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Or, cette excellente disposition se retrouve, dans un d moindre, il est vrai, chez plus d'une âme fervente; elle est bien plus habituelle chez h>s parfaits.
126. Les parfaits, épris pour Dieu d'un amour insatiable, ont encore une autre façon d'envisager l'acte dont nous parlons. Us voient dans les souffrances qu'ils se résignent à subir un moyen d'augmenter pendant l'éternité leur amour envers Dieu. C'était
ul regret de saint Jean de la Croix quand il mourut, âgé seulement de quarante-neuf ans, de ne pouvoir plus, en prolongeant ses souffrances, accroître la charité dont il devait brûler pour son Dieu pendant toute la durée des siècles. En se dépouillant du bénéfice de leurs satisfactions, les âmes parfaites, savent qu'elles seront dédommagées des souffrances qui s'ensuivront pour elles, par un redoublement de chanté, et cette espérance d'aimer Dieu davantage, de s'unir à Lui plus parfaitement dans le ciel, leur fait accomplir avec joie l'acte d'abnégation dont nous parlons.
On le voit par cet exemple, le même acte peut être le fruit de dispositions bien diverses, et voilà comment les œuvres des âmes plus avancées, sans différer extérieurement de celles des autres chrétiens, sont d'un bien plus grand poids dans la balance de l'infaillible Juge.
127. Nous avons montré comment la grâce agit avec beaucoup plus d'aisance dans les âmes parfaites; si elle emploie encore les procédés humains qiu consistent à suhre les déductions de la -aison, souvent aussi, et d'autant plus fréquemment que l'âme est plus détachée et plus docile, elle agit directement su" l'intelligence et la volonté mettant dans l'esprit de précieuses lumières et dans la volonté de fortes impulsions "vers le Bien suprême. Ainsi éclairée et attirée vers Dieu, l'âme parfaite, disions-nous, ne suit plus dans l'oraison les procédés de la méditation et devient contemplative. En même temps, admirablement aidée par les grâces éminentes qu'elle reçoit, elle pratique les vertus avec une perfection inconnue auparavant. Sainte Thérèse, qui appelle surnaturelle l'oraisOn obtenue par le mode ultra humain des dons, appelle aussi surnaturelles les vertus accomplies avec le secours de ces dons divins.
Quicumque Spiritu Dei aguntur ii sunt filii Dei (Rom., vin, 14). Ceux qui sont ainsi mus par l'Esprit, ceux-là sont les fils de
Dieu; ils ne sont pas seulement des serviteurs qui travaillent pour gagner leur salaire; ils sont des enfants animés pour leur Père céleste d'un amour tout filial (Ibid., 8 et 15.), et en retour ils ont part à ses plus précieux trésors.
Les serviteurs aidés de la grâce commune s'appliquent à accomplir leurs devoirs, ils s'étudient à conformer leurs aux enseignements de la foi et se conduisent en chrétiens sages et raisonnables. Les enfants sont sous l'influence directe de l'Esprit divin, qui les éclaire Lui-même et les pousse fortement à la pratique des vertus; Il leur communique une force merveilleuse et leur fait accomplir des œuvres parfaites.
§ 2. — Les qualités naturelles. Sont-elles développées par la pratique de la vertu, ou contribuent-elles à rendre la vertu plus élevée et plus méritoire ?
128. Ce que nous avons dit des âmes ferventes est plus vrai encore des âmes parfaites : exemptes des passions qui abusent, moins sensibles aux illusions de l'imagination, qui chez elles a perdu beaucoup de son influence, si on les compare aux imparfaits, elles ont, à égalité d'intelligence, une grande supériorité de jugement. On rencontre même de -ormes simples, peu cultivées, d'une intelligence commune, qui savent apprécier les hommes, juger, des choses de la vie, des événements de ce monde avec un rare bon sens. Mais c'est surtout dans les choses de la piété, dans la conduite de leur âme que paraît la supériorité de leur jugement; on voit là clairement l'influence des dons du Saint-Esprit communiquant à l'âme ses précieuses lumières.
Mais, dira-t-on peut-être, cette rectitude de jugement que vous prenez pour l'effet de la perfection, n'en est-elle point plutôt la cause au moins partielle; n'est-ce point parce qu personnes sont bien douées du côté de l'intelligence, qu'< li' s sont allées plus avant dans les sentiers de la vertu?
129. Ceci nous amène à examiner la délicate question de l'influence des dons de nature dans les progrès spirituels.
Il n'est pas rare d'entendre attribuer au caractère plus ou moins énergique, au tempérament plus ou moins heureux, au degré plus ou moins grand d'intelligence, les progrès ou les
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défaillances des âmes. Et pourtant saint François de S dans son traité de V. imourde Dieu, a tout un chapitre (livre \ II, ch. i) où il déclare que « le progrès au saint amour ne dépend pas de la coniplcxion naturelle \ ».
