‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 127 sur 170 · RENONCEMENT CONSTANT ET IBSOL1 I · texte numérisé non relu

RENONCEMENT CONSTANT ET IBSOL1 I

n'en sont pas moins un grand obstacle à ce saint exercice dont nous parlons. »

§ 3. — Renoncement de la volonté

152. Quant au dépouillement de la volonté, saint Jean de la Croix, veut qu'on emploie pour l'acquérir la méthode déjà indiquée par lui comme aidant à surmonter les tendances mauvaises de l'appétit sensitif. Elle consiste à mortifier les quatre passions de l'âme : j o i < ■ . espérance, douleur et crainte, de telle sorte que l'âme ne se léjouisse que de ce qui intéresse l'honneur et la gloire de Dieu, qu'elle ne donne cours à l'espérance et à la douleur que dans le même sens, et qu'enfin elle ne craigne que Dieu. [Montée, III, 15.) Et ce dépouillement de la volonté, Je Saint veut qu'on le porte jusqu'à l'abnégation des biens spirituels qui ne doivent pas être recherchés et aimés pour euxmêmes (Ibid., 32), mais uniquement en vue de Dieu.

153. Saint François de Sales présente d'une autre façon la même doctrine du renoncement absolu de la volonté (Amour de Dieu, IX, 4, 5, 6, 7.) « L'union de notre volonté au bon plaisir de 1 >ieu, dit-il, doit se faire par la sainte indifférence. » — C'est

indifférence dont il exprimait la formule en ces quelques mots : « Ne rien demander, ne rien refuser. — Il en démontre bien toute l'excellence .•

« L'indifférence, dit-il, est au-dessus de la résignation : la résignation préfère la volonté de Dieu à toutes choses, mais elle ne laisse pas d'aimer beaucoup d'autres choses, outre la volonté de Dieu; l'indifférence... n'aime rien, sinon pour l'amour de la volonté de Dieu. . .

« Le cœur indifférent est comme une boule de cire entre les mains de son Dieu, pour recevoir semblablement toutes les impressions du bon plaisir éternel; un cœur sans choix, également disposé à tout, sans aucun autre objet de sa volonté que la volonté de son Dieu, qui ne met point son amour es choses que Dieu veut, ains en la volonté de Dieu qui les veut. »

Puis le saint Évêque explique comment « la sainte indifférence s'étend à toutes choses. Elle doit se pratiquer es choses qui regardent la oie naturelle, comme la santé, la maladie, la beauté,

la laideur, la faiblesse, la force; es choses de la vie civile pour les honneurs, rangs, richesses; es variétés de la vie spirituelle, comme sécheresses, consolations, goûts, aridités; es actions, es souffrances et, en somme, toutes sortes d'événements. . . »

Bien plus, « le cœur indifférent, sachant que la tribulation, quoiqu'elle soit laide comme une autre Lia, ne laisse pas d'être fille et fille bien-aimée du bon plaisir divin, il l'aime autant que la consolation, laquelle néanmoins, en elle-même, est plus agréable; ains il aime encore plus la tribulation, parce qu'il ne voit rien d'aimable en elle que la marque de la volonté de Dieu. »

L'indifférence doit disposer l'âme à entreprendre pour la gloire de Dieu tout ce qui lui sera inspiré, et si ses travaux ne sont pas couronnés de succès, à accepter l'échec avec une paisible et amoureuse soumission. « Saint Louis, par inspiration, passe la mer pour conquérir la Terre Sainte; le succès fut contraire, et il acquiesce doucement. J'estime plus la tranquillité de cet acquiescement que la magnanimité du dessein, etc. »

Enfin, « nous devons pratiquer l'indifférence en ce qui regarde notre avancement es vertus. Dieu nous a ordonné de faire tout ce que nous pourrons pour acquérir les saintes vertus : n'oublions donc rien pour bien réussir dans cette entreprise. Mais, après que nous aurons planté et arrosé, sachez que c'est à Dieu de donner l'accroissement (Ier Cor., m, 6) aux arbres .de nos lionnes inclinations et habitudes. C'est pourquoi il faut attendre le fruit de nos désirs et travaux de sa divine Providence. Que si nous ne sentons pas le progrès et avancement de notre esprit en la vie dévote, tel que nous voudrions, ne nous troublons point ; demeurons en paix; que toujours la tranquillité règne dans nos cœurs. C'est à nous de bien cultiver nos âmes et, partant, il y faut fidèlement vaquer. Mais, quant à l'abondance de la prise et de la moisson, laissons-en le soin à Xotre-Seigneur. Le laboureur ne sera jamais tancé s'il n'a pas belle cueillette, mais oui bien s'il n'a pas bien labouré et ensemencé ses terres. . . »

§ 4. — Le vœu du plus parfait

15 1. Les Ames généreuses, avides de plaire à Dieu, désirent partois s'obliger au renoncement absolu par le vœu du plus parlait. Convient-il de le permettre et même de le conseiller?

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