‹ Les degrés de la vie spirituelleChapitre 151 sur 170 · SUPRÊMES PROGRÈS DE L'AME SAINTE · texte numérisé non relu

SUPRÊMES PROGRÈS DE L'AME SAINTE

De terribles souffrances physiques consumèrent son corps; sans un secours particulier de Dieu ■ l'humanité n'aurait pu vivre au milieu des martyres si multipliés et si acerbes qu'ils De uvent raconter en langage ordinaire et qui, s'ils étaient racontés, ne seraient pas compris, quand bien même on les rait avec les yeux; le martyre intérieur était infiniment plus grand encore que l'extérieur et on ne savait par quel moyen ou par quelle voie y porter remède. Quelquefois Dieu soulageait l'humanité durant quelques jours, pendant lesquels elle restait sans souffrance et paraissait saine, bien que l'oppression intérieure allât toujours croissant. Elle se promenait alors par la maison et se consumait toute, sans que personne compiit ce qu'elle avait, tant cette opération divine était subtile, cachée et pénétrante... Elle persévéra duc ans dans cet état, ayant chaque jour moins conscience et connaissance de ces opérations occultes, par lesquelles Dieu la tenait liée avec soi. »

La Sainte avait donc, quand prit fin cette nouvelle purification, environ quarante-et-un ou quarante-deux ans. Quelle fut la sublimité de sa sainteté pendant les dix-huit ou vingt ai. s qu'elle vécut encore, il est impossible de le comprendre; mais il ne nous semble pas douteux qulelle fut, dès lors, établie dans ce dernier degré de l'échelle mystique que les auteurs appellent l'union transformante. Elle dit, en effet, « que, vers la fin de cette opération (purifiante), Dieu lui montrait parfois un rayon de cette gloire dont elle était proche, parce que les affections de l'âme et les sentiments du corps étaient consumés. . . Elle vit alors que Dieu tenait l'esprit tellement fixé en Lui qu'il ne le laissait point se détourner un seul petit moment. » (Chap. xi). C'était donc le commencement de l'union parfaite, qui devint l'état de la Sainte jusqu'à la fin de sa vie.

243. La période des labeurs héroïques, qui précède l'union parfaite, n'est pas toujours aussi longue qu'elle le fut pour ces df-ux grandes âmes, puisque d'autres Saints ravis de bonne heure à la terre, comme sainte Catherine de Sienne, comme saint Louis de Gonzague, qui mourut plus jeune encore, furent élevés à ces hauteurs suprêmes de la perfection. Dieu peut suppléer à ces longs travaux par d'autres grâces; il peut encore augmenter la capacité d'amour de ceux qu'il veut laisser moins longtemps dans le monde et corriger la brièveté par l'intensité.

Le chemin peut aussi être abrégé pour une autre raison; c'est que, comme nous le dirons, Vunion transformante elle-même est susceptible de degrés lien divers et qu'une préparation plus courte et moins rigoureuse peut suffire à une union transformante moins élevée.

Mais, qu'elle soit de brève ou de longue durée, une préparation est nécessaire : il y a bien des pas à faire pour monter jusqu'à ces hauteurs! Sainte Thérèse et sainte Catherine de Gènes nous ont raconté elles-mêmes comment ellc-s y p; rvii encore n'ont-elles pu nous faire connaître la millième partie de leur vie intime. Mais combien d'opérations divines, non moins merveilleuses, se sont accomplies dans le cœur d ? autres Saints, dont la vie extérieure nous est seule connue ? Que se passa-t-il dans le cœur d'un saint Martin, d'un saint, Benoît, d'un saint Bernard, d'un saint Dominique, d'un saint François d'Assise, d'un saint Antoine de Padoue, d'un saint Ignace, d'un saint François de Sa'es, etc.? Comment atteignit haut

degré de sainteté qui étonna le monde? Ii y a là d impénétrables, dont la révélation ne s. ra pas l'une de nos moindres joies dans le paradis. Quoique bien nt à

décrire les phénomènes par lesquels s'opère l'ascension suprême de l'âme fidèle au faite de la perfection, nous - d'en

dire quelque chose : ce sont des opérations de Dieu si suaves, si célestes, que le peu que nous en pourrons balbutier, si incomplet soit-il, offrira, croyons-nous, intérêt et édification.

§ 3. — La purification d'amour

244. « Avant d'aller plus loin, dirons-nous av. c saint Jean de la Croix, rappelons ici un point d'une grande importance.

« Dans l'état des fiançailles spirituelles — sixième degré — l'âme ne ressent pas tout entière les douceurs du repos, que comporte cet état, dans lequel cependant le Bien-Aimé communique à son épouse tout ce qu'il peut lui donner en cette vitelle les éprouve seulement dans sa partie supérieure. Tant qu'elle n'est pas parvenue au mariage spirituel, la partie s-nsi-

SUPRÊMES PROGRÈS DE l'ami: SAINTE

( encore des peines et ne peut assujettir parfaitini- nt la nature l ».

Ainsi, dans le sixième degré, maigri' l'éminente perfectioi

ùtive ne participe pas encore à l'union divine ut que la partie supérieure reçoit les faveurs de l'Époux, elle, au contraire, souffre d>' n'être pas dégagée d tendant' s naturelles, de s s angoissi s et de ses douleurs.

