‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 3)Chapitre 48 sur 69 · DIVINE · texte numérisé non relu

DIVINE

§ I. L'inspiration divine en général

262 . « C'est le propre de Dieu et de ses Anges,, lorsqu'ils agissent dans une âme, d'en bannir le trouble et la tristesse que l'ennemi s'efforce d'y introduire, et d'y répandre la véritable allégresse et la vraie joie spirituelle. Au contraire, c'est le propre de l'ennemi de combattre celte joie et cette consolation intérieure par des raisons apparentes, des subtilités et de continuelles illusions.

« Le bon Ange a coutume de toucher douce-^ ment, légèrement et suavement l'âme de ceux qui font chaque jour des progrès dans la vertu ; c'est, pour ainsi dire, une goutte d'eau qui pénètre une éponge. Le mauvais ange, au contraire, la touche durement, avec bruit et agitation, comme l'eau qui tombe sur la pierre. » (Saint Ignace, Exerc. spir., Discernement des esprits.)

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Si l'inspiration de faire ou d'omettre une chose n'a été précédée d'aucune considération ou réflexion, si elle s'est présentée à l'esprit tout à coup, au moment où l'on n'y pensait pas, et quand rien n'y faisait songer, on peut présumer qu'elle vient de Dieu^ La nature ne procède pas si brusquement. Dans ce phénomène habituel à l'esprit humain, que les psycholoi^ues modernes nomment l'association des idées, il y a toujours une liaison entre les deux idées qui se suivent; elles s'appellent par quelque rapport, et la rêverie en apparence la plus incohérente n'est point exempte de quelque enchaînement naturel. Quant au démon, il ne peut agir directement que sur les sens internes ou externes; pour atteindre la volonté, ou bien il proposera des objets à l'imagi-

' Ce n'est qu'une présomption, ce n'est pas un indice suffisant pour qu'on en tire une rèc;-le de conduite absolue. Sainte Thérèse parlant des paroles intérieures |Ce Dem. , chap. m) dit qu'on reconnaît à divers signes qu'elles ne viennent pas de l'imagination, entre autres à celui-ci : <( Souvent l'àme ne pensait pas à la chose qui lui est dite et l'inspiration lui vient comme hors de propos, parfois même pendant qu'elle est en conversation ; ou bien celte parole intime répond à des pensées qui ne font que lui traverser l'esprit, ou qui sont même passées, souvent à des choses auxquelles elle n'a jamais songé ; elles ne peuvent donc être l'œuvre de l'imagination. »

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nation, ou bien il remuera les passions'. Il peut, il est vrai, agir brusquement mais, comme nous l'avons dit, on reconnaît facilement le tentateur au trouble et à l'inquiétude qu'il produit.

Ainsi l'opération divine, et elle seule, atteint directement la volonté. Quand Dieu agit de la sorte sur la volonté et que l'action humaine ne vient point troubler l'action divine, l'élan qu'on éprouve est un élan suave, qui tend plutôt à Dieu qu'à l'objet spécial dont il s'occupe, et l'esprit demeure en repos, ou du moins son action est calme et modérée. Quand, au contraire, le mouvement vient de la nature ou du démon, ce sont les autres facultés qui sont directement atteintes; l'imag-ination s'embrase, l'intelligence devient très active, les idées se succèdent et se pressent, les raisonnements abondent et la volonté ainsi excitée poursuit l'objet de son désir avec raideur et souvent avec obstination^.

203. Telles sont les règles principales données par les auteurs ascétiques pour le discernement des inspirations divines. Il arrive assez souvent aux âmes pieuses de poser cette question : « Il

' Cf. Ibid., 2»" et 8e règles, 2e semaine. * Voir Libermann, Lettres, 12 novembre i84i, 12 décembre 1841, 3i décembre i84i, 22 octobre 1846.

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m'est venu à l'esprit telle pensée, dois-je la regarder comme une inspiration de la grâce et y conformer ma conduite? » Pour répondre sainement à cette demande, voici, en résumé, ce qu'il faut considérer.

i** L'œuvre à laquelle on se sent porté est-elle bonne en elle-même?

2° Est-elle prudente et sage, c'est-à-dire n'esteile point un obstacle à un plus grand bien, ou n'entraînerait-elle point quelque conséquence fâcheuse ?

3" L'intention, c'esl-à-dire le but visé, est-il saint, les motifs qui pressent d'agir sont-ils surnaturels? C'est en effet le niolif qui spécifie l'acte, c'est l'intention qui fait la valeur de nos œuvres.

4° Cette œuvre respire-t-elle l'abnégation, la charité? En effet, ce qui vient de la nature dénote toujours une certaine recherche de soi-même. La marque la plus sure de l'abnégation est l'indifférence parfaite et la dis()Osilion où l'on est d'accomplir en tout et toujours la volonlé divine, n'attendant qu'à la connaître pour prendre une décision.

5'' Enfin, l'inspiration est-elle accompagnée de paix, de confiance en Dieu ? « Une des meilleures marques de la bonté de toutes les inspirations, et

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particulièrement des extraordinaires, c'est la paix et la tranquillité du cœur qui les reçoit : car l'Esprit divin est vraiment violent, mais d'une violence douce, suaveet paisible. y>i Amour de Dieu, \ui, 12.)

