DISPOSITIONS INTIMES
i"S dont j'ai précédemment parlé »; puis, elle s'indigne de 'a faiblesse des termes qui demeurent si éloignés de la réalité. Citons d'elle quelques passages :
'uand l'âras i st élev même, illustré
la présence de Dieu, quand Dieu el wkrencontrés dans
ii l'un de l'autre, elle conçoit, elle jouit, elle se repose dans les divins bonheurs qu'elle a conter. I-
toute parole et toute conception. ■> Et, p'us loin, elle dit en-
: « Souvent mon âme est élevée en Dieu à de si fou-'
mtes joifs que leur durée serait intolérable au corps qui
■rail là sur plac - membres... Délectation, plai-
sir, joie, tout se succède sans se ressembler. Oh ! ne me faites plus parler, je ne parle pas, je blasphème, et si j'ouvre la bouche au li> u de manif< ster Die», je vais Le trahir. »
(n'éprouvent à les décrire ceux qui ont ressenti
•notions pleines - montre combien elles surpassent
toute imagination. Ainsi s'explique le mot d saint Ignace, « que
s Saints qui sont écrites ne disent point les choses les
plus excellentes des Saints, et que ce qu'il avait reçu de Dieu
était plus que tout ce qu'il voyait écrit de leur vie. » (Surin, loco
■ 228: L s faveurs accordées par Dieu à ces âmes, nous l'avons . peuvent, rester dans l'ordre de la foi; elles sont admirables et sublimes sans être miraculeuses. Elles peuvent, au contraire, revêtir un tel caractère d'étrang-té et de merveilleux, qu'il y ait vraiment miracle. Tels sont les ra\ meni- sprit, révélations, visions, etc. On peut en voir
la description dans sainte Thérèse (6e Demeure, ch. ni et suiv.), dans saint Jean de la Croix (Cant. spir., str. XIII), etc.
D i es derniers dons nous dirons seulement qu'à notre avis un grand nombre d'âmes héroïques en sont, favorisés. Elles sont devenues si chères à Dieu qu'il use avec elles de la familiarité la plus tendre; Il les admet comme naturellement à la connaissance de ses secrets et leur octroie des communications toutes divines. Encore n'en connaît-on que la plus petite partie, l'humilité de es amis de Dieu leur faisant tenir caché le secret du Roi dos rois: Si le saint Curé d'Are n'avait été obligé, pour le bien d"s âm s. de manifester les lumières vraiment miraculeuses qui lui faisaient pénétrer les secre's des cœurs, et qui lui per-
mettaient souvent de connaître mieux qu'eux-mêmes les fautes de ses pénitents, qui donc aurait su que Dieu lui accordait de Si hautes faveurs?
229. Néanmoins, selon la remarque que fait saint Jean de la (Iroix, avant d'énumérer les diverses faveurs accordées aux âmes fiancées — car le Saint appelle l'état que nous venons de décrire l'état des fiançailles — « il ne faut pas croire que tous rt'ux à qui il est donné de parvenir à cet état sublime participent à toutes ces grâces, ni que chacun d'eux possède, ou de la même sorte, ou au même degré, les connaissances et les impressions qui s'y rattachent. Aux uns Dieu donne davantage, aux autres II accorde moins; les uns reçoivent d'une certaine manière et les autres sous une forme différente; et cependant ils sont tous élevés à l'état de fiançailles spirituelles. » (Cant. spir., str. XIV).
Quoi qu'il en soit, voici, pour terminer cette question, l'énumération, d'après saint Jean de la Croix, des bienfaits admirables accordés par Dieu, dans une mesure plus ou moins grande, aux âmes purifiér-s : « L'âme voit et possède, dans l'union qu'elle a acquise avec Dieu, une abondance de richesses inestimables; elle y trouve le repos et le plaisir qu'elle désirait, elle y reçoit sur la Divinité des lumières merveilleuses, qui lui révèlent d'admirables s<?crets, et c'est là un des mets qu'elle savoure le plus délicieusement. Elle sent en Dieu une puissance et une force terribles, en présence desquelles disparaissent toute autre force et toute autre puissance — c'est là le secret de cet héroïsme dont elle fait preuve dans la pratique de toutes les vertus, héroïsme dont nous avons fait plus haut la description — elle goûte en Lui une ineffable douceur et des délices spirituelles incomparables, elle y trouve la lumière divine et une parfaite quiétude; elle jouit d'une manière très relevée de la sagesse de Dieu, qui resplendit dans l'harmonie des créatures et dans les œuvres divines1, elle se sent remplie de biens, délivrée et à
1 Cbs lumières, qui lui donnent une joie très douce en lui montrant la sagesse de Dieu dans ses œuvres, lui causent aussi des peines extrêniîmsnt vives quand elle voit les créatures se dérober au plan divin et ne pas donner à un Dieu^i grand et si bon la gloire qu'elles Lui doivent. ] > i là son affliction à la vue des fautes des pécheurs et aussi à la vue de sa propre misère et de son impuissance à glorifier le Seigneur autant qu'il le mérite.
