RENONCEMENT CONSTANT ET ABSOLU
1 'i7. 11 n'est guère d'heure dans la vie où l'âme fidèle ne puisse faire acte d'abnégation. N'a-t-elle pas ses préférences naturelles qui, si elle n'y prend garde, détermineront souvent l'emploi de son temps, le choix de ses occupations? Elle devra renoncer à ses goûts, vaincre ses répugnances et dans toutes ses actioi chercher jamais que la plus grande gloire de Dieu. E1L' dcil encore combattre, quelque léger qu'en soit l'objet, tout amour s aises, toute recherche des satisfactions corporelles : Qui v< ut appartenir à Jésus-Christ doit crucifier sa chair : Qui Ckristi surit, carnem suam crucifi.rcruut K
Mais c'esl surtout à la mortification des facultés spirituelles qu'il doit s'étudier avec un plus grand soin. Suivons saint Jean de la Croix appliquant la doctrine du parfait renoncement aux diverses puissances de l'âme.
§ 2. — Renoncement de V entendement, de la mémoire et de V imagination
148. Pour l'entendement, nous avons reproduit son enseignement en disant que, quand l'âme sent l'appel de Dieu par h s sentiments d'union amoureuse qu'elle reçoit, ou bien quand elle est dans l'impuissance de méditer, elle doit rejeter tous les raisonnements, représentations imaginaires et conceptions de tout genre pour se tenir dans le silence de la contemplation. Bien plus, et ce point très important de la doctrine de saint Jean de la Croix étonnera peut-être le lecteur, ce ne sont p; s seulement les considérations que l'âme doit rejeter quand elle se voit conviée à l'union contemplative, elle ne doit pas davantage s'appuyer sur les grâces miraculeuses, visions, révélations, paroles intérieures, etc.. si elle en a été favorisée. Sans doute, au moment où ces faveurs lui ont été accordées, l'âme a ressenti les effets salutaires que les dons de Dieu ne manquent jamais de produire ; mais la faveur passée, loin de s'en rappeler le souvenir, on doit en faire abstraction et se livrer dans l'oraison à l'union obscure de la contemplation.
1 Ces principes sont exposée et développés dans une petite brochure que nous avons composée à l'intention des âmes vraiment ferventes et généreuses : L'abnégation parfaite et le parfait amour. Angers. Richcu Frères, éditeurs.
Mais, ajouterons-nous, ce n'est pas seulement au moment de l'oraison que l'âme fidèle doit mortifier son intelligence; en dehors du saint exercice de la prière, cette puissance trop active a besoin d'être réfrénée. Nombre d'imperfections, chez les âmes contemplatives, ont pour cause ou leur désir trop empressé d'apprendre, ou une attache trop tenace à leurs propres idées. La sainte indifférence pour les nouvelles ou pour les connaissances superflues, l'abnégation complète du propre jugement, voilà le but à atteindre : qu'elles soient toujours prêtes à reconnaître leurs erreurs avec simplicité, et quand elles pensent être dans le vrai, qu'elles sachent du moins allier toujours à l'amour de la vérité, une charité bienveillante pour ceux qui pensent autrement.
149. Le dépouillement, la nuit active de la mémoire et de l'imagination consiste en ce que l'âme doit se dégager « de toutes les connaissances et représentations, acquises, faire en sorte d'en perdre le souvenir, de n'en garder aucune impression, et demeurer le plus possible dans l'oubli, le dénuement et dais une abstraction totale. » {Montre du Carmel, III, i.)
Saint Jean de la Croix signale les grands dommages qpie causent à l'âme ces puissances — mémoire et imagination — si elles ne sont pas mortifiées. Combien de dangers nous viennent d'elles; d'abord ce sont les souvenirs ou les représentations des objets sensibles qui produisent en nous mille sentiments « de ! douleur, de crainte, d'aversion, de vaine espérance, de joie ! fausse, de gloire mondaine, de désir frivole, d'où naissent pour le moins des imperfections et trop souvent aussi des péchés véritables ».
Ensuite, c'est par ces puissances que le démon peut nous séduire et nous perdre; tandis que sans elles, il n'a aucune prise sur nous, ne pouvant atteindre directement ni notre intelligence ni notre volonté. Enfin n'est-ce pas par ces souvenirs et ces! fantômes de l'imagination que l'on perd toujours cette paix du cœur, cette tranquillité sereine, indispensable pour goûteï l'union divine?
150. Puisqu'il est si important à l'âme contemplaiiv mortifier ces deux puissances, il ne sera pas inutile d'expliqu» r comment, à notre avis, doit s'opérer cette mortification.
Parlons surtout de l'imagination, car l'esprit de l'homme