CARACTÈRES DE LEUR CHARITÉ
« Dieu la simplifie dans toute sa conduite extérieure. Nul détour, nulle feinte, nulle dissimulation, nulle intrigue, nulle prévention, nulle affection, nul respect humain. Elle va simplement comme Dieu la pousse; elle dit, elle fait ce qu'elle croit être son devoir, sans se mettre en peine de ce qu'on dira, de ce qu'on pensera. Ses discours sont simples, vrais, naturels; elle ne prépare rien; elle dit ce que l'Esprit de Dieu lui suggère sans s'embarrasser des suites. Quand il s'agirait de son honneur, de son bien, de sa vie, elle ne voudrait pas dire un mot, ni faire une démarche d'elle-même, mais elle laisse Dieu arranger toutes choses, et elle ne voit que Lui en tout ce qui lui arrive de la part des créatures. » (Manuel des âmes intérieures. De la simplicité)
122. Le P. Grou n'est pas le seul auteur à remarquer cette transformation que l'on subit à mesure que l'on avance dans la psrfection, et qui aboutit à cette admirable simplicité; nous avons cité un mot très net de saint François de Sales à ce sujet \ Le Père Surin constate le même phénomène : « Quand l'homme s'est appliqué longtemps à la pratique exacte des vertus et à l'amendement de ses vices, après y avoir pris beaucoup de peines, Dieu a coutume ensuite d'élever l'esprit au goût des choses divines. Et parce que l'homme a déjà l'habitude des vertus, Dieu l'attire à la seule pensée de s'unir à Lui en amour et à suivre les attraits de sa grâce, sans se détourner de là pour vaquer par le menu aux actes distincts. Alors l'âme cesse de prendre garde exactement en détail à ses actions, comme par exemple celui qui apprend la musique s'applique à la gamme pour savoir entonner les notes l'une après l'autre, et celui qui apprend à jouer du luth considère où il met les doigts et quelle corde il touche, que l'une répond à un tel ton et l'autre à l'autre, mais quand il a acquis l'habitude de jouer, sans considérer où il met ses doigts et ne prenant plus garde, quand il chante, quelle note il dit, il joue et chante, pensant à toute autre chose, sans s'appliquer à toutes les méthodes ». (Amour de Dieu, i, 9.)
1 V. plus haut, t. I, n° 229.
§4. — Sérénité des âmes parfaites
123. G s âmes jouissent d'une grande paix. <> tfesl pas encore il est vrai, une paix aussi profond? que celle dont jouit Pâme sainte qui a passé par les rudes épreuves de la nuit de l'esprit et à laquelle on applique justement le mot d'Isaïe : Declinabo super eam quasi fluvium pacis, je répandrai sur elle des torrents de paix, qui l'inonderont et la pénétreront de toutes parts.
Mais, sans être aussi m rv-ill us°, la paix de l'âme parfaite est grande et déjà bien désirable : Par multa diligentibus legem tuam. (Ps. GXVIII.) « Elle ne perd guère sa joie, parce que nulle privation ne rend triste celui qui n'a son cœur attaché nulle part. » (Lettre de saint François de Saks à sainte Chantai, 14 octobre 1604.) « A part le danger de perdre son Dieu ou la peine de Le voir offensé, rien sur terre ne peut l'affliger, ni aucun événement, ni la maladie, ni la pauvreté, ni la mort, si ce n'est celle des p.rsonnes utiles à i'Église; car elle comprend que Dieu sait beaucoup mieux ce qu'il fait qu'elle ne sait ce ■qu'elle désire. » (5e Demeure, eh. ni.)
L s peines que l'âme éprouve, car il s'en faut qu'elle en soit exempte, ne lui font pas perdre sa paix, et sainte Thérèse en donne la raison : c'est qu'elles n'atteignent que la superficie de l'âme, « elles ne pénètrent pas jusqu'à son fond, elles font seulement impression sur ses sens et ses puissances ». (5e Demeure, «h. m.)
L s grandes maximes évangéliques sont toujours incomplètement compris'.. s des chrétiens imparfaits, même s'ils sont pi.-ux: ■Quaerite primum regnum Dei et justitiam ejus. . . Vestri capilli •capitis omnes numerati sunt... Beati qui lugent... Beati qui persecutionem paliuntur, etc. . . : Cherchez avant tout le royaume •de Dieu et sa justice... Tous les cluwux de votre tête sont •comptés . . . Bienheureux ceux qui pleurent. Bienheureux ceux qui souffrent persécution... Ces âmes fidèles, au contraire, •éclairées par l'Esprit-Saint, en saisissent toute la justesse et' toute la portée, et elles sont par là délivrées de bien desx anxiétés.
LEVR CONOIITI". EXTÉRIF.l'RE 123