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La vocation à un état supérieur doit être

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surtout examinée avec soin^; donnons d'abord les marques de non-vocation, puis les signes positifs de l'appel divin.

Les marques de non-vocation sont l'existence de devoirs urgents et certains, incompatibles avec le genre de vie que l'on penserait à embrasser, et le défaut d'aptitude.

<( Si ton père ou ta mère ont une vraie nécessité de ton assistance pour vivre, il n'est pas temps alors de pratiquer le conseil de la retraite en un monastère. » (Saint François de Sales, Traité de l'Amour de Dieu, viii, 6.) C'est ainsi encore que le droit canon défend d'admettre à la profession religieuse ceux qui ont des dettes et que Ion placerait par là dans l'impossibilité de les acquitter.

Nous disons des devoirs pressants et certains : il ne faudrait pas s'arrêter, en effet, à des considérations purement humaines et refuser obstinément d'approuver une vocation, sous prétexte

* On ne doit point jug'er soi-même de sa vocation ; en cette matière, plus qu'en aucune autre, l'obéissance est nécessaire. Si même il arrivait que les supérieurs ou le directeur se trompassent dans l'examen de la vocation, Dieu ne refuserait pas ses grâces à celui qui aurait humblement obéi, tandis que celui-là s'exposerait grandement qui ne prendrait conseil que de lui-même dans une chose aussi grave.

que l'àme, qui se dit appelée, ferait beaucoup plus de bien dans un autre état que dans celui auquel elle aspire, dans la vie active, par exemple, que dans l'état contemplatif. Dans ce cas, il est sag-e, sans doute, de rendre l'épreuve plus longue et plus rigoureuse; mais si l'attrait persiste avec toutes les marques d'un attrait divin , il faut se rappeler que la sagesse de l'homme est toujours courte, que les jugements de Dieu sont bien différents des nôtres — non enim cogitationes meœ cogitationes vestrœ, neque viœ vestrœ viœ meœ (Isaïe, Lv, 7.) — et ne pas résister à l'Espril- Saint.

264. Le défaut d'aptitude est un signe de nonvocation, car quand Dieu destine une de 5es créatures à un genre de vie ou à une situation quelconque, sa Providence lui donne les moyens indispensables pour cette fin. Et cela est si vrai que, quand bien même l'attrait aurait toutes les marques d'un attrait inspiré de Dieu, en cas d'inaptitude on devrait n'en pas tenir compte; comme nous le disions plus haut, Dieu peut, pour la sanctification des âmes, leur inspirer des désirs dont il ne veut pas l'exécution. Remarquons-le toutefois, quand l'attrait sérieusement éprouvé se montre revêtu de tous les caractères d'un attrait

divin, il ne faut pas prononcer à la légère sur l'incapacité du sujet. Comme l'écrivait saint François de Sales à une Supérieure de la Visitation : « C'est pitié parfois comme on s'arrête en ces questions à des considérations purement humaines ; on dirait que la vocation se fait par l'artifice de la sagesse naturelle, tant on y mêle de finesse mondaine. Toujours les pauvres délaissés ont eu la bénédiction et la multiplication comme Lia, Anne et les autres. » {Lettre du 24 juillet 162 i.j Remarquons, en passant, que saint François de Sales dit la même chose de la fondation et de l'érection des monastères, et qu'on peut appliquer sa doctrine à toute sainte entreprise; combien de fois, quand il s'agit de ces œuvres qui ont pour but la gloire de Dieu , se laisse-l-on conduire par « la finesse mondaine » ; combien de fois s'appuie-t-on uniquement sur « l'artifice de la sagesse naturelle » !

Le bon Saint exprimait la même pensée à sainte Chantai : « Ma très chère Mère, sur cet article que vous m'écrivez de la réception des filles, il y a un extrême danger qu'on se jette trop sur la prudence humaine, qu'on ne se fonde trop sur la nature et trop peu sur la grâce de Dieu. J'ai peine d'empêcher qu'on ne considère la faiblesse de la

complexion et les infirmités corporelles. On voudrait qu'au festin il n'y entrât ni borg-ne, ni boiteux, ni malade. En somme, on a bien de la peine de combattre contre l'esprit humain pour l'abjection et pure charité. »

265 . Marque positive de vocation. — La vraie, la g-rande marque de l'appel divin, ou mieux l'appel divin lui-même, c'est donc l'attrait, c'est cette inclination mise par Dieu dans le cœur humain, cette grâce actuelle, prévenante et excitante, qui fait aspirer au g-enre de vie plus parfait auquel on est prédestiné de toute éternité.