6° S'il s'agit de choses importantes, l'attrait est-il durable et constant? Les inclinations, désirs, projets, qui sont le fruil de Timag-ination , participent au caractère de celle faculté essentiellement mobile et chang^eanle, ils passent ou se modifient bien vite. Il en est de même des suggestions diaboliques, car elles se font, avons-nous dit, par l'intermédiaire de l'imagination.

254. Sainte Chantai s'était mise sous la direction de saint François de Sales; inquiète de savoir si dans cette affaire elle avait obéi à la voix de la grâce ou si elle s'était laissée conduire par un instinct purement humait) , elle faisait part de ses doutes au saint évêque. Or voici la réponse pleine de sagesse qu'elle reçut.

« Le choix que vous avez fait a toutes les marques d'une bonne et légilime élection; de cela n'en douiez plus, je vous supplie. Le grand mouvement d'esprit qui vous y a portée presque par force et avec consolation, la considération que j'y ai apportée avant d'y consentir; ce que ni vous ni moi ne nous en sommes pas fiés à nous-mêmes.

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mais y avons appliqué le jugement de votre confesseur bon, docte et prudent; ce que nous avons donné de loisir aux premières agitations de votre conscience pour se refroidir, si elles eussent été mal fondées; ce que les prières non d'un jour ni de deux, mais de plusieurs mois ont précédé, sont indubitablement des marques infaillibles que c'était la volonté de Dieu.

« Les mouvements de l'esprit malin ou de l'esprit humain sont bien d'autre condition. Ils sont terribles et véhéments, mais sans constance. La première parole qu'ils jettent à l'oreille de l'âme <jui en est agitée, c'est de n'ouïr point de conseil, ou si elle en ouït, que ce soient des conseils de ^ens de peu et sans expérience. Ils pressent, ils ■veulent qu'on trousse marché avant <jue de l'avoir iraité, et se contentent d'une courte prière, qui ne sert que de prétexte pour établir les choses les plus importantes. )> [Lettre du i4 oct. i6o4-)

255. Telle est donc la marche à suivre dans les affaires importantes : il faut autant que possible ne pas prendre à la hâte une décision, se donner le temps de prier Dieu, de consulter des gens vertueux et prudents, et de laisser apaiser l'impression première qui, si elle est naturelle, tombera d'ordinaire assez vile.

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Après cela, pour êlre plus sûr de suivre la volonté divine, on renoncera à toute considération naturelle, on se placera dans une indifférence complète, de façon à dire en toute sincérité, comme saint Paul : Domine, quid me visfacere? Seig^neur, je n'ai qu'un désir, c'est de faire votre volonté.

De la sorte, on parviendra à agir purement pour Dieu, à obéir uniquement à l'impulsion de l'Esprit-Saint et à donner à ses oeuvres un plein mérite, et cela même dans les cas où la nature et la g'ràce tendent au même but et inspirent les mêmes desseins.

256. Ecoutons encore là-dessus saint François de Sales : " Quand la prudence humaine se mêle de nos desseins, il est malaisé de la faire taire, car elle est merveilleusement importune et se fourre ardemment et hardiment en nos affaires malgré nous.

« Que faut-il faire là-dessus, afin que l'intention soit purifiée ? Regardons si notre dessein peut être lég-itime, juste et pieux, et s'il le peut êlre, proposons et délibérons de le faire, non plus pour obéir à la prudence humaine, mais pour en icelui accomplir la volonté de Dieu.

« Si nous avons une fille, par exemple, que la

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prudence humaine dicte devoir être colloquée en relii^ion, pour quelque raison de l'état de nos affaires, or sus nous dirons en nous-mêmes, je ne dis pas devant les hommes, mais devant Dieu : 0 Seig-neur, je vous veux offrir cette fille, parce que telle qu'elle est, elle est la vôtre; bien que ma prudence humaine m'incite et incline à cela, si esl-ce, Seig^neur, que si je savais que ce ne fût pas aussi voire bon plaisir, malgré ma prudence inférieure, je ne le ferais nullement, rejetant en cette occasion ladite prudence, que mon cœur sent, mais à laquelle il ne désire point consentir, et, embrassant votre volonté, que mon cœur n'aperçoit pas selon son sentiment, mais à laquelle il consent selon sa résolution... Et cela fait, laisser clabauder la prudence humaine tant qu'elle voudra : car l'œuvre ne sera plus la sienne, et vous lui pourrez dire, comme les Samaritains dirent à la Samaritaine, après qu'ils eurent ouï Notre-Seigneur : « Ce n'est pas meshuy pour ta parole que nous croyons, mais parce q«ie nousmêmes l'avons vu et entendu. »

(( Ce ne sera plus pour la prudence humaine, bien que ce soit elle qui ait excité la volonté, que vous ferez cette résolution , mais parce que vous

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avez connu que Dieu l'aurait ag^iéable ; ainsi par l'infusion de la volonté divine, vous corrigerez la volonté hunnaine. » {Lettre à une Dame. Edition Briday, t. VI, p. 389.)

