‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 117 sur 170 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Mérite de cet état de perfection Différence entre l'état de perfection et la sainteté

§ 1er. — Valeur des âmes parfaites

134. Nous avons de notre mieux tracé le portrait des âmes parfaites.

Grand est leur mérite; cette familiarité avec Dieu, cette paix du ( leur, cette tranquillité profonde, cette liberté d'esprit, cette force dans l'action, cette sagesse dans les entreprises, sont des biens éminemment désirables. Au fond, ces dispositions sont celles des âmes saintes; il n'y a de différence que dans le degré de perfection : « La sixième demeure, dit sainte Thérèse, ne diffère de la cinquième que par la force des effets, mais cette différence est très grande. » (5e Demeure, ch. n.) Les étangs de nos vallons sont des amas d'eau comme l'Océan, les collines de notre Anjou sont des éminences comme les montagnes des Alpes et de l'Hi malaya, mais entre les uns et les autres, cruelle différence !

Mais pour être immensément au-dessous de la vie des Saints, elle n'en est pas moins fort belle, la vie des âmes parfaites. C'est Dieu qui les conduit, c'est Dieu qui opère en elles, qui vit en elles, et c'est ce qui fait le mérite de leur action : s'il y a moins d'humain, il n'y a plus de divin. Sous cette influence salutaire, la volonté humaine se porte au bien avec un amour tranquille et calme, mais cependant fort et puissant; cet acte simple et paisible, mais intense, est déjà fort méritoire. Et combien d'actes directs, et par conséquent inaperçus, produisent ces âmes « devenues souples et maniables à TEsprit-Saint ». {Saint François de Sales.) Combien ,dans leurs oraisons et dans le cours de leurs travaux, elles exercent, le plus souvent à leur insu, d'actes d'amour, de confiance, de contrition, de soumission à la volonté divine, etc., quel trésor de mérites elles accumulent ainsi continuellement. C'est vraiment le triomphe de la grâce.

Par ailleurs, comme elles n'ont qu'un désir, faire la volonté de

Dieu, Dieu, en retour, fera leur volonté, et c'est ce qui rend les parfaits si puissants quand ils se dévouent au salut ou à l'avancement spirituel des autres âmes.

« Une âme juste, a dit Notre-Seigneur Lui-même à sainte Marguerite-Marie, peut obtenir le pardon pour mille criminels }. »

135. « C'est à cet heureux sort de la vie unitive que sont appelés, affirme le P. Surin, tous les religieux et les âmes qui ont une vocation particulière pour la vie dévote, et, s'ils n'arrivent pas à la jouissance de ce bonheur, s'ils n'ont quelque part à ces biens célestes, c'est par leur pure faute qu'ils en sont privés, puisque l'Esprit de Dieu les y dispose et les y excite quasi continuellement. » (Lettre au P. Tillac du 25 août 1661.)

Demandons au Seigneur qu'il daigne multiplier dans son Église le nombre des parfaits, qu'il nous donne à nous-mêmes et à ceux qui nous sont chers de nous élever à cet heureux état et de nous y maintenir.

§ 2. — Imperfections qui se rencontrent dans le cinquième degré

136. « Ames chrétiennes, que le Seigneur a conduites jusqu'à ces termes, dit sainte Thérèse aux habitants de la cinquième demeure (ch. iv), je vous le demande, par amour pour Lui, ne cessez pas de vous tenir sur vos gardes, évitez les occasions; car même en cet état l'âme n'est pas si forte qu'elle puisse s'y exposer sans péril. » « Elle est encore très loin, dit Suzo (5e rocher), de l'union parfaite avec Dieu. »

D'après saint Jean de la Croix, tant que les épreuves plus rigoureuses qu'il appelle la nuit de l'esprit, n'ont pas achevé la purification de cette âme, >1 lui restera beaucoup d'imperfections « Elle a encore un reste de cette pesanteur d'esprit qui est la suite naturelle du péché, d'où une certaine langueur dans l'action 2», une certaine mollesse qu'on remarquera, par exemple,

1 Révélation faite lors du jubilé de 1682.

- M. Boudon raconte dans la vie du P. Surin comment ce saint homme parvint à rendre la Mère Jeanne des Anges victorieuse des démons qui la tourmentaient en la délivrant de tous ses défauts et imperfections. Or, le dernier défaut dont l'extirpation entraîna la vie-

Page 1