nous parlons ici. — Cf. S. Ignace , Exercicesjpirit.y 7e annotation.
de faiblesses regrettables; ce qui est plus surprenant encore et ce qui n'est pas rare, c'est le mélange, dans une même vie, de dispositions vraiment bonnes et de fautes graves. La foi sera vive et ferme, l'âme éclairée connaîtra bien sa religion, sera attachée à ses devoirs, s'adonnera parfois avec une vraie ferveur à la prière et, malgré cela, elle succombera à des fautes honteuses. Elle se relèvera de ses chutes, se remettra au service de Dieu, gagnera de vrais mérites et retombera encore. Une inconstance si grande déconcerte les directeurs ; ils se demandent avec anxiété comment remédier à un pareil mal. Il est certain que chez ces pauvres âmes la foi est plus développée que la charité, et qu'un plus parfait détachement d'elles-mêmes pourra seul les guérir de leurs misères. Que l'on tienne compte cependant, pour ne pas les juger avec trop de sévérité, de la violence de la passion et de la rapidité de la chute qui, dans certain cas, prévient presque toute délibération et atténue grandement leur culpabilité ^
La responsabilité est moindre encore, parfois même elle est nulle, quand la névrose vient
* Cf. Saint Thomas, 1.2. q, 77, a. 6.
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rompre l'équilibre des facultés de l'âme; donnant une prédominance déplorable à la sensibilité et à l'imagination, et diminuant dans des proportions souvent insoupçonnées le rôle de la raison.
Le pauvre névrosé, tout en reconnaissant qu'il a agi dans certaines circonstances sous l'empire d'une vive surexcitation, prétend être demeuré pleinement conscient et maître de sa volonté, mais dans cette occasion il a, sans s'en douter, perdu en grande partie la liberté de ses actes.
En cas de doute, le degré de consentement doit s'apprécier, disent les théologiens, ex communiter contingentibas : dans le jugement qu'on porte sur ces actes, on doit s'en rapporter, quand la pleine délibération est douteuse, aux dispositions habituelles du pénitent.
Quoi qu'il en soit, quand on se trouve en présence de ces âmes, il importe, plus que jamais, de mener de front tous les moyens de perfection que nous avons indiqués, instance dans la prière et recours confiant à Marie, pratique énergique de la mortification , fréquentation exacte des sacrements. Mais ce qui donnera Je courage de soutenir vaillamment et avec constance ces pénibles combats contre des passions opiniâtres, ce sera surtout l'oraison et particuhèreraent la
méditation des fins dernières. « Beaucoup, dit saint Alphonse, jeûnent, récitent le chapelet, l'office de la sainte Vierge, et cependant restent pécheurs; mais il est impossible que celui qui est fidèle à l'oraison continue à vivre dans l'offense de Dieu. » (Praxis confess., n° 217, 122.)
^ If. La fréquentation des sacrements
117. « Sans moi, a dit Notre-Seigneur, vous ne pouvez rien faire. » Les divers moyens que nous avons indiqués jusqu'ici : prière, sanctification des actions ordinaires, renoncement, sont certainement excellents et d'une grande efficacité ; mais combien perdraient-ils de leur puissance, si l'on n'avait soin d'y joindre l'usage fréquent des sacrements.
Les sacrements sont les instruments de sanctification que Dieu, dans sa sagesse infinie, a choisis comme les mieux appropriés aux besoins de ses créatures. Ce serait être insensé de prétendre faire mieux que Dieu, et de préférera ces moyens divins les industries humaines. L'Eucharistie surtout doit être notre grande force, l'Eucharistie qui renferme le Principe de toute perfection et l'Auteur de toute sainteté. Ils doivent se nourrir de Jésus, ceux qui veulent vivre de la vie de Jésus.
