CHAPITRE II
Le dernier degré de la sainteté; lunion stable et parfaite
§ 1er. — Le mariage spirituel
247. Avant d'expliquer. la nature de l'union transformante, nous devons élucider une question importante : cette union suprême doit-elle se confondre avec le mariage mystique? Celui qui ne lirait que sainte Thérèse et saint Jean de là Cr.ix répondrait par l'affirmative; telle était notre opinion avant d'étudier les vies et les écrits d'autres saintes âmes, qui reçurent, elles aussi, la faveur du mariage spirituel. Les Saints, dans leurs écrits parlent surtout d'après leur expérience personnelle; or, pour sainte Thérèse et saint Jean de la Croix, la faveur du mariage mystique semble bien avoir coïncidé avec l'entrée dans le septième d^gré; aussi décrivent-ils l'union transformante sous le nom de mariage spirituel.
Mais ce terme de mariage spirituel, bien que désignant toujours une union fort étroite entre Dieu et l'âme, ne s'applique pas nécessairement à ce suprême degré. Nous avons la preuve qu'il s'applique à des degrés divers dans ce fait que plusieurs saints personnages reçurent à diverses reprises la faveur du mariage spirituel.
Sainte Véronique Juliani avait passé par les épreuves qu'elle , nous a décrites (supra, n. 208), quand le 11 avril 1694 — elle était âgée de trente-trois ans — eut lieu son mariage mys'ique^. dont elle a raconté la très touchante cérémonie (i. II, p, et suiv.-) Trois ans plus tard, le 7 avril 1607, Nôtre-Seigneur, qui avait maintes fois renouvelé avec Véronique ses saintes épousailles, lui fit comprendre qu'il allait contracter avec elle une nouvelle alliance, qui si-rait perpétuelle, et indissoluble — ■ vincolo di legame unitivo perpétue ed indissolubile. — Au moment de la communion, tirant un anneau de son côté sacré ï, Il le lui remit en disant : « C'est maintenant le véritable mariage. I qui ont eu lieu précédemment entre nous n'étaient que des moyens pour arriver à cette parfaite union que maintenant je contracte avec toi 2 ».
Il en fut de même de la Vén. Marine Escobar.
248. Il y a entre Dieu et ses créatures diverses unioi intimes qu'elles ne peuvent être mieux exprimé s en langage hum un que par le symbole dai mariage. Mais qui pourra comprendre combien de grâces d'union de p'us en plus étroite peuvent être opérées par Celui dont l'amour est infini et la puissance sans bornes, quelles faveurs II accorde à s s intimi s, faveurs de plus en plus précieuses, qui rapprôch >nt toujours davantage l'âme de Dieu et resserrent l'union qui se fait par l'amour, par l'assimilation des volontés et par la communication des biens? ,
TTs sont, en effet, nous semble-l-il, les éléments qui se rencontrent dans le mariage mystique : amour porté jusqu'à l'héroïsme; subordination habituelle de la volonté humaine à la volonté divine, la première attendant le mouvement de la grâce qui lui manifeste la seconde; communauté des richesses spirituelles.
L'amour s'exerce dans la partie la plus intime de l'âme : « Depuis ce temps-là, dit la Vén. Marie de l'Incarnation (depuis son mariage spirituel), mon âme est demeurée dans son centre,
i II lui avait déjà donné un anneau lors du premier mariagç, trois ans auparavant.
* Ora e vero sposalizio. Gli allri cke tu liai jaiti meco, sono stati mezzï per arrivare a queslo perfetto che ora faro con te.
IERNIER Dl UXTETÉ
hose si simple et si de.
On peut parier de tout, on peut •, travailler et faire tout c - veut, et ;
occupation foncière demeure toujours, et l'âiw d'être unie à Dit u . . . E s orages des tentations (qui c dant peu\ parfois fort vives) n'arrivent point là, et rien
trt tirer l'âme de son bienfrur-ux séjour. » ( Vie, par Cl. additions, p. 1 L s inspirations de la - t devenues si tréquenti s que
sait, pour ai] - en toute circonstance, ce que
d'elle. « L'âni-, dit encore la
moteur gracieux (l'Esprit-Saint), qui dans Je maspiritue! a pris poss ssion d'elle. » {Vie, i, 23, p. e action de l'Esprit divin, qui la tient si fortement u . ne lui permet pas d'oublier ks intérêts de son Époux, ni
oie.