Il est absolument certain que les dons naturels les plus heureux, l'intelligence la plus ouverte, le caractère le plus énergique ne peuvent mener à la sainteté, qui est une œuvre toute surnaturelle. On se trompe donc souvent en attribuant qualités purement humaines des mérites qui viennent d'ailleurs. Le jugement si droit des Saints, leur fermeté si admirable, sont bien plus un effet de la grâce que de la nature : c'est la force infuse de l'Esprit-Saint qui fait leur héroïsme, ce sont ses lumières qui font leur sagesse. Et il en est de même pour les âmes moins avancées. Chez ces dernières, à la vérité, l'influence des dons divins est à première vue moins évidente; les vertus natur lies n'étant pas éclipsées et comme absorbées par les qualités surnaturelles, on les remarque davantage; mais les progrès que ces âmes font dans la perfection doivent être attribués aux dons de la grâce et non pas au tempérament.
130. Toutefois, si nous ne voulons reconnaître aucune influence positive aux qualités naturelles dans l'œuvre de la sanctification, nous ne méconnaissons pas que les défauts naturels peuvent avoir une influence négative et nuire au progrès dans
bien. Dieu n'appelle pas habituellement à la même perfection que les prêtres ou les religieux 1rs personnes qui vivent dans un milieu indifférent, entourées de gens sans religion; il n'appelle pas à une haute perfection des personnes chez qui l'intelligence r s te obtuse et qui ne peuvent saisir que le gros de la doctrine c (tholique -. Il y a des obstacles naturels qui s'opposent à ce
1 Saint Thomas l'avait dit avant lui : Quantitas charitatis non dépendit ex condiliorie naturœ vel ex capacitate naturalis virlutis, sed solum exvoluntate Spiritus Sancti distribuentis sua dona prout vult. 2. 2. q. 24, a. 3.
1 Nous entendons désigner ici ces gens hébétés et demi-idiots qui s mbbnt condamnés à une enfance perpétuelle. Quant aux gens a mples et ignorants, mais jouissant de toutes leur facultés, ils peuvent s'élever à une très haute perfection : Le B. Frère Gilles, des premiers • nipagnons de saint François, dit un jour à saint Bonaventure : « Oh r que vous êtes heureux, vous autres doctes ! car vous savez maintes
que ces chrétiens s'élèvent bien haut dans la sainteté. De même, nous semble-t-il, la sottise, le défaut de rectitude dans le jugement, une mollesse excessive ou une mobilité extrême de caractère, une nervosité mal réprimée peuvent être des obstacles à la sanctification et empêcher l'âme chrétienne de prendre un grand essor vers la perfection.
Chez les âmes parfaites, cette influence nuisible du tempérament est fortement amoindrie; elles agissent habituellement par la pointe de l'esprit, « pointe qui est au-dessus de tout le reste de notre âme, et qui est indépendante de toute complexion naturelle ». {Amour de Dieu, II, i.) « Le caractère, dit le Yen. Libermann, a sa grande influence dans les commencements, lorsque nous sommes dans un état sensible ; mais plus tard quand nous avons acquis la domination sur nos sens, quand nous ne leur sommes plus assujettis, quand l'âme est dans un état où ses opérations sont plus intellectuelles, vous ne verrez plus tant cette teinte du caractère; il n'aura plus qu'une petite influence, il sera sous la domination de la grâce, il paraîtra alors ce qu'il est, une simple forme. » {Lettre du 9 août 1842.)
En effet, le tempérament peut diversifier la sainteté, lui donner telle ou telle forme, mais non l'augmenter ni la diminuer. Ainsi la différence de sexe, de position, etc., donne une physionomie différente aux divers serviteurs de Dieu; les Saintes ne ressemblent pas aux Saints, les solitaires, comme saint Paul ermite, aux soldats, comme saint Georges, les missionnaires, comme saint François Xavier, aux docteurs, comme saint Thomas, les rois, comme saint Louis, aux mendiants, comme saint Labre ; mais ces différences, qui viennent de la nature, n'influent pas sur le fond même de la sainteté et ne rendent pas les uns plus parfaits que les autres.
choses par lesquelles vous louez Dieu, mais nous autres idiots, que ferons-nous? » Et saint Bonaventure répondit : « La grâce de pouvoir aimer Dieu suffît. » « Mais, mon Père, répliqua Frère Gilles, un ignorant peut-il autant aimer Dieu qu'un lettré? » « Il le peut, dit saint Bonaventure, ainsi je vous dis qu'une pauvre simple femme peut autant aimer Dieu qu'un docteur en théologie. » Lors Frères Gilles entrant en ferveur s'écria : « 0 pauvre et simple femme, aime ton Sauveur, et tu pourras être autant que frère Bonaventure > ; et là-dessus il demeura trois heures en ravissement. (Saint François de Sales, Amour de Dieu, 1. VI. ch. iv.)