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l'abri de tout mal. Mais, par-dessus tout, elle comprend qu'elle jouit d'un amour inappréciable, qui fait toute sa nourriture
■ et dans lequel elle est confirmée. » (Ibid.)
230. Certains auteurs ont essayé de classer méthodiquement 1< .s faveurs diverses accordées par Dieu à ces âmes d'élite et d'en indiquer l'ordre de succession. C'est là, à notre avis, une tâche impossible; bien plus, ce serait une erreur manifeste de prétendre établir un ordre régulier et systématique dans les phénomènes, miraculeux ou non, qui se succèdent dans cet état. Transports, touches divines, liquéfaction ou écoulement de l'âme en Dieu, angoisses d'amour, langueurs d'amour, blessures d'amour, extases, ravissements, vols d'esprit, visions imaginaires1, visions intellectuelles, apparitions de Notre-Seigneur, révélations, etc., toutes ces grâces sont susceptibles de mille combinaisons diverses : elles peuvent se rencontrer toutes dans un même sujet, tandis qu'un autre n'en éprouvera que quelques-unes; elles peuvent aussi s'entremêler de bien des
. manières différent' s.
« Dans l'ordre de la grâce, écrivait le P. Libermann, il y a plusieurs choses qui se combinent et qui, par conséquent, nous empêchent d'y suivre l'ordre et l'enchaînement que Dieu met dans ses œuvres, parce que nous ne connaissons pas toujours tout 'S ces choses, qui se combinent ensemble, ni le degré de chacune d'elles. Ces choses sont : 1° la prédestination éternelle de Dieu sur chaque âme, sur son degré de gloire et son degré de grâce; 2° la malice de l'homme qui s'oppose à cette grâce, je veux dire le degré de cette malice; 3° la volonté humaine avec ses différents penchants et affections, qui répond plus ou moins à cette grâce divine; 4° le caractère, le tempérament et les dispositions intérieures, de chacun, ce qui apporte de si grandes modifications à l'action de la grâce; 5° les circonstances extérieures dont le sujet est environné. Tout cela influe considérablement sur les âmes et produit des variations sans nombre dans leur état intérieur. . . Arrivée à la contemplation, l'âme passe par différents états, car l'oraison se perfectionne à mesure que l'âme avance; mais qu'il y ait un ordre et un enchaînement suivi, je ne le crois pas, Cela dépend uniquement de la perfection avec laquelle on avance et des desseins de Dieu sur chacun. Défiez-vous des auteurs qui veulent
tout savoir et tout régler. » (Libermann. Lettre du 9 août
Le P. Lallemant est du même avis. « Dans les eliv communications que Dieu fait aux âmes de-ses dors et de ses - ii n'y a point d'ordre certain et limité, de manière qu'on puisse dire : après cette opération, par exemple, suivra cette ;tutr'\ Sainte Thérèse donne cet avis et dit que l'ordre qu itnét entre les faveurs qu'elle reçut de Dieu, n'est que pour elle et marque seulement ce qu'elle avait expérimenté. » (Doclr. spir., dernier paragraphe.)
§ 3. — Légères imperfections des âmes héroïques
231. Ne sunble-i-il pas qu'il ne manque rien aux âmes iques et qu'elles sont parvenues au plus haut d' gré de îeotionque l'on puisse atteindre icirbas?
Nous verrons, en traitant du septième degré, qu'il es! une sainteté plu; élevée encore. Les imperfections de cessâmes sont bien petites et difficiles à apercevoir; c< perdant, aux yeux du Dieu de toute sainteté, il manque qu eise à leur
perfection-.
Ainsi elles consentiront :peut-ètre à contenter certaines inclinations natur ;ue imperceptibles, aimant mieux une chose qu'anse initie-; elles s'attache*o»t quelque peu aux consolations spirituelles *; dans leurs rapports avec le prochain, elles ont quelquefois par une condescendance trop humai' « Je suis bien heureux, Seigneur, dit Suzo dans son colloque neufs rochers, de conierapder la petfectioa dés habitants rocher (le huitième), ceux-là du moins doivent être unis ur principe.
Jrsu->-C!irist. — Tu te tromp?s, He-nri; Dieu, il est vrai, les
ble de grâces extraordinaires; les anges leur font voir des
- divin s sous des formes et des images sensibles; leur âme
■ rnée d'admirables vertus, et ils approchent plus que tous
i tn-s de l'union parfaite, mais ils ne sont pas encore arrivés
au sommet de la montagneet au dernier degré de la perfection.
