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CHAPITRE II Comment les âmes parviennent à 1 héroïsme

§ 1er. — Aperçu général

183. Dans toute la vie spirituelle, les progrès sont dus de la part de l'âme à ses prières, à ses aspirations affectives, à ses efforts et sacrifices, et, d'autre part, aux illuminations de l'Esprit-Saint et aux épreuves que la Providence ménage. Cts moyens de progrès que nous avons déjà vus en œuvre dans les degrés inférieurs, nous les reverrons donc encore; mais s'ils ne sont pas nouveaux, ils sont maintenant de plus en plus parfaits, de plus en plus efficaces. L'oraison devenue contemplative éclaire l'âme de lumières plus vives et lui fait produire des actes d'amour beaucoup plus intenses et aussi beaucoup plus fréquents. Quant aux épreuves et aux actes de renoncement, ils ont pour objet les facultés les plus nobles de l'âme, ils l'at-

COMMENT S ACQUIERT LHEIiuISMF.

teignent dans ce qu'elle a de plus intime, et voilà pourquoi la purification qu'ils opèrent, et que saint Jean de la Croix appelle pour cette raison nuit de l'esprit, est plus profonde et plus complète.

Rappelons brièvement ce que nous avons dit des dispositions de l'âme parfaite. Détachée de toutes les futilités mondaines,, exempte des vaines préoccupations, des désirs purement humains, affranchie de ce qu'il y a d'excessif et de désordonné dans les affections naturelles, ne voulant que ce que Dieu veut, ne désirant qu'une chose, que Dieu dispose d'elle comme il Lui plaira, l'âme parfaite jouit en paix du bonheur d'aimer uniquement son Dieu et de se savoir aimée de Lui.

184. Beaucoup d'âmes passent ainsi le reste de leur vie avec quelques variétés peu notables *, sans de grandes luttes, sans de bien dures épreuves.

Mais il en est d'autres qui subissent de plus rigoureuses purifications et vont plus loin dans l'amour, soit que Dieu ait des desseins plus élevés sur elles, soit qu'elles-mêmes le demandent avec plus d'instance, ou bien qu'elles se montrent plus exactes à mourir en tout à elles-mêmes par un recueillement plus continuel et une abnégation plus généreuse 2. « Quant Dieu, dit saint Jean de la Croix, ne trouve pas dans les âmes une force suffisante, Il ne poursuit pas l'œuvre de purification. » (Vive flamme, str. II, vers 5.)

Ces âmes généreuses, dont le martyre intime est si pénible, le plus souvent avaient été déjà plus éprouvées que les autres avant d'arriver à l'état de perfection. Elles avaient eu plus de

1 P. Surin, Cat. spir.. t. 1', 6e partie, eh. vin.

* « Mes chères filles, disait un jour sainte Jeanne de Chantai aux religieuses de la Visitation, la plupart de nos saints Pères et piliers de l'Église n'ont pas été martyrisés, poiuquoi vous semble-t-il que cela soit arrivé? » Aptes que chacune eut répondu : « Et moi, dit-elle, je pense que c'est qu'il y a un martyre qui s'appelle le martyre d'amour, dans lequel Dieu, soutenant la vie de ses serviteurs, les rend à la fois martyrs et confesseurs. . . Mais cela s'entend des cœurs généreux et qui. sans se reprendre, sont fidèles à l'amour; car les cœurs faibles, Notre- Seigneur ne s'applique pas à les martyriser; Il se contente de les laisser aller leur patit train, de crainte qu'ils ne Lui échappent s'il les pressait. » Une sœur demandant en quoi consistait ce martyre d'amour : « Donnez votre volonté à Dieu, répondit la Sainte, et vous le sentirez. » (Histoire de sainte Chantai, par Mgr Bougaud, ch. xxxu.)

178 l.E-^ AMES HÉ ROI Q

bats à soutenir, l'œuvre de leur dépouillement avait été [>ius laborieuse, mais aussi plus comq is, <lit

sainte Thérèse, il vaut beaucoup mieux que les bêtes v.-niu — les tentations de toute sorte — entrent dans cette quatrième ure et fassent la guerre à l'âme en cet état d'oraison (la •quiétude), car si elle n'était point tentée, le démon poumit

r de fausses douceurs aux goûts qu\l: le Dieu ou

diminuer sa récompense en éloignant ci' i peut

la faire mériter. » (4e Demeure, ch. i.)

Saint Jean de la Croix nous dépeint les mêmes combats : « Dieu permet souvent, dit-il, à l'ange de Satan, à l'esprit de fornication, de troubler leurs sens par de violentes et abomi- ^ révoltes, leur esprit par d'horribles pensé» s et leur imagination par de très vives représentations, plus pénibles miile fois que la mort. » Et le Saint ajoute : « Dieu n'enveie ordbu irement ces tempêtes et ces troubles de la purification sensitive qu'aux âmes qu'il a dessein de faire pénétrer dans la seconde nuit. » (Nuit, I, 14.)

combats, déjà si violents quard ces § dans la quatrième demeure, se sont prolongés dans la cinq;.

s ont établies dans une perfection pîus soli>. pro-

fonde. Leur amour est devenu plus ardent. Par aili'-uï.-. persuadées de leur faiblesse, elles ont été plus amoureuses de la solitude et de la prière, plus fidèles aussi au dépouillement tel que nous l'avons dépeint et à la mortification active. Au- -sont surtout ces âmes qui ont ressenti plus vivement ce que nous avons appelé avec saint Jean delà Croix l'anxiété d'i ttWf, sentiment à la fois pénible et doux, causé et par le désir brûlant qu'elles éprouvent d'aimer Dieu davantage et par la vue de Jeur impuissance.

§ 2. — Quelques remarques préliminaires

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