ifin l'union est devenue si intime entre Dieu et sa créature
'a rien qui ne soit à Dieu et Dieu n'a rien qui ne
à elle. L'Amour t si à l'Âme, dit la mène- Servante de
L'Amour, L si je l'ose dire, tous biens sont
. et il n'y a plus de distinction du mien et du si
. 121.) L'âme a é;é placée de son gré dans un ou elle ne peut plus vouloir que ce que Dieu veut. Si elle ignore la volonté de Dieu, elle ne veut rien ; quand au contraire elle la connaît, e'ie ne peut plus vouloir autre ch pen-
dant elle r< ste très libre. Elle a donc fait à Dieu l'abandon de tous ses goûts, de tous ses désirs, de toutes ses volontés, de s ses œuvres.; elle ne veut plus agir pour elk-mème, elle ne s'appartient plus. En retour Jésus lui donne comme un droit hisses qu'il a acquises, sur s. s mérites : elle peut y r, comme une épouse peut puiser dans les trésors de l'Époux. Quand Notae-S iigneur accorda à Jeanne Bénigne Gojoz, sainte ■use Visitandine du xvne siècle, la faveur du mariage spirituel, Il lui dit : « Tu entres aujourd'hui, et à ce moment même, en la participation de mes biens infinis. » Et à sainte Thérèse Notre-Seigneur dit un jour (vers 1575 ou 1576, la Sainte était à Séville) : « Tu sais le mariage qui existe entre toi et moi. Gela étant, tout ce que j'ai est à toi; ainsi je te donne tous mes
2i0 LES GRANDS SAINTS
travaux, et toutes les douleurs que j'ai endurées; donc ce que tu demandes à mon Père, tu peux le demander comme une chose qui t'appartient. » (Édition espagnole, Relation, ix, 9. — Édition des Carmélites, Relation L.)
Les dispositions que nous venons de décrire se rencontrent déjà dans le sixième degré, non pas toujours, il est vrai, dans la première phase, qui est celle des grandes épreuves purificatrices, mais du moins 'dans l'état d'héroïsme acquis, qui succède à cette crise violente. Aussi croyons-nous que le mariage mystique peut se rencontrer dans ce degré.
249. Le lecteur se demandera peut-être quelle différence existe entre ce sixième degré et le septième. Cette différence doit être fort grande l, mais elle est très difficile à apprécier par nousqui en sommes si éloignés. Les astres d'une même constellation nous semblent fort rapprochés les uns des autres; mais si nous pouvions atteindre celle des étoiles qui est la plus proche de nous, nous verrions alors combien est grande la distance qui la sépare des autres.
Les différences les plus notables nous échappent donc; en voici cependant qui peuvent se constater. Cette annihilation,, librement voulue, de la nature devant la grâce, cette captivité amoureusement acceptée, qui enchaîne le vouloir humain au vouloir divin, subit dans le sixième degré d'assez nombreuses interruptions; elle est presque continue dans le septième.
En même temps elle est moins violente : la volonté humaine, bien qu'aussi étroitement liée à la volonté divine ne sent plusautant sa chaîne, elle n'est plus comme auparavant rigoureusement maintenue dans un état de sujétion et de dépendance, car l'âme participe beaucoup plus abondamment aux lumières, aux sentiments de Dieu même. Aussi n'éprouve-t-elle plus cette lassitude qu'elle ressentait parfois dans le sixième degré; la lutte y était parfois si pénible que la pauvre âme avait besoin de quelque trêve; l'ascension de la montagne était si rude qu'il fallait de loin en loin faire halte et se reposer, puis se ranimer
1 Quant au mérite ; mais pour le mode d'agir de la grâce, il ne semblepas qu'il y ait une différence entre ces deux degrés : • J'aurais pu joindre ensemble ces deux demeures, dit sainte Théièse (VIe Demeure, iv, 4), car entre l'une et l'autre, il n'y a point de porte feimée. »
et reprendre courage. L'âme parvenue au septième degré dans un état beaucoup plus stable.
Dans le sixième degré se rencontrent encore des retours sur soi-même, peu fréquents, il est vrai, et promptement réparéspar des actes d'abandon pleins d'amour, l'âme s'élançant vers son Dieu et appelant sur elle la justice divine pour détruin et anéantir ses fautes. Dans le sep'ième degré ou l'union transformante, la grâce est si abondante et si puissante qu'elle inonde l'âme. et, pour ainsi dire absorbe et engloutit les passions naturelles : « Jamais, non pas même par un premier mouvement, ma volonté ne se porte à rien qui soit contraire à l'accomplissement d • la volonté de Dieu en moi », écrivait sainte Thérèse dix-sept mois avant sa mort. {Lettre à Don Alph.Velasquez). Les premiersmouvements des passions humaines sont alors tellement faibles qu'ils sont comme impuissants à ébranler la volonté; ils ne demeurent plus guère qu'à l'état latent, et ne se manifestent plus au dehors : ceux qui voient ces âmes saintes sont portées à. croire qu'il n'y a plus chez elles d'opposition entre la nature et la grâce.
§ 2. — Combien est intime cette union avec Dieu
250, Les opérations sublimes, les grâces de choix dont nous venons de parler communiquent à Pâme une sorte d'illumination et de purification suprême. Elle se sent merveilleusement éclairée, dégagée, autant qu'il est possible en ce monde, de tout c qu'il y avait d'imparfait en elle, et unie à Dieu d'une manière pour ainsi dire indissoluble : ce sentiment qu'elle a de ne faire qu'un avec Dieu, sentiment très vif dans les débuts, est tel qu'elle n'est ni elle-même ni Dieu, mais « moi-Dieu ». Au fond ce n'est pas autre chose que la manifestation de la complète fusion de la volonté humaine en la volonté divine, ce qui est la caractéristique de l'union transformante l.
