‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 3)Chapitre 49 sur 69 · En résumé, si l'âme vraiment fervente · texte numérisé non relu

En résumé, si l'âme vraiment fervente

habituée à la mortification, demeure parfois en. balance, se demandant si elle ferait sagement de s'imposer tel sacrifice dont l'occasion se présente, qu'elle ne cherche pas à se raidir contre elle-même, ce qui serait ag^ir par activité naturelle et non par le mouvement de la g^race. Elle devra plutôt se mettre dans l'indifférence, protester qu'elle ne veut rien de contraire à la volonté divine, demander amoureusement à Dieu de venir au secours de sa faiblesse et attendre en paix que les circonstances lui indiquent, le moment venu, la conduite à suivre; et tout cela sans trouble, sans empressement, rondement et aimablement. Celte manière de faire est plus humble et certainement plus conforme à ce que Dieu demande d'elle.

Il est, en effet, de saints désirs, ne tendant qu'à la gloire de Dieu, ayant toutes les marques de l'inspiration divine, et que Dieu, cependant, ne veut pas voir accomplir. « Il veut alors que nous profitions, pour noire sanctification, du seul désir qu'il nous a donné, et cela produit parfois plus de bien dans nos âmes que si, avec la g-râce divine, nous avions réalisé ce désir. » (Vén. Libermann. Lettre du 24 janvier 1842.) Ainsi en est-il de certains désirs de mortification, de zèle, de dévouement, désirs partant d'un cœur sincère et

généreux, mais auxquels les circonstances s'opposent, ou que des événements ménagés par la Providence empêchent d'exécuter. « Ce qu'il y a à faire dans ce cas, c'est de se contenter de ses soupirs devant Dieu, sans vouloir absolument en venir à l'exécution, attendant que Notre-Seigneur nous fasse agir... Ces désirs (quand ils viennent vraiment de la grâce) produisent une grande humiliation, un grand anéantissement devant Dieu, une très grande ferveur d'esprit et de cœur, un parfait abandon à la bonté divine, et, dans ces âmes où Dieu agit par amour, ils opèrent cette langueur d'amour qui produit en nous une grande perfection. »

Si, au lieu de demeurer de la sorte entièrement soumis à l'action de la grâce, on v mêlait de l'empressement, si on cédait à l'impulsion inquiète de la nature, les effets seraient tout différents : « Un mal qui arrive souvent consiste en ce que les âmes, sentant celte impression du désir que la grâce divine excite en elles, agissent ensuite par ellesmêmes, se poussent et s'animent avec violence pour en venir à l'exécution. Elles vont plus loin que Xotre-Seigneur ne les pousse, et, ce qui est pire, même lorsque le Maître ne les pousse plus du tout, elles veulent toujours aller. Les résultats

de celle conduile ne sonl pas bons, au moins pour l'ordinaire. Tantôt elle excile l'amour-propre, l'ambition spirituelle, la présomption, etc., tantôt elle porte au décourag-ement, tantôt elle produit la contention, le trouble, l'inquiétude, le scrupule même. Dans tous les cas, cette conduite fait entrer l'âme dans une fausse voie, l'expose à des illusions et la met sous l'empire de l'imagination et de sa propre action, inconvénients graves et qui éloignent de Dieu. » (Vén. Libermann. Lettre du 24 janvier 1842.)

§ 2. La Vocation

261 . Nous avons donné les marques des inspirations divines; les plus importantes de ces inspirations sont celles que Dieu nous envoie pour nous faire connaître quel genre de vie nous devons embrasser. L'ensemble de ces grâces et de ces lumières constitue la vocation.

11 nous semble superflu de nous attarder sur la vocation à l'état séculier; l'absence d'aspirations ou d'aptitudes à un étal supérieur suffirait à l'indiquer comme un état voulu de Dieu, puisque c'est la voie commune, et que l'on doit y rester, si l'on ne se sent pas poussé par la grâce à un genre de vie plus parfait.

Que l'on soit appelé, en restant clans le monde, à tel état plutôt qu'à tel autre, c'est la Providence, par le cours régulier des événements ou par un goût naturel, qui le détermine.

Dieu incline en effet les âmes, par les attraits qu'il met en elles et par les aptitudes qu'il leur donne, à l'accomplissement des desseins de sa Providence. Notons seulement que, pour faire connaître les vues de Dieu, des attraits peu durables ou des répugnances faibles et momentanées ne prouveraient rien, tandis que des attraits ou des répugnances persistantes sont une preuve de sa volonté.

262. Ecoutons, pour ce qui regarde l'état du mariage, deux décisions de saint François de Sales.

« Puisque votre esprit n'est nullement en l'indifférence, mais totalement penché au choix du mariage, et que, nonobstant que vous avez recouru à Dieu, vous vous y sentez encore attachée, il n'est pas expédient que vous fassiez violence à une si forte impression par aucune sorte de considération; car toutes les autres circonstances n'ont point de poids au prix de cette forte inclination et propension que vous avez, laquelle, à la vérité, si

elle était faible et débile, serait peu considérable, mais, étant puissante et ferme, elle doit servir de fondement à la résolution. »

Le bon Saint voulait donc que, sur ce point comme sur les autres, on commençât par implorer le secours de Dieu, puis qu'on s'en rapportât à l'attrait intérieur comme sig'ne de la volonté divine; si l'attrait faisait défaut, il conseillait vivement de ne pas embrasser ce parti ; il recommandait surtout de ne pas l'embrasser à contrecœur. (( Hélas! écrivait-il, ces âmes qui ont une inclination toute partiale pour le mariage, pour heureux qu'il soit, y trouvent tant d'occasions de patience et de mortification qu'à grand'peine en peuvent-elles porter le fardeau ; et comment feriezvous, y entrant tout à fait à contre-cœur? En d'autres conditions, j'ai vu cent fois de l'allèg'ement,en celle-ci jamais. » (Letfreâu 3 1 mars 1620.) Tribulationem carnis liabebiint hiijusmodi ^ a dit saint Paul, parlant des époux : ils auront en partage beaucoup de tribulations. Que dire après cela des chrétiens qui s'engagent dans le mariage sans réflexion, par boutade ou par entraînement, et non pour accomplir la volonté de Dieu?

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