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Venant souvent au dedans de leur âme, Jésus leur communiquera insensiblement et ses lumières, les formant à penser comme Lui, à juger comme Lui, et ses sentiments, les portant à aimer ce qu'il aime, à désirer ce que Lui-même désire, à repousser ce qu'il repousse. Ils deviendront de plus en plus semblables à Jésus.
ii8. Pour que la sainte communion produise ces heureux fruits, il faut qu'elle soit reçue fréquemment; c'est le désir de Notre-Seig-neur : Caro mea uere est cibiis. « Ma chair est véritablement un aliment. » Ce devait donc être, dans les desseins de Notre-Seig"neur , non un mets rare et d'apparat, mais la nourriture courante et ordinaire de nos âmes. Pour amener ses pénitents à recevoir souvent Notre-Seigneur, le directeur doit déployer tout son zèle et toute son habileté, surtout vis-àvis des âmes bonnes et bien disposées, mais qui ne veulent communier que de loin en loin. Il sera insinuant et à la fois pressant; il les félicitera de ce qu'elles font déjà, tout en les eng-ag-eant à faire plus encore. « Reg-rettez-vous , leur dira-t-il, les communions que vous avez faites? n'est-il pas vrai qu'au contraire vous êtes content de vous quand vous vous êtes approché de la Table sainte et que, si vous ne le faites pas plus souvent, c'est uni-
quement parce que vous craig^nez voire peine? Il vous en coûte un peu, et vous ne voulez pas vous imposer cette légère violence. Ah! si vous compreniez de quel bien vous vous privez, si vous saviez avec quelle bonté Jésus viendrait à vous, combien II est désireux de vous faire visite et de vous apporter ses dons, quelles invitations pressantes il vous adresse. A l'heure de la mort et pendant toute l'éternité, ne vous feliciterez-vous pas d'avoir reçu souvent le baiser de Jésus, d'être allé fréquemment puiser à la source de toute g-râce et de tout mérite? » Parochi partes eriint fidèles crebo adhortari ut... hoc sacramento nutriendœ animœ curam non abjiciant, dit le catéchisme du Concile de Trente. Oui, c'est le devoir des pasteurs de rappeler souvent à leurs ouailles le désir ardent qu'a Notre-Seigneur de se donner à ses enfants; ils doivent leur dire quel est sur ce point l'esprit de l'Eglise et dissiper les préjugés qui font encore trop souvent regarder la communion fréquente, et même hebdomadaire, comme une pratique de perfection ne convenant qu'à quelques âmes d'élite, tandis qu'elle devrait être, au moins la communion hebdomadaire, la pratique normale des fidèles.
N'en était-il pas ainsi dans les siècles aposto-
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liques et jusqu'à l'entrée du moyen âge. Alors la communion hebdomadaire et même, en bien des siècles et dans bien des pays, la communion fréquente n'était pas une exception; c'était le commun des chrétiens qui communiaient de la sorte. A cette époque de formation et de croissance, de luttes et de dangers, qui ressemble tant à la nôtre, l'Église aurait-elle pu conquérir le monde, si ses enfants, destitués de tout secours extérieur, en butte à tous les périls venant du contact avec les païens, n'avaient eu, pour se soutenir, le secours de la fréquente communion.
Le concile de Trente voudrait voir les fidèles communier sacramentellement toutes les fois qu'ils assistent à la messe ; or, l'assistance à la messe est obligatoire chaque dimanche. Ce vœu se comprend, si l'on réfléchit que nombre d'âmes chrétiennes ne peuvent surmonter les tentations et se maintenir en état de grâce qu'en communiant souvent.
119. A ceux qui ne communient qu'aux grandes fêtes on conseillera de le faire dans les solennités de moindre importance, par exemple aux différentes fêtes de la sainte Vierge ; quand ils auront été empêchés au jour même de la fête, on leur recommandera de venir aussitôt après, pour ne
pas se priver d'un si g^rand bien en remettant leur communion à la fête suivante. A d'autres on conseillera de communier chaque mois, chaque quinzaine ou chaque semaine. Un deuil, la mort d'un parent, d'un ami sera une occasion de faire approcher plus souvent de la Table sainte, puisque le plus grand service que l'on puisse rendre à ceux qui ne sont plus, c'est de prier et de communier pour eux. Les congrégations, les confréries comme celle du Rosaire et bien d'autres semblables, les Tiers-Ordres sont des moyens excellents pour amener les chrétiens à fréquenter davantage les sacrements.