245. Pour faire disparaître, autant qu'il se peut ici-b;: dernier r< ste de la misère humaine, Dieu se scia ira dis anxiétés d'amour qui, dans cet état, sont souvent d'une intensité i ffroyable. En effet, le sentiment de la présence divine est loin

. Tàine ne l'éprouve que par intervalles. Dii rapproche, puis s'éloigne, pour revenir encore et s'éloigiv nouv s et d'absences est

doute un jeu de l'amour et n'a pas d'autre but. que d'amené] unes à la plus haute perfection » (Sainte Calh. de Sien.. Dial.,c\\. lxxiii) ; mais ce n'en est pas moins un jeu cruel pour ce cœur si avide de l'union divine.

« L'absence du Bien-Aimé est pour l'âme un sujet d'afflii profonde et quelquefois elle se fait sentir si vivement qu'il aucune douJeur en ce monde qui puisse lui être comparée. Dans cet état, l'amour de l'âme pour" son Dieu a puissamment grandi, et c'esl pour cela que, dans l'absence du Bien-Aimé, cet amour la to.: l'une manière si sensible ri si violente. A ce tour-

m -nt y'' n! i-ncore s'ajouter la peine très amère que lui cause toute espèc - d ■ commerce ou de communication avec les tares. Gomme l'âme se trouve dans le feu de ces ardents désirs, que l'union avec son Dieu a encore ravivés, tout ce qui p ut l'en distraire lui est singulièrement à charge et souverainement douloureux. » (Cant. spir., str. XVII.)

2 * 0 . Sainte Thérèse explique plus à fond cette angoisse de l'âme >'t la peinture qu'elle en donne est effrayante.

(6e Demeure, ch. xi.)

« Coin m ! de jour en jour cette âme a une connaissance plus claire des grandeurs de son Dieu et qu'elle se voit séparée de Lui et loin encore de Le posséder, elle brûle d'un désir beaucoup

1 Cantique, strophe XV, Cf. strophe XVIII. — Sainte Thérèse fait la munir1 rem irque, '" Demeure, ch. l-r.

plus ardent de Lui être unie. Découvrant à une lumière de plus en plus vive combien ce grand Dieu, cet admirable M. îtr^, mérite drêtre aimé, elle s'enflamme de plus en plus dvamoui pour Lui, et quand ce désir d'être unie à Dieu dure depuis quelques années, il s'accroît à un degré tel qu'il cause à l'âme cette grande peine dont je vais parler. . . .

. . . Sans doute ces grands désirs de voir Dieu, ces larmes, ces impétueux transports, dont nous avons parlé précédemment, causaient déjà à l'âme une vive souffrance*; mais tout cela n'est que comme un feu mêlé de fumée qui, n'étant pas encore bien allumé, peut se souffrir en quelque sorte et ainsi n'est presque rien en comparaison de cet autre feu dont j'ai à parler. Ici l'ânte se trouve embrasée d'un tel amour que, très souvent, à la moindre pensée, à la moindre parole qui lui rappelle que la mort peut tard?r encore à l'unir à son divin Époux, soudain, sans qu'elle sache ni d'où ni. comment, elle se sent frappée comme d'un coup de foudre, ou comme Îransp2rcée par une flècl f^u ... Et cette blessure n'est point faite à l'endroit où nous

ntons les douleurs ordinaires, mais au plus profond, au plus intime de l'âme, dans cet endroit où ce rayon de feu en un instant réduit en poudre tout ce qu'il rencontre de notre terrestre nature. ..

« Gardez-vous de croire, mes Sœurs, que j'exagère en parlant dn la sorte. Je suis irès assurée, au contraire, que les termes manquent pour peindre un tel martyre. Les sens et les puis-

s sont suspendus à l'égard de toutes les choses de ce monde, ils ne conservent d'activité que par rapport à Dieu. . . Car l'entendement voit à une très vive lumière avec quelle raison l'âme s'afflige d'être séparée de son Dieu, et Xotre-S^igntur augmente encore sa peine par une claire et vive connaissance qu'il lui donne de ses amabilités souveraines et de ses perfections infinies. . . Tant que duré ce martyre, l'âme ne sent aucune douleur dans le corps. . . Les souffrances intérieures de l'âme sont si vives et surpassent tellement les souffrances du corps que, quand on le mettrait en pièces, elle ne le sentirait pas. » (Traduction Bouix.).

ute Thérèse ne nous apprend pas pendant combien de

- se prolongea pour elle ce martyre intime; elle nous dit seulement que chacun de ces assauts de l'amour divin durait

peu, trois à quatre heures au plus. « Si cette peine durait plus longtemps, ajoute-t-elle, je ne pense pas que notre pauvre nature pût la supporter sans un miracle. »

Nous avons à dessein supprimé du tableau que nous trace sainte Thérèse certains détails, comme le déboîtement des os, le cri qui échappe involontairement. Ce sont là évidemment des circonstances accessoires : elles s'étaient rencontrées en sainte Thérèse, mais bien des Saints ont pu ressentir les vives angoisses de la purification d'amour sans ces symptômes extérieurs.

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