Cet attrait ne se manifeste pas toujours de prime abord. La Providence divine, aussi variée que sage dans ses voies, peut ordonner les événements de façon à préparer l'accomplissement de ses desseins avant que l'attrait surnaturel soit bien manifeste; on la voit, par exemple, amener certains sujets au seuil du cloître ou à la porte du Séminaire, avant qu'ils aient ressenti un g-oût bien vif pour la vie qui va devenir la leur. D'ordinaire, c'est que ces âmes sont encore trop faibles, trop peu aimantes ou trop dissipées pour avoir l'attrait du sacrifice que suppose leur vocation : elles ont bien quelque pensée, quelque velléité de se donner à Dieu, mais l'amour des plaisirs et

^es jouissances terrestres couvre et étouffe ces sentiments; il y a loin de ces vag^ues aspirations aux désirs ardents, à l'attraction douce et fort( qu'éprouvent les cœurs généreux.

Mais s'il tarde à se manifester, l'attrait apparaîtra cependant , quand le détachement aura grandi, et que l'âme, purifiée, affranchie de ses tendances mauvaises, sera devenue plus apte à recevoir les inspirations de la grâce.

CARACTÈRES DE l'aTTRAIT DIVIN

266. L'attrait mis par Dieu dans le cœur de sa créature se distingue des faux attraits produits par la nature ou même par le démon, en ce qu'il est durable, paisible, surnaturel dans ses motifs et salutaire dans ses effets.

Durable. — Nous avons donné la persévérance comme une des marques les moins équivoques des inspirations divines, tandis que l'inconstance et la mobilité caractérisent les aspirations qui viennent de la nature ou des suggestions diaboliques.

Cette persistance de l'attrait n'exclut pas toutefois des tentations et des dégoûts momentanés, œuvre de la nature et du démon. Il n'est point

étonnant que la nature éprouve des répugnances à accomplir les sacrifices que Dieu demande d'elle : Non est subjecta, nec enini potesl^. Ce n'est point merveille non plus que le démon s'oppose à l'exécution d'un dessein qui tend directement à la gloire de Dieu et à la sanctification de l'àme. Il est, du reste, facile de distinguer si cet éloignement pour une vocation que l'on avait d'abord désirée, a une mauvaise origine : l'âme en effet, portée à la tiédeur, au relâchement, n'a plus alors la paix intime dont elle jouissait autrefois ; elle se sent mécontente d'elle-même.

Si donc l'attrait persiste tant que l'âme reste fervente, si les oppositions ou difficultés que rencontre la vocation ne diminuent point cet attrait, c'est un signe de la volonté de Dieu « puisqu'il continue son inspiration parmi tant de contradictions ». (Saint François de Sales. Lettre du 6 juillet 1612.)

267. Paisible. — Les inspirations divines, avons-nous dit, apportent avec elles paix et suavité, bien différentes des incitations de la nature, où l'imagination a toujours la plus grande part, et où, par conséquent, se trouve toujours une

^ La sagesse de la chair n'est point soumise à la loi de Dieu, et elle ne le peut. Rom, viii, 7.

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ag^ilation empressée et inquièle. L'attrait surnaturel laisse le cœur en paix, l'esprit en repos ; il ne eause point cet enthousiasme excessif et bruyant, qui dénote une imag^ination échauffée et qui ne veut pas voir les difficultés. Sous son influence, la volonté poursuit l'objet de ses désirs, non pas avec une raideur et une obstination pleine d'orgueil et d'illusion, mais avec une fermeté douce et calme ; elle est prête à affronter les obstacles qu'elle ne méconnaît pas, à accomplir les sacrifices dont elle prévoit toute l'amertume.

Il est bien vrai que le travail de l'imagination peut se joindre à l'opération de la grâce et que des mouvements d'amour-propre ou des représentations fantastiques peuvent se mêler aux inspirations de l'Esprit de Dieu ; il y a alors par moments certaines poussées d'enthousiasme, qui sont évidemment l'œuvre de la nature. On reconnaît que sous cette activité naturelle existe une impulsion réelle de la grâce, en ce que, dans les intervalles de repos, quand l'imagination est calme et le cœur tranquille, surtout dans les heures de recueillement et de prière, par exemple au moment de la communion , l'attrait continue avec les caractères que nous donnions plus haut. S'il était purement naturel et imaginaire, il tomberait

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brusquement pour reparaître ensuite, suivant ainsi le jeu de l'imagination, et, dans les moments de calme où la grâce agit seule, il n'y aurait plus goût de vocation ; à peine même si l'on y penserait.

