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CHAPITRE II Règles pratiques de l'oraison affective

§ I . Préparation

283. Comme les personnes dont nous parlons, les plus ferventes surtout, ont souvent l'esprit rempli de préoccupations toutes spirituelles, elles sont parfois tentées de prendre cette disposition de leur âme pour une préparation suffisante. Elles penseront par exemple aux moyens de prog-resser elles-mêmes, ou d'aider les autres à prog-resser dans le bien; ce sont là de bonnes pensées, mais qui ne suffisent pas à établir l'âme dans l'état d'oraison; elles mèneraient plus vite à des rêveries pieuses qu'à une vraie prière. Il faut donc toujours se mettre en esprit aux pieds de Dieu, dans une attitude de respect et de supplication.

Cette préparation sera plus ou moins longue, exigera plus ou moins d'efforts selon les circonstances. « Il vous arrivera quelquefois qu'incontinent après la préparation, votre affection se trouvera tout émue en Dieu : alors, Philotée, il lui faut lâcher la bride, sans vouloir suivre la méthode que je vous ai donnée ; car, bien que pour l'or-

dinaire la considération doit précéder les affections et résolutions, si est-ce que, le Saint-Esprit vous donnant les affections avant la considération, vous ne devez pas rechercher la considération, puisqu'elle ne se fait que pour émouvoir l'affection. Bref, toujours quand les affections se présenteront à vous, il les faut recevoir et leur faire place, soit qu'elles arrivent avant ou après toutes les considérations... Ce que je dis non seulement pour les autres affections, mais aussi pour l'action de grâces, l'offrande et la prière qui se peuvent faire parmi les considérations, car il ne les faut non plus retenir que les autres affections, bien que, par après, pour la conclusion de la méditation, il faille les répéter et reprendre. » (Vie dévote, ii, 8.)

« Quand on veut avoir du feu, disait saint Vincent de Paul à ses prêtres, l'on se sert d'un fusil, on le bat, et aussitôt que le feu s'est pris à la matière disposée, on allume de la chandelle : et celui-là se rendrait ridicule qui, ayant allumé sa chandelle, continuerait de battre le fusil; de même, quand une âme est assez éclairée par les considérations, qu'est-il besoin d'en chercher d'autres et de battre et rebattre notre esprit pour multiplier les raisons et les pensées? Ne voyez-

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VOUS pas que c'est perdre le temps, et qu'alors il faut s'appliquer à enflammer la volonté?» (V. Sa vie, par Abelly.)

§ 2. Corps de l'oraison

284. Les sujets qui conviennent aux âmes varient selon leur attrait particulier. C'est une grande erreur de beaucoup d'âmes pieuses de vouloir, comme des débutants , suivre pas à pas leurs Hures de méditation, et de tenir strictement aux pensées et affections qui leur sont suggérées, et qui, parfois, ne répondent nullement ni à leurs dispositions ni à leurs besoins. « Comme des animaux attachés à un pieu ne peuvent aller que jusqu'où leur corde se peut étendre, et ne font après que tournoyer avec ennui, ainsi ces personnes se lient à certain nombre de points avec telle attache que c'est pitié de les voir... Celui-là ne serait pas familier avec un homme qui, l'allant voir, préparerait trois points à lui proposer, sans en oser sortir, et même ce lui serait une continuelle géhenne de se tenir renfermé dans ce discours prémédité. Mais la familiarité veut qu'après avoir représenté votre affaire, si vous en avez, vous traitiez en propos libres et affectueux, et suivant l'ouverture que vous en donne la bonté

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de celui avec qui vous traitez. » (Surin. Catécfi^ spir., t. I, 2^ partie, ch. ii.)

Les personnes pieuses, déjà familières avec Nolre-Seig'neur, ne doivent pas se rendre à ce point esclaves de leurs livres de méditation et des sujets qui leur sont proposés. Qu'elles s'appliquent surtout aux points fondamentaux de la perfection chrétienne : l'amour de Nolre-Seig'neur, le recueillement, la patience, le détachement ; qu'elles se servent, pour aviver leurs désirs et rendre plus ferventes leurs demandes, ou des exemples des Saints, ou des livres de piété qui les touchent davantag-e, ou, ce qui sera toujours le meilleur, des mystères de la Vie et surtout de la Passion de Jésus-Christ.

Ainsi elles choisiront les sujets les plus pratiques, s'altachant de préférence aux considérations qui les émeuvent le plus et les rapportant toujours à leurs besoins particuliers.

