LEURS DISPOSITIONS INTIMES
tiquent d'héroïqu* s vertus, l'activité naturelle mêle encore son impulsion aux motions de la grâce et peut conduire à des sacrifices inconsidérés, à des privations, à des austérités nuisibles *, aussi, et plus souvent, le Seigneur qui dirige ces âmes a des vues tout s différent' s des vues humaines; et l'on se tromperait grossièrement en voulant soumettre tous leurs actes au contrôle insuffisant de la sagesse humaine. Un directeur qui condamnerait une entreprise, même en apparence déraisonnable, d'une âme sainte, pourrait entraver l'œuvre de Dieu. Ainsi aurait fait celui qui aurait voulu empêcher sainte Thérèse d'entreprendre sa réforme, sainte Marguerite-Marie de propager le culte du Sacré-Cœur. De même Dieu demande parfois à des âmes généreuses des mortifications extraordinaires et qui semblent imprudentes : les jeûnes du B. J.-B. Vianney étaient certes, absolument contraires à toutes les règles de la sagesse "humaine; si un directeur avait voulu l'arrêter dans cette voie, il se serait opposé aux desseins de Dieu, et il aurait nui à la sainteté du bon Curé.
235. L'art de la direction est le plus noble, mais aussi le plus délicat de tous les arts, ars artium regîmen animarum, et celui qui est appelé à l'exercer doit demander instamment au Seigneur les lumières nécessaires. Mais si ce devoir de la prière s'impose à tout directeur, n'eût-il à conduire que des âmes d'une vertu commune, il devient d'autant plus impérieux que les âmes confiées à ses soins sont plus élevées en perfection.
Diriger une âme d'élite appelée par Dieu à la pratique d'héroïques vertus est une charge redoutable; celui qui l'a doit redoubler de soins dans le travail de sa propre sanctification, s'appliquer lui-même à pratiquer le renoncement absolu et l'amour divin dans toute sa perfection. En effet, plus ses propres dispositions seront parfaites, mieux il comprendra les dispositions intimes des âmes saintes et aussi la conduite de Dieu sur elles : ceux qui ne sont pas fervents, fussent-ils très doctes, ne peuvent comprendre ce qui se passe dans le cœur des Saints, et leur complète inexpérience des opérations mystiques
1 Voir les conseils que donne sainte Théièse sur la nécessité de régler les pénitences, de modérer le désir de mourir, qui, parfois, saisit ces âmes aimantes au point de les consumer. Chemin de la perfection, ch. xtx.
de la grâce rend leur tâche de directeur beaucoup plus difficile.
Du reste Dieu prend plus volontiers comme interprètes d volontés ceux qui sont plus aimants ei plus saints : Il les éclaire; Il les inspire, Il trouve en eux des instruments déciles; au contraire, les cœurs négligents ou imparfaits présentent beaucoup d'obstacles aux lumières qu'il veut communiquer.
236. Quand un directeur a sous sa conduite une âme qui lui parait héroïque, il doit avant tout s'assurer qu'elle est vraiment parvenue à ce d gi é, car Die» a de grands desseins sur e< s âim s saintes et le directeur doit les favoriser.
La vraie marque snra la pratique surhumaine d< s vertus. D'abord de l'humilité. L" père spirituel a le droit d'éprouver son pénitent. Quand il en aura l'occasion il pourra le reprendre avec sévérité, parfois avec rudesse, quelquefois même le r< buter et ne pas faire attention à sxs paroles, à ses actes, à sa personne. Mais il n'ag'ra de la sorte que rarement et ne fera pas de cette manière d'agir sa règle habituelle : ne doit-il pas se souvenir qu'il représente Nôtre-Seigneur? or, si le divin M i pe mil à» l'épreuve la foi de la Chanané. une, si un jour II appela saint Pierre Satan, Il n'en fut pas moins, dans sa conduite habituelle, plein de bonté et d'aménité pour tous. A plus forte raison, le teur ne doit-il pas, sous prétexte de l'éprouver, taire sortir cette âme généreuse de la voie où Dieu l'appelle.
Deux autres vertus doivent servir de critérium : la fidélité au devoir d'état et la charité envers le prochain. Quand même chez une personne certaines vertus paraîtraient au-dessus des forces communes de l'humanité, si les autres vertus et particulièrement la charité et la fidélité aux devoirs d'état n'étaient pas, elles aussi, aimées et pratiquées d'une façon parfaite, il ne faudrait pas conclure à l'héroïsme.
237. Les âmes héroïques ont encore à veiller sur leur tempérament qui n'a pas perdu toute son influence. Si elles sont d'un naturel bouillant, elles sont exposées à mêler à leurs entrepi
à leur soit de sacrifices une certaine ardeur trop humaine, et elles doivent être modérées. SI elles sont portées naturellement à la mélancolie, il ne faudrait pas' attribuer uniquement à l'humilité leurs inquiétudes, leur besoin de s'examiner sans , les craintes qu'elles éprouvent de ne pas agir purement
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pour Dieu ou de gâter l'œuvre divine en y prêtant leur concours,
ne faut pas craindre dp leur reprocher leurs angoisses et de
ngager à un abandon absolu et à une sainte audace.
Du reste, le directeur n'aura guère qu'à favoriser le travail
; grâce, qui dai s ces âmes d'élite tend sans cesse à détruire
- des défauts naturels. L'Esprit de Dieu l<'ur fait
laître.par ses reproches intimes ce qui est encore défectueux
dans leur conduite, et 1rs aveux qu'elks en font volontiers
nt leurs directeurs.
Elles doivent donc être très dociles à la conduite du Saint-
it. Leur vigilance — et il est à propos de le leur rappeler
.-• nt — doit s'expreer sur cette parfaite fidélité; elles doivent
r soin de se tenir toujours sous l'esclavage de la grâce, ne
p uni agir pi r les mouvements de la nature, et dans les œuvres
qu'elles font ne pas dépasser l'impulsion donnée par le Saint-
iit.