Écoutons ceux qui ont eu le bonheur d'être élevés à cet étal :
1 II nous semble bien que tout ce qui est révélation, vision — y compris la vision de la Sainte Trinité — en un mot tout ce qui ne se fait pus par les dons du Saint-Esprit, n'est pas l'essentiel de l'union trans-
« De cet état tout ce qu'on peut dire et tout ce qu'on peut comprendre, dit sainte Thérèse, c'est que i'âme, ou pour mieux .lire l'esprit de l'âme l, est devenue une même chose avec J >ieu . . . Dieu s'est uni si étroitement à sa créature, qu'il ne veut plus s'en séparer, de même que ceux qui (liés par le mariage) indissolublement unis.
« L s fiançailles spirituelles (sixième degré), sont différentes, car souvent là il y a séparation, et l'union qu'elles produisent elle aussi, différente, précisément parce qu'elle n'est pas permanente; aussi chacun de ceux qui sont unis reste ce qu'il • st par lui-même; cette faveur divine ne dure guère, et quar.d elle est passée, l'âme demeure privée de la compagnie du Seigneur, ou, pour mieux dire, n'a plus le sentiment de sa pi ésence.
« Dans le mariage spirituel il n'en va pas ainsi; l'âme reste toujours avec Dieu dans ce centre (dont j'ai parlé). L'union (des fiançailles) ressemble à celle de deux cierges de cire, si bien rapprochés qu'ils ne donnent qu'une seule lumière, mais qui peuvent être séparés l'un de l'autre; ou bien elle me la
flamme, la cire et la mèche, qui ne forme qu'un flambeau, mais que l'on peut aussi séparer. Le mariage spirituel peut se comparer à l'eau qui, tombant du ciel dans une rivière ou dans une fontaine, s'y confond tellement qu'on ne peut plus séparer une i au de l'autre, ou encore un petit ruisseau qui entre dai s la mi r et ne peut plus en être distingué. C'est encore comme une grande lumière qui se divise en entrant dans un appartement par deux fenêtres, mais qui ensuite ne forme qu'une seule Lumière. » (7e Demeure, eh. n.)
251. « Il s'établit entre la nature divine et la nature humaine, dit ele son côté saint Jean de la Croix, une union si intime et une si parfaite communication de l'une à l'autre, que ces deux
i Sainte Thérèse insiste ici sur la distinction bien connue, dit-elle, de t'ams et de l'esprit. L'âme est la forme du corps; à cause de son union .'■■.mite avec lui elle possède les puissances inférieures et elle subit leur influence mèm? dans l'exercice de l'intelligence et de la volonté. Mais elle est aussi esprit et en cette qualité elle peut dans sa partie supi ême êire tout à fait indépendante. Quand Dieu lui a fait la faveur d'opén r la division qui, selon le mot de saint Paul, sépare I'âm3 de l'esprit (Hîbr. iv, 12) elle jouit de cette indépendance et alors, cemm- le dit sainte Thérèse (VI I* Demeure, ch. 1er) l'essentiel de son âm.1 ne s» m ut jam lis de cette demsure intim.1 où Dieu réside.
LE DERNfEB L'E'JKÉ DE LA SAINTETÉ
natur conservas
uifondre l'une et l'autre en I»
énitud ; toutefois ce qui s • ut ce qu'une intelligence créée peut comprendre ■
rimsrlalangue humaine. »(Cant.spir.,s\.r. XXII). ue Dieu communiqn union si élroi: hose absolument impossibl-y
est impossible d • rien dire de Dieu qui don-
■itable idé'. Comm Baigneur lui-mê
communique à l'âme par une gloire admirable, qui la transforme en Lui, il en résulte que Dieu et l'âm I état,ne sont
qu'un, comme le erisLal et le rayon de lumière qui le pénètre, comme le charbon et le feu qui l'embrase, comme les plané la lumière du soleil qui les éclaire, » (Ibid., str. XXVI.)
« Dieu, dit-il encore, par la puissance irr> mense amour, absorbe l'âme en Lui-même avec plus de force et d'efficacité qu'un torrent de feu ne saisit une goutte de la du matin pour la transformer en une vap ur imp ;
mouit dans l'atmosphère. » (Ibid. str. XXXII). 2Ô2. Cette mystérieuse union s; fait, dit sainte Thérèse, dans le plus intérieur de l'âme. » Ec saint Jean de la Croix o aiment il faut entendre cette expression : « Nous ons ici le centre le plus profond de l'âm- les extrêmes limites que peuvent atteindre son rtu, la force de son
opération et de son mouvement sans pouvoir aller au delà. . . Dieu est le centre de l'âme. Quand donc l'âme sera parvenue en Dieu selon tout son être et selon toute la force de ses opérations, elle sera arrivée au centre le plus profond qu'elle puisse atteindre en Dieu; alors onnaîtra parfaitement, elle l'aimera de
toutes ses forces et elle en jouira pleinement et entièrement. . . sera admirablement transformée et parfaitement illuminée dans son être, dans sa puissance et dans sa vertu jusqu'au point de devenir très semblable à Dieu. » {Vive flamme, str. I. vers 3.).