267. Dans les choses de moindre importance, ce serait une erreur de vouloir longuement délibérer.

« Es menues actions journal ères, esquelles même la faute n'est ni de conséquence, ni irréparable, qu'est-il besoin de faire l'embesogné, l'attentif et rempêché à faire des importunes consultations? A quel propos me meltrai-je en dépense pour apprendre si Dieu aime mieux que je dise le Rosaire ou l'Office de Notre-Dame, puisqu'il ne saurait y avoir tant de ditférence entre l'un et l'autre qu'il faille pour cela faire une grande enquête ? que j'aille plutôt à 1 hôpital visiter les malades qu'à vêpres; que j'aille plutôt au sermon qu'en une église où il y a indulgence? Il n'y a rien pour l'ordinaire de si apparemment remarquable en l'un plus qu'en l'autre, qu'il faille pour cela entrer en grande délibération. Il faut aller tout à la bonne foi et sans subtilité en telles occurrences et, comme dit saint Basile, faire librement ce que bon nous semblera pour ne point

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laisser noire esprit perdre le temps et nous mettre en danger d'inquiétude, scrupule et superstition. » {Traité de V Amour de Dieu^ viir, i^.)

258, Un des sujets les plus fréquents de préoccupations et d'inquiétudes pour les âmes pieuses, ce sont les sacrifices qui se présentent à elles; souvent elles ne savent si elles doivent les accomplir. D'une pîut, en effet, elles sont portées à pratiquer le renoncement toutes les fois qu'il est possible ; d'un autre côté, elles se demandent s'il est sag-e de prendre en toute occasion le contre-pied de leurs idées et de leurs volontés : est-ce bien toujours l'Esprit de Dieu qui les pousse dans cette voie? n'y a-t-il point crainte pour elles d'excéder et de commettre de réelles imprudences?

Pour résoudre ces doutes, il faut se reporter aux règles de saint Ignace, données plus haut, et, pour savoir si les remords que l'âme ressent après avoir suivi le parti de la nature viennent de Dieu ou de l'ennemi, on doit examiner avant tout quelle est la disposition habituelle de cette âme. Si elle est pleine de foi, mais encore trop sensuelle et immortifiée, l'Esprit de Dieu lui reproche certainement, par des inspirations intérieures, son amour d'elle-même et son attachement excessif à sa volonté propre ; ce sera donc faire écho à

l'Esprit-Saint que de l'encourager à la mortification et au sacrifice.

Mais, s'il s'ag^it des âmes d'une entière bonne volonté, « de ces personnes qui travaillent courageusement à se purifier de leurs péchés », les inspirations de la grâce sont bien plus douces et suaves : « C'est pour ainsi dire une goutte d'eau qui pénètre une éponge » (V. Supra, n. 252.), y entrant sans secousse et comme insensiblement. Si donc ces personnes se sentent troublées, inquiètes, ces troubles, ces angoisses ne procèdent pas de Dieu ; ils viennent ou de la nature ou de Satan. Il faut donc s'en défier et ne pas se laisser entraîner dans la voie du sacrifice au-delà des limites de la prudence chrétienne. Non pas qu'on doive cesser de regretter ses faiblesses et abandonner la sainte vertu de mortification, mais on doit la pratiquer, selon le mol de saint François de Sales, « rondement, à la bonne franquette », tout en s'humiliant quand on y manque, et en se promettant toujours d'être plus fidèle à l'avenir.

269. Ce sont là les conseils que donnèrent à M'"^de laMaisonfort ses deux illustres directeurs : « En me conseillant de me livrer à ces petits sacrifices, on — c'est de Fénelon qu'elle parle — on m'a prescrit les bornes qu'ils doivent avoir,

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comme de ne rien faire contre l'édification, à plus forte raison contre la charité, le secret; de ne pas même suivre certains instincts qui pourraient aller à des choses trop fortes et qui iraient à me faire croire insensée, que Dieu ménage trop ma faiblesse pour rien exiger de semblable de moi, et qu'enfin l'obéissance me mettrait à couvert de tout ce qui irait au-delà de certaines simplicités qui ne peuvent jamais aller à l'éclat, ni me rendre inutile à l'œuvre de ma vocation. On m'a dit de plus, lorsque je ne discerne pas bien si c'est une simple pensée de l'esprit ou un mouvement de grâce qui me porte à ces petits sacrifices, de décider, dans le doute, en ma faveur, et de supposer que tout ce qui me vient avec inquiétude et par réflexion vient de mon scrupule et point de l'Esprit de Dieu. »

Bossuet, à qui ces lignes étaient adressées, approuva pleinement cette doctrine. Dans une autre lettre, Bossuet lui écrivait : « En général il est bon de faire ces petites choses parce qu'on obtient par là la grâce d'en faire de plus grandes, mais dès que cela vient avec trouble, il est mieux de le laisser; la paix est préférable à ces petits sacrifices ,^ qui se peuvent faire ou laisser. »

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