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§ 3. — L'union mystique et les œuvres extérieures
131. Outre ces dissemblances qui viennent de la nature, il y a aussi chez les Saints différence dans les dons qu'ils reçoivent de Dieu : e Divisiones ministrationum sunt, idem autem Dominus, et divisiones operatwnum sunt, idem vero Dominus, qui operatur omnia in omnibus. » (I Cor., xn, 4.) A voir certains héros chrétiens dévorés d'activité, d'une initiative ardente, on s'imagine parfois que cet esprit d'entreprise vient tout entier chez eux du caractère ; volontiers on leur attribuerait un genre de piété substantiellement différente de celle des Sain-ts qui ont vécu (Ihiis le cloître; aux }reux de beaucoup de personnes, les dons c tntcmplatifs supposent une âme toute passive et ne s'accordent pas avec la vie d'un guerrier comme saint Louis, d'un lutteur comme saint Grégoire VII ou saint Jean de Capistran.
La vérité est que chez ces grands serviteursdeDieulapartdela grâce est bien plus grande que celle de la nature. Hœc omnia operatur unus atque idem Spiritus, dividens singulis prout vult, et que les grâces qu'elles reçoivent sont du genre de celles que Dieu accorde aux parfaits et non aux débutants. Ce sont les dons du Saint-Esprit qui les éclairent et les dirigent, qui les soutiennent dans les œuvres les plus ardues.
132. Au milieu du tracas de leurs multiples entreprises, ils demeurent fort unis à Dieu, et cette union intime s'établit non par de longs raisonnements ou des représentations imaginaires comme chez les imparfaits, mais plutôt par des vues simples et rapides, par des actes directs d'intelligence et d'amour, qui en font une véritable union contemplative. Que l'on se rappelle le passage par nous cité (supra, n° 54) où sainte Thérèse montrei ..minent la quiétude persiste souvent au milieu des occupations profanes; nous donnions pour raison de cette persistance que, la contemplation se produisant dans la cime de l'esprit, les opérations inférieures peuvent très bien ne pas l'atteindre et ne pas la troubler l. C'est justement ce qui arrive aux parfaits.
1 Aussi n'est-il pas essentiel à la contemplation, comme quelques-
•mblent le croire, de produire un effet sensible sur le corps, de
gêner ses opérations et de lier plus ou moins les facultés de l'âme. Il est
dans la contemplation parfaite, où l'âme est tout absorbée en
Leur vie extérieure pourra donc être fort active, fort agitée, mais leur vie intérieure sera une vie d'union étroite à Dieu et de docilité constante à l'Esprit-Saint.
Plus ils feront de progrès, plus cette sorte de dualité s'accentuera. Les chrétiens imparfaits sont comme forcément absorbés par leurs occupations et par les soucis d'ordre inférieur. Ne recevant pas ces grâces de choix qui opèrent dans la partie suprême de l'esprit et de la volonté, ils emploient toutes leurs puissances aux affaires qu'ils traitent, et quand ils veulent s'unir à Dieu, ils doivent, pour un moment, détourner leur attention des objets qui la captivent et la porter vers Dieu. Les parfaits, au contraire, continuent de demeurer unis à Dieu en vaquant à leurs travaux, et à mesure qu'ils mettent moins d'obstacles aux opérations mystiques et que celles-ci deviennent chpz eux plus puissantes et plus fréquentes, cette coexistence de la vie mystique et de la vie active devient aussi plus habituelle et plus manifeste, x
133. La Vénérable3iarie de l'Incarnation écrivait à son fils : « Quand Dieu voudra que, nonobstant vos occupations extérieures, vous ne Le perdiez pas de vue, Il fera cela Lui-même. Et de plus quand son Esprit se sera rendu maître du vôtre, et qu'il se sera emparé de votre fond pour vous tenir dans l'union intime et actuelle avec sa divine Majesté par une vue d'amour, toutes vos occupations ne vous pourront distraire de ce divin commerce. Je dis : dans ce fond, parée qu'il n'est pas possible de traiter en ce monde les affaires temporelles sans s'y appliquer avec l'attention convenable du jugement et de la raison. En cet état d'union et de commerce avec Dieu dans la suprême partie de l'âme, on ne perd point sa sainte présence. . . Quand on est actuellement occupé au dehors, l'union est d'un simple regard vers ce divin Objet, et on ne Lui parle que par de petits moments quand II le permet et qu'il y donne de l'attrait. {Lettre 99, du 18 octobre 1663.)
Dieu, elle éprouve une peine extrême à prononcer des paroles, à réciter ries prières. Vivement attirée vers Dieu, elle n'aspire qu'à l'aimer, toute *utre occuDation la fatigue et lui répugne. Il en est souvent ainsi dans a quiétude sensible. Mais dans la contemplation aride, et dans celle lont parlent ici sainte Thérèse et Marie de l'Incarnation, qui s'allie wec la vie active, cette gêne [des [puissances, cette ligature n'existe pas.