253. Nous trouvons dans la vie de sainte Catherine de Ricci un miracle touchant, par lequel Xotre-Seigneur a rendu sensible son union avec l'âme qu'il épouse, faisant voir à quel point Il la rend semblable à Lui-même.
« Une des sœurs en religion de sainte Catherine de Ricci ne pouvait croire à ses extases. Un jour, la trouvant dans cet état et se voyant sans témoin, elle se mit à genoux devant la Sainte, suppliant ardemment le Seigneur d'avoir pitié d'elle et de lui arracher du cœur son obstination à ne pas ajouter foi aux ravissements de sa sainte épouse. Puis, levant les yeux vers le visage ■de Catherine, elle ne vit que le visage de Jésus-Christ avec ses /grands cheveux et sa barbe. Saisie de frayeur à cette vue, elle •veut s'enfuir. Mais, sans quitter son extase, la Sainte, la retenant ■de ses deux mains par les épaules et, la regardant en fac, lui dit : « Qui penses-tu que je sois, Jésus ou Catherine? » La pauvre enfant, encore plus effrayé^, poussa un grand cri, ce façon à être entendue d'une foule de ses compagnes, qui accoururent de toutes parts, et répondit : « Vous êtes Jésus. » Et trois fois à la même demande elle fit la même réponse : « Vous êtes Jésus. » — A l'instant une grande joie inonda son âme. . . Elle raconta ensuite naïvement à ses compagnes que « jamais elle n'avait vu beauté comparable à la beauté du visage de Jésus qui avait pris la place de celui de Catherine. » (P. Bayonne. Vie de sainte Catherine de Ricci, t. I, ch. ix.)
Le même fait était arrivé à- sainte Catherine de Sienne. Son confesseur, le B. Raymond de Capoue, vit un jour les traits de la Sainte disparaître tout à coup pour faire place à ceux du Sauveur : « Quel est donc celui qui me regarde ainsi? » s'écriat-il tout tremblant. « Celui qui Est, » répondit la Sainte.
§ 3. — Permanence de V union parfaite
254. Ainsi divinisée, l'âme ne perd pas facilement la liaison étroite qu'elle a contractée avec son Dieu et les ineffables consolations qui en résultent. Jusque-là bien pénibles étaient pour elle les absences de son Bien-Aimé, se montrant et disparaissant tour à tour pour accroître ses désirs et enflammer sa charité. Maintenant qu'elle est arrivée au dernier terme de la perfection, Dieu va « cesser ce jeu de l'amour », et l'âme » ne perdra plus le -sentiment de sa présence ». (Sainte Catherine de Sienne.) Elle « ne sort plus de ce centre où elle est avec Dieu » (7e Demeure, .ch. n). « Même au milieu des plus grandes croix et des affaires
LE DERNIER DEGRÉ DE LA SAINTETÉ 2i3
les plus difficiles, jamais la partie principale d'elle-même ne se meut de cette demeure intérieure » {ibid., ch. 1er) où Dieu r<
Aussi « ce qui distingue cette septième demeure, c'est qu'il n'y a presque jamais de sécheresse ». (7e Demeure, ch. m.) « Ceux qui ont le bonheur d'y entrer n'ont presque jamais, ou du inoii.s trèsrarement, besoin de recourir aux considérations pour enflammer la volonté. Ils marchent "continuellement en la compagnie de Xotre-Seigneur d'une manière admirable, voyant pour ainsi dire en même temps sa divinité et son humanité. » (6e Demeure^ ch. 7.) « Auparavant, l'âme dépensait beaucoup de temps à préparer son esprit, et après cette laborieuse préparation il arrivait encore que le feu ne pénétrait pas complètement le bois qu'il devait consumer. Maintenant l'âme éprouve à chaque instant l'action de l'amour et la divine étincelle enflamme la matière bien sèche qu'on lui a préparée, dès qu'elle vient à la toucher (Vive flam., str. I, vers 6) 1.
Les anxiétés d'amour ont donc pris fin; l'âme est heureuse : « Elle est en possession d'une merveilleuse plénitude de Dhu »; {Cant. sp., str. XXII.) « elle est revêtue de Dieu et baignée dans la Divinité même, non pas seulement à l'extérieur, mais ce qu'il y a de plus intime en elle nage dans les délices divines et dans les eaux spirituelles de la vie véritable». (Ibid., str. XXVI.)