285. C'est ce qu'enseigne très justement le P. Surin : « L ame touchée de Dieu voit et connaît que sa principale affaire est son amendement ; pour l'obtenir elle juge que deux ou trois choses lui sont absolument nécessaires, savoir : la récollection, la mortification de ses passions et appétits et le dégagement du cœur de toutes les

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créatures. D'abord qu'elle est à l'oraison, après s'être mise en la présence de Dieu et après avoir conçu le désir de Lui plaire, elle s'en va, ainsi que nous l'avons dit, de tout son poids, à voir et goûter combien lui est nécessaire le recueillement : elle creuse cela, pensant aux moyens, aux occasions, aux empêchements d'un tel bien; elle le désire elle demande à Dieu très instamment : sur cela elle fait des propos très fervents et ne quitte point cette matière qu'elle n'en soit rassasiée pleinement. Après cela, elle peut prendre un autre sujet, qui est la mortification, voir et pénétrer le bien qui lui revient de mourir à ses passions, appétits, goûts et satisfactions, s'affectionner et enflammer à ce bien, considérer en quelles occasions cela se peut pratiquer, et, par ce moyen, croître en la vraie mort à soi-même.

« Outre cela, cette âme se doit appliquer au dégagement des créatures, se mettant devant Dieu avec un dessein de sedénuer absolument de tout ; alors elle doit penser quelle chose il y a au monde qui peut engager son cœur et son affection : d'abord l'Esprit de Dieu, qui est bon et fidèle, lui montrera l'attache qu'elle a à son honneur, à ses commodités, à ses emplois, à telle ou telle personne qu'elle aime. Si cette âme, quia

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telles vues en son oraison, est bonne, elle dira : Mon Seigneur, je vous donne tout cela ; elle fera cent actes de renonciation, pensera aux moyens de s'en déprendre tout à fait et tant de fois dira qu'elle n'en veut plus, qu'enfin elle s'en trouvera quitte. Voilà la bonne méthode de faire oraison ; ceux qui font autrement et prennent à chaque jour différents objets, s'affeclionnant tantôt à une chose, tantôt à l'autre, et, sautelant ainsi de branche en branche, ne font pas un profit si important comme ceux qui s'attachent à ces fondements de la vie spirituelle, les pesant et goûtant plusieurs mois et années, et qui, par ce moyen, se trouvent enfin en possession des points principaux de la doctrine de Xotre-Seigneur, et, un jour qu ils n'y penseront pas, ils se trouveront tout à fait riches en esprit, et Dieu les élèvera à de plus grands biens et à une plus haute manière d'oraison. » [Catéch. spirit., t. II, y*' partie, ch. i.) 286. C'est là, dit le P. Surin, la meilleure méthode doraison pour les personnes « entièrement résolues à ne rien refuser à Dieu, mais qui ont néanmoins encore des imperfections à corriger et des vertus à acquérir » ; ce sont là celles que nous appelons, dans cet ouvrage, les âmes ferventes. Quant à celles « qui ne sont pas ainsi déter-

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minées, mais sont véritablement lâches, ne voulant qu'à demi, et traînant dans des imperfections qu elles ne combattent guère courageusement — c'est cet état que nous avons nommé l'état de simple piété — la meilleure méthode qu'on leur puisse donner, c'est de leur faire demander à Dieu, sans cesse, qu'il leur donne cette entière volonté, et s'évertuer par toutes sortes de considérations de la prendre. »

Que ces âmes ne craignent pas de demander beaucoup! Une oraison qui se serait passée tout entière à demander serait excellente. Il faut rassurer ceux qui se tourmentent à ce sujet et croient tout perdu quand ils n'ont pas approfondi les points de méditation. « Vous ne faites rien, ce me dites-vous, en l'oraison, écrivait saint François de Sales à une dame. Mais qu'est-ce que vous y voudriez faire, sinon ce que vous y faites, qui est de présenter et représenter à Dieu votre néant et misère? C'est la plus belle harangue que nous fassent les mendiants, que d'exposer à notre vue leurs ulcères et nécessités. » {Lettre, t. VI, p. 383. Édition Briday.)

287. Résolutions. — Quant aux résolutions, les âmes affectives ne doivent pas les négliger; elles doivent s'attacher à celles qui répondent à

leur attrait et à leurs besoins, et les réitérer plutôt que les varier à chaque instant.

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