RENONCEMENT CONSTANT KT ABSOLU
exerce son activité moins en s'arrètant au souvenir du passé qu'en envisageant l'avenir, et ceci se fait principalement de deux manières. Tantôt l'avenir paraît sombre, soit qu'on ait de réels sujets d'inquiétude, soit que le tempérament porte à la mélancolie : alors on voit les choses en noir, on se trouble, on se préoccupe. Tantôt, au contraire, tout semble brillant et beau : on fait alors mille plans, mille projets heureux, mille châteaux en Espagne. Préoccupations excessives ou projets magnifiques, tout cela entretenu dans l'âme est également nuisible. Dans le premier cas, il faut pratiquer à la lettre le conseil de Notre- Seigneur : Nolite sollicitiesse in crastinum,ïiE points'inqciéter du lendemain; faire son devoir sans doute, mais le devoir accompli, s'abandonner avec une confiance pleine et entière à la toute bienveillante et toute paternelle Providence de Dieu.
Pense à moi, disait un jour Xotre-Seigneur à sainte Catherine de Sienne, et je penserai à toi. » Quant aux inutiles projets d'avenir, quelque saint qu'en paraisse l'objet, il faut à tout prix ne pas s'y arrêter.
Sans doute, « l'homme peut sans inconvénient réfléchir à ce qu'il doit faire et savoir, et il ne lui sera point nuisible d'en rap- . peler le souvenir, pourvu qu'il ne s'y attache point avec une affection égoïste ou un esprit de propriété ». (Montée, III, 14.) Mais, pour les autres connaissances et pour les représentations inutiles, qu'il en fasse une complète abnégation.
Il est bien vrai que l'on a parfois de bien légitimes préoccupations : ce sont des affaires à la fois très importantes et très difficiles; on ne voit pas du tout comment les résoudre; de là des soucis bien tenaces, dont il paraît impossible de se défaire. Cependant, même alors, il est bien à désirer qu'on ne s'embarrasse pas dans mille inquiétudes et perplexités. Que l'on réfléchisse, que l'on pèse le pour et le contre, mais sans trouble, sans perdre la paix du cœur, surtout que l'on prie beaucoup, et si l'affaire n'est pas urgente, que l'on diffère la décision : souvent les événements lèvent les doutes et apportent la lumière. Puis, une fois la décision prise, qu'on abandonne le succès à Dieu avec une confiance absolue, sans plus se tourmenter pour savoir qu'elle sera l'issue. « Es choses même de conséquence, dit saint François de Sales, il faut être bien humble et ne point penser trouver la volonté de Dieu à force d'examen et de subtilité de
discours (de raisonnement). Mais, après avoir demandé la lumière du Saint-Esprjt, appliqué notre considération àla recherche de son bon plaisir, pris le conseil de notre directeur et, s'il y échoit, de deux ou trois autres personnes spirituelles, il faut se résoudre et déterminer au nom de Dieu, et ne faut plus, par après, révoquer en doute notre choix, mais le cultiver et soutenir dévotement, paisiblement et constamment. Et, bien que les difficultés, tentations et diversités d'événements qui se rencontrent au progrès de l'exécution de notre dessein nous pourraient donner quelque défiance d'avoir bien choisi, il faut néanmoins demeurer fermes et ne point regarder tout cela, ains considérer que si nous eussions fait un autre choix, nous eussions peut-être trouvé cent fois pis, outre que nous ne savons pas fi Dieu veut que nous soyons exercés en la consolation ou en la tribulation, en la paix ou en la guerre. » (Amour de Dieu, VIII, 14.)
loi. Cette mortification de l'imagination est de la plus haute importance pour le contemplatif. Grâce à cette vigilance continuelle il ne perd point l'union à Dieu, et cette union, qu'elle soit sensible et douce ou au contraire aride, persiste alors au milieu des plus diverses occupations et des affaires les plus absorbantes. C'est là, nous l'avons montré, une source inépuisable de mérite et le secret de la perfection.
Aussi « le démon, dit le B. Albert le Grand l, met tous ses s^ins et fait les plus grands efforts afin d'empêcher, tant qu'il peut, cet exercice. Il le voit comme un préambule et un commencement de la vie du ciel ; et il est jaloux de ce bonheur de rhornme. C'est pourquoi il s'efforce toujours d'éloigner de Dieu notre esprit, tantôt par une tentation ou passion, tantôt par une autre. Une fois ce sera par des préoccupations inutiles et des soucis exagérés, une autre fois par des troubles, par la dissipation et une vaine curiosité ou bien par la lecture de livres oiseux, par des entretiens inutiles, les rumeurs publiques et les nouvelles curieuses; ou encore par les difficultés, les contradictions, etc., etc., toutes choses qui souvent paraîtront ne pas être des fautes, ou n'être que des fautes bien légères, mais qui
1 Traité de V union intime avec Dieu, en. iv. Traduction du P. Mathieu Û Dusse t, 0. P.