255. Cette présence sensible de Dieu, cette union béatifiante va parfois jusqu'à une connaissance explicite et une vue intellectuelle des trois Personnes divines. Ainsi en fut-il pour sainte Thérèse : « Les trois Personnes de la sainte Trinité se montrèrent à elle dans une vision intellectuelle. . . ; à la faveur d'une con-
1 Sainte Thérèse dit presque jamais. Il peut donc y avoir des exceptions. Elle-même en offre des exemples. Au chapitre xxi des Fondations elle écrit que son âme à cette époque, 1574, souffrait beaucoup par suite de la sécheresse et d'une profonde obscurité spirituelle. Il y avait pourtant deux ans qu'elle était dans la septième Demeure, 1572. A Séville, en 1575, elle ne sentit plus pusillanime et plus lâche que jamais : « C'était au point, dit-elle, que je ne me reconnaissais plus moi-même. » (Ibid. xxv.) Dans une lettre du 14 janvier 1577 elle signale une sécheresse intense qui, pendant huit jours, a régné dans son âme. A propos de la fondation de Palencia (Fondations, xxix), elle nous fait le douloureux tableau de l'état d'impuissance, de long abattement moral où elle se vit réduite; c'était en 1580. Cf. Traduction des Carmélites, t. VI, p. 30.
admirable * qui lui fut alors donr est souverainement véritable que ces trois sont
qu'une même substance, une même puissance, une^nêm . et un s ul Dieu 2. » A partir de ce moment, sans con:vrai d- ce profond mystère une vue aussi claire, la S -sa pas de savoir li s Personnes divine.': Ile et
s ii tir en cette adorable compagnie, à anime
une personne qui,. se trouvant avec d'autres dans ua ment très clair, cesserait tout à coup de les voir, si l'on fermait les fenêtres, sans néanmoins cesser d'être certaine de leur )
256. Mais c'est- là, nous s?mble-t-il,une faveur exlraordii. et l'on aurait tort d'en faire une règle générale. De très gs Saints ont pu être unis à Dieu d'une façon aussi intime, constante, aussi parfaite que sainte Thérèse, sans avoir nettement conscience des grandes choses qui s'étaient o] en eux. On lit dans le Dialogue des neuf rochers : « Quekfu Dieu, par une grâce spéciale, sa montre à eux (les habitants du neuvième rocher) à découvert 3, mais c et dure quelques instants, comme le ravissement qu'épi saint Paul. Le plus grand nombre à contempler
une obscurité divine l'incompréhensibilité de Dieu et à s'unir à Lui sans intermédiaire, d'esprit à esprit, dans la plus grande intimité de l'amour. »
De même Xotre-S3igneur ne fait pas connaître à toutes les
1 II ne s'agit pas ici de la vision intuitive, mais d'une connaissance purement intellectuelle, semblable à celle que les anges dans l'état d'épreuve pouvaient avoir de ce mystère; mais connaissance surnarelle mêm3 pour les anges qui, naturellem?nt et sans révélation, ne puvmt connaître que l'existence et l'unité de la nature divine, et non la trini I é des Personnes. Voir supra n° 30 et suiv. et Faits extraordinaires.
* 7e Demeure, ch. 1er. O fut avant de s'unir à la Sainte par le.-
du mariage spirituel, et comme pour l'y préparer, que Dieu lui accorda cette vision merveilleuse. Il en est souvent dp mêm1 pour les âmes que le Seigneur appelle à oette sublime faveur: ne convient-il pas, en efï t, que l'âm?,àce moment, acquière une connaissance plus intime du Dieu dont elle va devenir l'épouse.
* Nous faisons ici la même réserve que tout à l'heure : nous ne croyons pas que par ces mots soit désignée la vision intuitive, mais une connaissance purement intellectuelle donnant une idée trè- haute de la Divinité.
re la dignrl du moins
qu'il v, ut les traiter comme telles. En effet, qu'il leur donne
ccorder à S'S fidè!
irs, et opérer en >ux 1> s mêmes mermour? Aussi, le plus grand nombre- ', croyons-nous, eut qu'au ciel que Dieu les a élevés à ce suprême :t de sainteté.
§ 4. — Paix ineffable des âmes saintes
ttoe naturelle et nécessaire de cett' ifianle de Dieu dans l'âme, c'estune paixinexpriinaL: . dit sainte Angèle de Foligno, a établi moi.
dans un état à peu près immuable; j'ai été ravi'- avec mon hair et mon âme, sur les mo le la paix et j
Si d 5 montré pièce-
t, on jouit d'une paix ) qui peut subsister même
au milieu -. cela est bien plus vrai
pour ceux qui ont atteint le suprême d^gré de cette vie unitiw.