- II '■■•nri. ■ — D'où vient qu'ils. ne sont pas encore en possession
i Cf. Cantique spirituel, strophes XXVI et XXVIII.
LEIRS DISPOSITIONS INTIMES
afaite ei qu'ils ont tant de difficultés pour a à ki; | mir parvenir au eoraflael de la moni
■'. — Il y a deux obstacles, qui sont les ; plus parfaites de l'ennemi. Le premier est que, quand i çoivent le rayon divin, ils s'y attachent avec ardeur et veulent quitter le rocher pour voler plus haut. C'est une imperfection qui les éloigne, à un certain degré, de l'union parfaite; ils ne pas du défaut caché de la volonté et, parce qu'ils n'ont pas entièrement déraciné de leur cceur jusqu'aux désirs des consolations divines, ils ne peuvent avancer davai Le s cond obstacle est qu'ils se complaisent, sans le sa dans les voi.s ex raordinaires par lesquelles Dieuhs conduit,, et dans les secrets célestes qu'il leur révèle par des visions et d< Oreu voit ce défaut ; mais, comme II sait combien
la nature est difficile à détruire, Il leur pardonne et les'cons d ns ce même degré de sainteté et de grâce. »
parut, dit sainte Véronique JuMani, qui- le Seigneur m • donna une certaine lumière-sur les défauts que je commets à j at .es : Il me reprocha certaines paroles oiseuses et beaucoup de pensées inutiles, et encore de n'avoir pas tout- fait par pur amour, mais d'avoir mêlé à m°s œuvres un peu d'amourpropre. » (Diario, 1 Maggio, 1694.)
-ont là. sans doute, des taches fort légères, pui- -font l'amour est pourtant si délicat et si ]■ les aperçoivent à p'-in^. Et c pendant il est vrai de dire qu'en elles la partie sensible n'est pas encore complètement dompt.' -, ni la nature parfaitement assujettie '. Le démon parvient donc à leur nuire quelque p^;u; il y met du reste un très grand acharnement. « Il .emploie, nous dit saint Je-an de la Croix.
perfidie} il met en œuvre tous ses artifices pour ré à troubler l'âme et à lui ravir quelque chose, si peu qu du bien dont elle jouit. Il s-.mble, en effet, bien préfe< esprit maudit de priver une âme parvenue à 4' étal nous décrivons, de quelque degré de gloire; de kettheur
plutôt que d'en r une foui
dans un abîrn •■ d ■ crimes énormes, parce que celles-ci n'ont o^ presque rien à }> ndre, tandis que la fcàen-aimée'd
Cf. Cantique spirit., stroph:- XV euh fin-.
possède d'inappréciables richesses. Perdre une petite quantité} d'or très pur est un bien plus grand malheur que de perdre une quantité considérable de métal commun et vulgaire. » (Cant. spir., str. XVI.)
§ 4. — Mérite et sainteté de ces âmes d'élite
233. Malgré ces taches légères imperceptibles à des yeux mortels, l'âme purifiée mène une vie admirable. Elle entreprend avec courage les travaux les plus pénibles, les oeuvres les plus ardues, elle supporte avec paix les épreuves les plus dures. Grâce, en effet, à la force sublime que l'Esprit-Saintlui a communiquée, à sa confiance en Dieu, que la purification bien supportée a rendue plus ferme encore, ces épreuves ne lui causent plus les mêmes angoisses, les mêmes doutes cruels; « elles ne méritent plus le nom de peines, nous dit sainte Thérèse, puisque l'âme, en les souffrant, connaît que ce sont de grandes faveurs de Dieu, et qu'elle en est très indigne ». (6e Demeure, ch. ier.)
Quelle somme de mérites n'amassent pas des cœurs si bien disposés, combien ne sont-ils pas chers à Dieu ! Plus on considère la puissance de leur intercession, qui se mesure à la grandeur de leur sainteté, plus on comprend ces paroles de Notre- Seigneur à Suzo : « Si l'Église possédait beaucoup de ces grands serviteurs de Dieu, les affaires de la chrétienté iraient bien mieux qu'elles ne vont. »
§ 5. — Direction de ces âmes
234. Arrivée à ce point de la vie spirituelle, l'âme est évidemment sous l'influence constante de la grâce et sous la direction pour ainsi dire continue de l'Esprit-Saint. Le rôle du père spirituel doit donc se borner à faire suivre à l'âme cette direction divine et à l'empêcher de s'en écarter jamais. Il n'a plus guère besoin d'exhorter, de suggérer, d'imposer des pratiques, mais plutôt de surveiller, de donner aux inspirations de la grâce le contrôle extérieur, aux œuvres le mérite de l'obéissance, et de préserver l'âme d'entraînements imprudents.
Combien ce rôle est délicat ! Chez certaines âmes qui pra-