268. Surnaturel dans ses motifs. — On distingue parfois l'altiait de raison el l'allrail d'inclination. Le premier, comme l'indique son nom, résiderait plutôt dans l'esprit que dans le cœur; il consisterait dans une résolution ferme et bien arrêtée de se donner à Dieu, déterminée par de puissants motifs. Le second serait plutôt instinctif et indépendant de toute espèce de raisonnement. A vrai dire, les choses ne sont pas si clairement tranchées et tout attrait surnaturel agit sur l'âme tout entière; cependant chez les uns l'intelligence, chez les autres le cœur, est plus vivement impressionné, et ces derniers ressentent un goût prononcé, une inclination vive, qui paraît peu raisonnée. Toutefois, même ceux-ci poursuivent un but; ils ont des motifs, plus ou moins avoués, mais réels, qui les font aspirer à un genre de vie plus parfait. Or, l'un des points les plus utiles à connaître pour juger de la valeur d'une vocation, est précisément la nature des motifs qui l'inspirent; sont-ils surnaturels, comme

la pensée d'assurer son salut ou de mieux procurer la gloire de Dieu, ils constituent une excellente présomption en faveur de la vocation, qui paraît bien, alors, l'œuvre de la grâce.

L'attrait, nous l'avons déjà dit, ne se manifeste pas toujours de prime abord revêtu de tous les caractères d'un attrait divin ; les motifs de vocation peuvent, au début, n'être pas très purs et très désintéressés. Ecoutons sur ce point saint François de Sales : « Quant à la vocation de celte damoiselle, je la tiens pour bonne, bien qu'elle soit mêlée de plusieurs imperfections... et qu'il serait désirable qu'elle fût venue à Dieu simple* ment et purement pour le bien d'être tout à fait à Lui. Mais Dieu ne tire pas avec égalité de motifs tous ceux qu'il appelle à soi ; ainsi, il s'en trouve peu qui viennent tout à fait à son service seulement pour être siens et Le servir. Entre les filles dont la vocation est illustre dans V Evangile , il n'y eut que la Madeleine qui vint par amour et avec amour ; l'adultère y vint par confusion publique, comme la Samaritaine par confusion particulière; la Chananée vint pour être soulagée en son affliction temporelle; saint Paul, premier ermite, âgé de quinze ans, se retira dans sa spelonque pour éviter la persécution , saint Ignace

de Loyola par la Iribulation, et cent autres. Il ne faut pas vouloir que tous commencent par la perfection ; il importe peu comme Ton commence, pourvu que l'on soit bien résolu de bien poursuivre et de bien finir... Il y a des âmes qui n'entreraient point à la relig^ion si le monde leur faisait bon visage, et que l'on voit néanmoins être bien disposées à mépriser la vanité du siècle. » {Lettre à une Supérieure de la Visitation, datée d'Annecy.)

Mais, s'il n'est pas parfait du premier coup, l'attrait se purifie à mesure que l'âme se montre plus fervente; elle devient alors et moins sensible à ces raisons d'ordre inférieur et plus désireuse des biens spirituels.

Remarque étonnante et pourtant vraie, il faut exiger un attrait plus fort d'une personne très fervente que d'une imparfaite. Quand une âme fervente est prédestinée à une vie plus parfaite, les appels de la grâce, que chez elle rien ne contrarie, se font toujours vivement sentir; s'ils étaient faibles, ils seraient par là même suspects.

Par ailleurs, les âmes ardentes ont facilement la pensée d'embrasser la vie religieuse sans qu'il y ait attrait véritable. Très désireuses de se dévouer entièrement au service de Dieu, craignant.

dans leur amour, de ne pas faire assez pour Lui, elles en viennent comme naturellement à se demander si elles ne devraient pas pousser l'immolation jusqu'au bout et sortir du monde. On voit bien, toutefois, qu'il n'y a pas là de vocation, car tout se passe dans l'esprit, et la volonté ne ressent pas cette action douce et forte qui marque l'opération divine; au milieu de leurs perplexités ces âmes demeurent indifférentes, et même elles gardent toujours cette persuasion intime qu'elles ne sont point faites pour la vie religieuse.

