CHAPITRE II
Règles à suivre dans la direction des âmes contemplatives
§ 1. ■ — ■ Nécessité du complet renoncement
1 12. Toutes les règles à donner sur la direction des âmes contemplatives peuvent se résumer en deux mots : comme il n'y a qu'un moyen d'amener l'âme à la contemplation, lerenoncement, il n'y a qu'un moj^én aussi de l'y maintenir et de l'y faire progresser, c'est encore le renoncement.
Cette vertu du renoncement, l'âme parfaite la pratique déjà, mais, dirons-nous avec le B. Suzo : « Il ne suffit pas de mourir à soi-même, il faut sans cesse renouveler cette mort jusqu'à la fin de sa vie. » Et, du reste, « on ne meurt jamais si parfaitement à soi-même et au monde qu'il ne reste quelque chose où l'on ne puisse se renoncer et se mortifier encore. x»
Plus on avance, en effet, dans la voie de l'amour, plus on comprend toute la portée de cette grande parole : Abneget semelipsum. L'Esprit-Saint éclairant l'âme de lumières plus vives à mesure qu'elle est plus fidèle 2, et qu'il veut la conduire plus avant, lui découvre de secrètes attaches, des recherches d'elle-même, de ses aises, de ses volontés. Ce sont, il est vrai, des imperfections passagères, des actes rapides qui n'empêchent pas l'âme fidèle de demeurer habituellement unie à la volonté divine, et de recevoir les grâces précieuses de la contemplation, mais qui peuvent être, cependant, un obstacle à une union plus intime et à des grâces plus éminentes.
Qie l'âme parfaite écoute docilement les paroles secrètes
1 Discours, III, De la mort spirituelle. Édition Cartier. Voir dans les œuvres de Tauler, traduction Noël, le sermon du bienheureux Suzo pour le 5e dimanche après Pâques, t. IV, p. 475 et suiv.
2 « On n'arrive point, dit Suzo, à ces vérités cachées en étudiant et en interrogeant, on y parvient en se renonçant soi-même humblement en Dieu. » Livre de la Sagesse éternelle, sub fine. Traduction Cartier.