CONCLUSION
172. On entend parfois des prêtres zélés et instruits se plaindre de la difficulté que présente la direction des âmes avancées dans la perfection. A mesure que ks âmes progressent dans l'amour divin, l'action de l'Esprit-Saint devenant plus puissante et la part de l'activité humaine diminuant, il n'est plus guère utile de leur suggérer des pratiques, qui seraient pjur elles plutôt une gêne qu'un secours. D'un autre côté, on sent que des exhortations semblables à celles que l'on adresse aux autres personnes ne leur apprennent plus rien ; de là résulte souvent pour les directeurs un réel embarras.
Il faut pourtant tracer une route à ces âmes, si on veut les voir atteindre le degré de perfection auquel elles sont appelées. S'il y a peut-être quelque exagération, il y a du vrai dans ces paroles de Godinez ' ; « Sur un millier d'âmes que Dieu appelle à la perfection, dix à peine répondent à sa voix, et sur cent qu'il appelle à la contemplation quatre-vingt-dix-neuf ne comprennent pas leur vocation. C'est pourquoi je dis : il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. En effet, sans parler des autres difficultés, on peut attribuer le mauvais succès d'une multitude de personnes à la rareté d'un bon directeur, qui guide nos âmes avec la boussole de la grâce divine sur cette mer inconnue qu'on appelle la vie spirituelle. »
Nous avons demandé aux Saints, meilleurs- juges que personne en cette matière, des règles pour la direction des âmes parfaites. Maintes fois nous avons eu le bonheur de vérifier nous-mêmes l'efficacité de leur méthode ; nous voudrions la voir connue et acceptée de tous; aussi comprenons-nous les paroles touchantes par lesquelles le grand évèque de Meaux termine son opuscule sur l'oraison de présence de Dieu, si souvent cité par nous. On nous permettra, puisque nous n'avons fait que développer sa doctrine, de les répéter après lui :
« Grand Dieu qui, par un assemblage merveilleux de circonstances très particulières, avez ménagé de toute éternité la composition de cet ouvrage, ne permettez pas que certains esprits,
1 Cité par le P. Faber, Progrès de rame, ch. xyih.
dont les uns se rangent parmi les savants, les autres parmi les spirituels, puissent jamais être accusés à votre redoutable tribunal d'avoir contribué en aucune sorte à vous fermer l'entrée de je ne sais combien de cœurs, parce que vous vouliez y entrer d'une façon dont la seule simplicité les choquait , et par une porte qui, tout ouverte qu'elle est par les Saints depuis les premiers siècles de l'Église, ne leur était pas encore assez connue. Faites plutôt que, devenant tous aussi petits que des enfants, comme Jésus-Christ l'ordonne, nous puissions entrer une fois par cette petite porte, afin de pouvoir ensuite la montrer aux autres plus sûrement et plus efficacement. »