Mais ce qui ajoute au bonheur des âmes sai que
-ritations et les troubles sont devenus pour plus
s se révoltaient souveiv rit en
avait de pénibles angoisses; les puissan 'une,
l'imagination surtout, « quand la volonté jouissait en paix des ineffables communications du Bien-Aimé, venaient troubler ce repos plein de délices et finissaient même par le faire disparaître sous les incessantes fatigues dejeur agitation ». (Cant. sp., str. XX.) Désormais ces tendances contraires sont considé-
ment amoindries, une bien plus grande harmonie règne entre la partie inférieure et la partie supérieure. L'âme tst tellement pénétré-' de Dieu qu'elle ne ressent même pas de
1 « Les habitants de ce neuvième rocher, demande Suzo au Seigneur, savent-ils qu'ils sont unis à Dieu et à leur origine ? — Ils ne le savent pas positivement, répond Jésus-Christ. » Il semble en effet plus conforme à la conduite ordinaire de la Providence de cacher aux aines d'élite l'excellence des dons qui leur sont départis.
premiers mouvements qui fassent la moindre opposition à ce qu'elle sait être la volonté de Dieu. L'âme imparfaite se sent très souvent inclinée au mal, ne fût-ce que par des mouvements irréfléchis, qui proviennent de son entendement, de sa volonté, de sa mémoire, de ses désirs et de s»; s imperfections. Mais quand l'âme est parvenue au degré dont nous parlons, toutes ses puissances et toutes ses inclinations en sens précisément inverse tendent habituellement à Dieu, même par leurs premiers instincts. » [Ibid., str. XXVII.)
259. Il est vrai, ce n'est pas d'une manière constante que les appétits naturels sont ainsi étouffés et que les puissances participent aux douceurs de l'union divine : « On ne doit pas s'imaginer, dit sainte Thérèse, que les puissances, les sens et les passions soient toujours dans cette paix1. » (7e Demeure, ch. ii.)
« Ne pensez pas, dit-elle encore, que ces âmes ressentent toujours dans ce haut degré les effets dont j'ai parlé. Ce n'est que le' plus ordinairement, ainsi que je l'ai dit. Parfois le Seigneur I< rlaisse dans leur état naturel, et il semble alors que tout' bêtes venimeuses, qui sont dans l'enceinte extérieure et dans les autr.s demeures du château, s'unissent pour se vengtr su: âmes du temps où elles n'ont pu les attaquer. Il est vrai que cette épreuve dure peu, un jour seulement ou un peu plus. » (7e Demeure, ch. iv.)
260. Xon seulement les inclinaisons mauvaises sont modéi pacifiées et n'imposant plus à l'âme de pénibles combats,
mais encore les peines de cœur ne pénètrent plus aussi profondément : si ardente est la charité, si intime l'union avec Dieu, qu'il n'y a plus guère place aux douleurs et aux préoccupations naturelles.
Saint François de Sales nous offre dans sa vie de beaux exemples de la parfaite indifférence des Saints. Le bruit avait couru qu'il serait obligé de di^e adieu à son cher diocèse de- Genève, où il avait tant travaillé et où devaient le retenir toute s ses affections, pour être transféré au siège de Paris. Or, làdessus il écrivait à sainte Chantai : « Soit que la Providence me fasse changer de séjour, soit qu'elle me laisse ici, cela m'est tout
1 Cf. Cantique spirituel, stroph? XXVI.
LE DERNIER DEGRÉ DE LA SAINTETÉ 2't9
un ... Je ne puis rien dire de mon âme, sinon qu'elle sent de plus en plus le désir très ardent de n'estimer rien que la dilcclion de S'otrc-Seigneur crucifié, et que je me sens tellement invincible aux événements de ce monde que rien ne me touche presque. » (26 février 1620).
Ce n'était pas la première fois que le bon Saint donnait d«s preuves de son admirable détachement. Quelques années auparavant, quand avait pris naissance l'ordre de la Visitation, il avait vu ses plans de fondateur contrecarrés et modifiés. Il avait voulu établir un institut de vierges qui, joignant la vie active à la vie contemplative, allassent par le monde soulager les misères; l'archevêque de Lyon tint au contraire à ce que la Visitation fût un Ordre cloîtré. Le Saint accepta de très bonne grâce un plan contraire à celui qu'il avait rêvé : « Je fais cet acquiescement, écrivait-il, avec une douceur et tranquillité, ains avec une suavité non pareille, et non seulement ma volonté, mais mon jugement a été bien aise de rendre l'hommage qu'il doit à celui de ce grand et digne prélat... Croyez, ma très chère Fille, j'aime parfaitement notre pauvre petite Congrégation, mais sans anxiété, sans laquelle l'amour n'a pas accoutumé de vivre pour l'ordinaire, mais, le mien, qui n'est pas ordinaire, vit, je vous assure, tout à fait sans cela, avec une très particulière confiance que j'ai en la grâce de Notre-Seigneur. » (Octobre 1617).
Cette pleine possession de lui-même, qui le rendait comme inaccessible aux émotions naturelles, faisait qu'il ne connaissait pas la peur. On sait comment il traversa un jour la ville de Genève, où il aurait couru, s'il eût été reconnu, les plus grands dangers.