269. Salutaire dans ses effets. — Afriictibus eoruni cognoscetis eos : vous les distinguerez à leurs fruits. On reconnaît que l'attrait est l'œuvre de l'Esprit de Dieu aux effets excellents qu'il produit. Tandis que les vains projets, les velléités de vocation qui viennent de la nature ne produisent dans la conduite de la vie aucun résultat, tandis que les suggestions de l'ennemi ont toujours des conséquences fâcheuses, l'attrait divin, compris et accepté par une âme droite, porte à la ferveur, excite la piété, rend plus vigilant, plus humble, plus ardent au sacrifice. Si l'on voit une âme souhaitant vivement la vie religieuse ou le sacerdoce, prier assidûment pour y arriver, travailler généreusement à s'en rendre digne, c'est

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une marque excellente : un désir qui a pour effet de faire prier davantage et de rendre meilleur, ne peut être suggéré par le démon, ne peut venir que de Dieu.

En résumé, quand un directeur sera interrogé sur le sujet de la vocation, il devra tout d'abord faire attendre. Il répondra que celui qui sollicite une décision dans une question si délicate doit, avant tout, s'affermir dans la piété: il est en effet bien plus difficile chez une âme imparfaite de discerner les inspirations qui viennent vraiment de Dieu.

Non seulement il serait imprudent de donner de suite une décision, mais même il vaudrait mieux, croyons-nous, que le directeur ne parût pencher ni dans un sens ni dans un autre. Les idées de vocation peuvent n'être qu'un produit de l'imagination; dans ce cas, si le directeur s'y montrait trop favorable, il pousserait dans une voie funeste. Il peut se faire, au contraire, qu'un attrait réel et vraiment surnaturel soit combattu par ujie âme trop peu généreuse; si, sous couleur de l'éprouver, le père spirituel commençait par la rebuter, il la confirmerait dans ses résistances à la grâce et s'exposerait à empêcher l'accomplissement des desseins de Dieu. « Qu'on conseille

donc d'abord à ces âmes de ne pas se préoccuper trop de leurs pensées de vocation, de se préoccuper plutôt de leur sanctification, et de se tenir tranquilles là-dessus, abandonnant la chose entre les mains.de Dieu, mais qu'on ne leur défende pas absolument d'en parler et qu'on ne les repousse pas par la raillerie ou par des paroles dures; on peut les prévenir de veiller sur leur imagination, mais qu'on ne leur dise pas que leurs idées sont purement imaginaires. En agissant ainsi on verra que ceux qui n'avaient pas une vocation réelle oublieront peu à peu leur projet, parce qu'un mouvement imaginaire ou un attrait naturel, qui n'est pas nourri et entretenu sans cesse par quelque chose de nouveau, ne se soutient pas, tandis qu'une vocation vraie persévère. Je dis même que, lorsqu'un goût de vocation produit évidemment un bien spirituel dans une âme, si cela la porte à renoncer à elle-même, il faudrait lui donner quelque espérance dès le commencement et lui dire un mot de temps en temps, veillant cependant pour ne pas mettre en train l'imagination. » (Vén. Libermann. Lettre du i5 décembre i835 à un directeur de séminaire.)

Quand même ceux qui manifestent ces goûts de vie parfaite auraient encore de grandes imper-

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feclions, il ne faudrait pas conclure à une nonvocation, s'ils sont décidés à combattre; « car, enfin, qui ne voudrait recevoir que les esprits avec lesquels il n'y eût point de peine, les relig^ions (ordres religieux » ne serviraient guère au prochain puisque ces esprits-là feraient presque bien partout ». {Lettre de saint François de Sales à sainte Chantai, du i3 mai 161 5.)

Quand le pénitent aura donné des preuves de persévérance, que ses bonnes dispositions se seront consolidées, que, de concert avec son directeur, il aura sincèrement prié pour connaître sa vocation, alors il faudra l'engag-er à se mettre dans une sainte indifférence, prêt à faire ce que Dieu voudra : « Parlez, Seigneur, votre serviteur écoute; il n'attend qu'un signe de votre main, qu'un mot de votre bouche, Paratum cor meum Deus, mon cœur est prêt, ô mon Dieu, prêt à tous les sacrifices, car il compte sur la puissance de votre grâce. »

Quand le pénitent sera dans ces excellentes dispositions, il deviendra facile de reconnaître aux marques ci-dessus données si sa vocation est surnaturelle, et il ne restera plus au directeur que la douce tâche de l'encourager à suivre fidèlement l'appel de Dieu.

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