On ne peut aussi qu'approuver les prêtres qui , pour habituer les jeunes âmes à l'usage plus fréquent de l'Eucharistie, leur font faire la communion des six dimanches en l'honneur de saint Louis de Gonzague. Les Souverains Pontifes ont encouragé celte dévotion, accordant à chacune de ces six communions, pourvu qu'elles se fassent six dimanches consécutifs, une indulgence plénière. On peut prendre occasion, pour conseiller cette excellente pratique, de quelque circonstance, comme serait par exemple l'approche d'un examen, l'entrée dans la vie du monde, ou une grâce importante à demander.
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Ceux qui auront ainsi communié six dimanches de suite seront plus aisément amenés à des communions régulières.
Notons encore une industrie, qui a réussi à plusieurs pour introduire la communion, pendant la semaine, dans un milieu où elle n'existait pas, et où des habitudes invétérées, le respect humain, les préjugés, semblaient rendre cette innovation difficile. On profite d'une époque favorable, comme le Mois de Marie, le Mois du Sacré-Cœur ou celui des âmes du purgatoire ; et, pour mieux célébrer ces temps bénis, chers à tout vrai chrétien, on propose, à ceux que l'on veut ainsi gagner, de s'entendre entre eux et de faire, à tour de rôle, la sainte communion les uns pour les autres, de façon à ce que, chaque jour, il y ait une ou plusieurs communions, à l'intention de la paroisse ou du pensionnat, du collège, de la congrégation, en un mot, de l'association dont il s'agit.
On recommande encore de célébrer, par la sainte communion, le jour de sa propre fête, de la fête d'un père, d'une mère, du pasteur, comme aussi les anniversaires du baptême, de la première communion et, suivant la sainte pratique enseignée par Notre-Seigneur Lui-même à la
Bienheureuse Mar§;^uerite-Marie, le premier vendredi de chaque mois.
120. Amener les fidèles à communier souvent ne suffit pas; il n'est pas moins important de leur apprendre à bien communier. Rien de meilleur pour cela, rien de plus recommandable que la pratique de saint Louis de Gonzag-ue ; elle consiste, comme chacun sait, à partager en deux l'intervalle qui sépare les communions, consacrant les premiers jours à l'action de grâces et les autres à la préparation. Cette pensée, qu'on a reçu ou qu'on va recevoir Jésus, n'est-elle pas un stimulant puissant à vivre en vrai chrétien, et, d'autre part, les communions ainsi préparées ne porteront-elles pas les meilleurs fruits?
Sans rien ajouter de spécial, les diverses pratiques que nous avons indiquées précédemment : prières, offrande de ses œuvres, fidélité au renoncement chrétien peuvent être employées dans cette vue ; une simple direction d'intention en fera des actes préparatoires à la sainte communion ou des moyens d'actions de grâces. Ainsi, l'Eucharistie sera le centre vers lequel converg-era tout le reste; la réception de ce divin Sacrement sera bien plus sanctifiante, comme aussi toutes ces bonnes œuvres recevront de la sainte communion une
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plus grande efticacilé et un plus haut mérite. Les âmes dont nous nous occupons en ce moment doivent, d'après les règ^les communément suivies par les théologiens, être admises à la communion hebdomadaire; et celles, parmi elles, qui montrent de la bonne volonté, qui se préparent, de la façon que nous venons d'indiquer, à la réception de ce divin sacrement, peuvent, d'après les mêmes règles, être admises et même encouragées à communier en outre dans le courant de la semaine ; en eifet, elles vivent comme vivent les bons chrétiens, elles s'adonnent aux pratiques de piété et ne succombent guère aux fautes vénielles pleinement délibérées^.
Article III. — Résumé des moyens de direction