Des gens malveillants ayant pris occasion de ce voyage pour l'accuser, auprès du prince de Savoie, d'entretenir des intelligences avec ses ennemis, le saint Évêque ne s'émut aucunement de leurs calomnies : « Ne pensez pas, écrivait-il à sainte Chantai, que j'en sois agité, pas plus certes que de la moindre chose du monde. » (Décembre 1609).
Dans cette même lettre il explique les actes héroïques qu'il vient d'accomplir à Genève, et dont il parle tout naturellement, comme s'il n'y voyait pas grand mérite : « Ah ! ceux qui me connaissent savent que je ne pensai jamais à aucune intel-
ligeie - habitants et que je fais mille traits de courage
par u; - implieîté, non pas certes simplicité d'esprit, car
je ne v ux pas parler doublement avec vous, mais simplicité de confiance. Or, tout cela n'; st rien, et je ne le dis aussi qu"à vous, à laquelle je ne puis rien cacher de ce qui me regarde. »
261. Tel est le calme de ces âmes saintes ! Elles paraissent affranchies des combats et des peines, tant leur indifférent parfaite, tant leur être tout entier participe à l'union divine et au repos délicieux qu'elle procure.
« L s quatre passions naturelles (le désir, la joie, la crainte, ia tristesse) ne peuvent plus, non seulement s'emparer de l'âme et la dominer, mais pas inertie lui causer le moindre désagrément. L'élévation et l'indomptable énergie de l'âme sont dans admirable transformation quelque chose de merveilleux. Ai fois, les eaux de la douleur, dans une foule de circonstant pénétraient tout entière; aujourd'hui il n'en va plus ainsi, alors même qu'il s'agit de ce que les personnes spiriiu nient
ordinairement avec le plus d'amertume, je veux dire d<? leurs propres péchés ou de ceux du prochain, i >rmée
appn aucun doute, et comprend pai [alternent la gravité
- péchés, mais ils ne lui causait plus ni douleur, ni aucune impr ssion j énLfcle. Elle n'éprouve même pas pour ces péchés le sentiment de la compassion, quoiqu'elle pratique av< c la plus haute p if ction les çeuvres d.j cette vertu. En perdant tout ce qui, dans cette vertu, dénotait quelque faiblisse, elle a conservé tout ce qui en fait la force, la puissance et la perfection. Dans transformation d'amour elle agit comme les anges, qui apprécient parfaitement tout ce qui cause de la douleur sans en ressentir aucune, et qui exercent les œuvres de la miséricorde sans éprouver le sentiment de la compassion. » (Cant. spir., str. XX.)
I! f tut cependant se garder d'exagérer cette doctrine, car, ne l'oublia - pas, l'absence absolue de douleur est réservée à la patrie céleste.
« Il est vrai, dit saint Jean de la Croix (Ibid.), que Dieu met quelqu fois, dans certaines conjonctures, que l'âme éj
viv ment des choses pénibles et qu'elle en souffre, suit. pour lui donner l'occasion de mériter davantage, soit pour ravi-
>n amour, soit poir s de
le fit à Pi int Paul et d".: toins
>lu mariage spiril > sa natur
l. On trouvera peut-être que, mêm striction,
Jean -de la Croix va un pm loin dans la peinture
n'est point Ph . La
mort' i et la douleur d urs
qui devaient fondre sur Jérusalem ne firent-ils pas couler \< s ; fois la vue même d. s ■ mmis
ne cause à Pâme sainte, dans la plénitude rr, ni
trouble, ni affliction, comne il arrive à nos anges gaid
mais que ce soit là sa disposition, pour ainsi r, constai contes) vent, croyor.s-
éprouven du péché une peine prof'
ni sa pass ce cas, la paix et la félicité ieure ou, jour mieux dire, dans -'•mité suprême de l'âm s être en rien ait en
douleurs et les agitations inférieui
L ■ mond •. dil sainte Catherine de Sienne, lorsqu'il lance ks injures, la persécution et les murmurts sur mes pari t ur- ! >ieu le Père qui parle — ne trouve droit
où il puisse les atteindre, parce que le jardin de leur an fermé it r* vient sur celui qui l'a lancé, i :
la faute. Il ne peut blesser d'aucun côté les parfai frappant le corps, il n'atteint pas i'âme qui reste heureuse et affligée, affligée de la faute du prochain et heureuse de la charité qu'elle possède.
