‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 124 sur 170 · RENONCEMENT CONSTANT ET AHSOLU · texte numérisé non relu

RENONCEMENT CONSTANT ET AHSOLU

du divin Esprit, qu'elle les sollicite, qu'elle demande à Dieu les lumières qui lui découvriront ses imperfections et la force qui lui permettra de les combattre. Elle parviendra alors à rejeter plus loin d'elle tout ce qui est humain, tout ce qui n'est pas Dieu, elle réalisera plus complètement cette grande devise des Saints : « Dieu seul ! »

143. La disposition à laquelle elle doit aspirer c'est — nous citons encore le B. Suzo — « un anéantissement moral de pensée et d'affection, une sorte de renoncement infini en Dieu, par lequel l'âme se remet et s'abandonne tellement en Lui, qu'elle n'a plus de connaissance ni de volonté, mais que partout et toujours elle obéit à la puissance de Dieu, qui la guide selon son bon plaisir, sans qu'elle s'en aperçoive.

« Ce renoncement ne peut être continuel dans cette vie, ni tellement complet et parfait que l'homme ne se reprenne quelquefois et ne faiblisse en revenant à lui-même. Il a beau se donner à Dieu sincèrement, avec la ferme résolution de ne jamais reprendre ce qui n'est plus à lui,puisqu'iH'a abandonné, livré, anéanti en Dieu et en son bon plaisir, la fragilité de la nature humaine fait que l'âme revient de temps en temps à ses désirs, à la possession de sa volonté, et qu'elle commet des fautes par ce retour à elle-même. » (Traité de l'union de l'âme avec Dieu, § 1. Traduction Cartier. )

Dès que l'âme s'en aperçoit, elle doit reconnaître sa misère, s'humilier profondément devant Dieu et se détacher de nouveau en prenant des résolutions plus fortes. Ainsi elle mourra à ellemême pour ne plus vivre que de la vie de son Dieu : Vivo, jam non ego, vivit vero in me Christus.

1±4. Ce renoncement doit être universel, il doit donc porter sur tout ce qui tient naturellement au cœur de l'homme : les biens temporels, l'estime d'autrui et aussi de soi-même, les joies des affections humaines, le bien-être, l'usage indépendant des facultés spirituelles. Les progrès déjà obtenus dans la pratique de la pauvreté, de l'humilité, de la mortification, ne doivent pas faire oublier au contemplatif sa faiblesse; les tendances naturelles, même quand elles semblent réprimées et détruites, sont parfois si promptes à renaître.

1 15. Le détachement des biens de ce monde, indispensable à qui veut devenir parfait, doit devenir plus complet encore si

l'on veut grandir en perfection. Celui-là même qui n'est pas appelé à se lier par vœu à la pratique de la pauvreté doit en avoir l'esprit, n'usant de ses biens que conformément à la volonté divine, ne les employant jamais à se procurer des satisfactions superflues, demeurant toujours prêt à donner ses richesses pour la gloire de Dieu et le bien de ses frères. Il aimera la simplicité dans son mobilier, dans son vêtement, dans sa nourriture; tout ce dont il pourra se passer sans que ses devons en souffrent, il sera toujours prêt à s'en défaire; loin de redouter les privations, il dira comme saint François de Sales : « Je ne suis jamais mieux que quand je ne suis pas bien. »

146. L'âme parfaite doit se détacher des appuis humains et être toujours prête à sacrifier au Seigneur ses affections les plus légitimes. Dieu se sert des hommes pour faire du bien aux hommes : nous sommes les auxiliaires de Dieu, dit l'Apôtre; tous ceux qui participent à l'autorité divine : parents, supérieurs directeurs, participent à son action bienfaisante; ils ont droit à la reconnaissance et à l'affection non moins cju'à l'obéissance de ceux qui leur sont soumis. Il n'est pas moins légitime le sentiment d'amour surnaturel qui pousse les hommes à se dévouer au service de leurs frères, les supérieurs à s'incliner vers leurs inférieurs, à leur prodiguer leurs sollicitudes et leurs conseils; plus ils se donnent, plus leur cœur s'attendrit et plus grandit leur amour. Enfin elle est toute légitime aussi et bénie de Dieu l'affection de deux âmes, qui ne sont unies que pour s'entr'aider à mieux aimer le Seigneur.

Mais ces affections, toutes pures et utiles qu'elles soient, peuvent devenir un obstacle à une plus haute perfection; la nature en effet y recherche inconsciemment des satisfactions trop humaines : il est doux de se sentir soutenu, réconforté, encouragé, il est doux de voir les âmes répondre au dévouement qu'on leur prodigue, il est doux de trouver des cœurs amis comprenant et partageant ses goûts, ses désirs, ses espérances, ses joies, ses peines. Quiconque se complaît dans ces joies naturelles, s'écarte du parfait renoncement. Pour le pratiquer à l'exemple de Jésus il faut imposer à son cœur de nombreux sacrifices, renoncer maintes fois à des entretiens agréabl quand les circonstances l'exigent, accepter de bon cœur les séparations.

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