On le voit, les âmes affectives peuvent
être impressionnées bien diversement : les unes penseront davantage à Xotre-Seig-neur, le suivant dans ses mystères, d'autres l'envisagent dans la sainte Eucharistie, d'autres songent surtout à leurs besoins spirituels, celles-ci à leur vie passée dont elles déploreront les égarements, celles-là au salut du prochain, etc. « Le grand soin dun directeur^ dit encore le Vén. Libermann, est de discerner ces différents attraits des âmes, de les favoriser en tout, de leur parler dans le sens de cet attrait et de bien se garder de les en détourner, ou de leur inspirer un autre objet. Si cet attrait est moins parfait que ce que conçoit le directeur, cela ne fait rien : l'âme y doit rester. » (Ecrits, p. i65.)
282 . Le lecteur se demandera peut-être si ces oraisons décrites par le Vénérable Libermann ne sont pas déjà des oraisons contemplatives, comportant les éléments mystiques. Le Vénérable semble ne pas le croire; il n'y aurait là, d'après lui, que des impressions sensibles; l'âme n'y recevrait donc pas les lumières supérieures de la foi, fruit du don d'intelligence; elle n'éprouverait pas non plus l'action directe du Saint-Esprit sur la volonté, qui caractérise l'oraison contemplative et mystique; elle n'aurait alors pas plus de lumières que celles qu'on peut acquérir par le rai-
sonnement appliqué aux vérités de foi, et l'amour ne serait pas infus, mais obtenu par les réflexions, aidé seulement par les impressions sensibles qui l'accompagnent.
Il est certain que l'on rencontre parfois ces oraisons ardentes chez des personnes encore novices dans la ferveur et peu dégagées du sensible, n'ayant point passé par les aridités qui purifient l'àme et l'introduisent, si elle est fidèle, dans l'état mystique. Ces oraisons ressemblent beaucoup à celles des contemplatifs, car comme le montre le Vén. Libermann, ces âmes sont poussées par la grâce plutôt qu'elles ne s'excitent elles-mêmes; elles sont plus passives qu'actives. Il semblerait donc qu'il leur est donné au moins quelques grâces mystiques, et nous croyons qu'il serait difficile de prouver qu'elles n'en reçoivent aucune.
Cependant il est vrai de dire que, chez ces personnes, la grâce ne pénètre pas profondément; «lie agit surtout sur la surface de l'âme et la partie sensible. On le voit aux sentiments qu'elle excite plus véhéments, mais moins solides et durables que ceux des vrais contemplatifs, aux jouissances qu'elle produit, moins profondes que la satisfaction et la paix intime que procure la contem-
plation; on le voit surtout aux épreuves, que ces personnes ne supportent pas encore avec vaillance et fermeté; elles étaient g^énéreuses, enthousiastes sous l'influence de ces g-râces pressantes, mais quand les impressions sensibles cessent, la nature reprend son empire et ces âmes se retrouvent avec leur faiblesse. Plus tard, quand elles auront étépendant un temps assez long sevrées des consolations, quand elles auront courageusement lutté et supporté avec foi, confiance et amour les épreuves de la voie contemplative, n'attendant plus pour prier et pratiquer la vertu le concours de l'appétit sensible, mais habituées à agir par la partie suprême de leurs facultés les plus nobles, elles seront plus fortes et plus constantes. Alors dans les moments consacrés à l'oraison, la grâce d'ordinaire moins violente, mais plus intense, les pénétrera davantage; elle versera jusque dans le fond de l'âme des lumières et des impulsions d'amour qui les uniront intimement à Dieu; alors leur oraison sera, à n'en pas douter, une oraison mystique et contemplative.
Ces notions données, les règles pratiques ai l'oraison affective seront faciles à déduire.
ft
REGLES PRATIQUES ^ô^