31e imite ainsi l'Agneau sans tache, mon Fils bien-aimé, qui
tait heureux et affligé. Il était affligé de la croix
de la croix du désir qu'il avai
la faute d s hommes; Il était heureux parce que la nature
divine, unie à la nature humaine, ne pouvait souffrir et ravis-
s ut toujours son âme, en se montrant à elle sans voile. I'
heureux et affligé parce que la chair souffrait, mais la divinité
Rivait souffrir non plus que son âme dans la partie supérieure
de son entendement. De même mes enfants bien-aimés, lorsqu'ils
sont arrivés au troisième l et au quatrième degré, sont affligés par des croix spirituelles et corporelles, puisqu'ils souffrent dans leur corps, comme je le permets et qu'ils sont tourmentés du regret que leur causent mon offense et le malheur du prochain, m lis ils sont heureux, parce que le trésor de la charité qu'ils possèdent ne peut leur être enlevé, et c'est pour eux une source d'allégresse et de béatitude. » (Dial., ch. clxviii.)
Saint Jean de la Croix, en nous faisant une si douce peinture de l'état des âmes saintes, faisait vraisemblablement sa propre histoire : le Seigneur, après l'avoir fait passer par les épreuves terribles qu'il a si bien analysées dans le livre de la Nuit obscure, avait pu lui communiquer une paix sans nuages, que les épreuves extérieures les plus cruelles ne parvenaient plus à troubler. L s Saints et nombre d'auteurs spirituels, dans les tableaux qu'ils nous présentent des phénomènes intérieurs, sont tout naturellement portés à se peindre eux-mêmes. Comment voulant faire connaître des états dont ils ont l'expérience, ne les décriraient-ils pas tels qu'ils les éprouvent? Leurs descriptions n'en sont que plus précieuses, mais elles ne s'appliquent pas toujours à tous les cas analogues.
D'autres grands serviteurs de Dieu, qui semblent s'être élevés aussi haut dans l'échelle de la sainteté, saint Alphonse, par exemple, ont eu des souffrances intimes jusqu'à la fin de leur vie. Sainte Véronique Juliani, la Yen. Marie de l'Incarnation endurèrent de très grandes peines après avoir reçu la faveur du mariage spirituel. La première eut à son lit de mort de vio-
1 Dans ces lignes il est question non seulement du quatrième degrés qui est, dans la classification adoptée par la Sainte, la perfection suprême, mais aussi du troisième, quiest un état de perfection inférieure. Cependant comme elle reconnaît que la paix dont elle parle découle de la béatitude, comme par ailleurs elle déclare que la béatitude chez les âmes parfaite m nt saintes est bien plus constante qu^ ch z les âm -s d'une sainteté moindre, il s'ensuit que la paix attribuée dans ce passage aux âm?s du troisième et du quatrième degré ne laisse pas d'êt.e chez ces dernières bien plus profonde et bien plus inaltérable. Dans le degré précédent, en effet, l'âme passait par des périodes enivrantes de paix et de bonheur, mais il y avait des intermittences : les absences de son Bien-Aimé, les anxiétés d'amour venaient, sinon détruire, du moins obscurcir, amoindrir sa paix. Maintenant il n'en va plus de la sorte et la paix est bien plus continuelle.
1 rites i'-ntations K Si Marie, la Mère dis douleurs, a subi au pi< d de la croix le p!us cruel des martyrs intimes, les plus grands- Saints peuvent ressentir les tortures intérieures aiguës. Si le divin Sauvi ur est mort en poussant ce cri déchirant : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? ceux qui sont appelés à continuer sur terre sa vie d'immolation et d'expiation peuvent éprouver des peines semblables aux siennes, à quelque haut degré de sainteté qu'ils soient parvenus.
§ 5. — Joi?s des âmes saintes
2fi3. Sainte Catherine de Sienne semble distinguer Pallégrpsseet la béatitude. Saint Jean de la Croix distingue formelle ment la béatitude substantielle, résultant de l'union avec Ditu, et lesjouissances accidentelles qui viennent s'y ajouter. Ces dernières sont nombreuses et variables, mais la première est si pleine et si puissante qu'elle n'en subit pas de modification. « Quant à ces impressions de joie qui se faisaient autrefois sentir à elle plus ou moins vivement, l'âme désormais ne s'aperçoit pas de leur diminution, et leur abondance ne lui cause aucune surprise. La joie dont elle jouit habituellement est si grande, qu'elle ressemble à la mer, qui ne peut ni diminuer par l'évaporation de ses eaux, ni se gonfler par les cours d'eau qui viennent se jeter dans son sein. . . Les jouissances et les douceurs accidentelles sont cependant si loin de lui faire défaut, que celles dont elle jouit ordinairement ne se peuvent dire. Et cependant elles n'ajoutent rien à ce qu'il y a de substantiel dans la communication spirituelle qui lui est faite. . ., ce qu'elle possède en elle-même étant bi n supéiieur à ce qui peut lui venir d'ailleurs. Ainsi donc, toutes les fois qu'il se présente à l'âme, ou extérieurement ou intérieurement, quelque chose qui peut lui procurer de la joie ou de ''allégress , el : revi< n\ tout aussitôt aux richesses que déjà elle possède en elle-même, et dans lesquelles elle trouve infiniment plus de délices et de jouissances que dans les impressions nouvelles qui viennent la visiter. Elle semble avoir en cela une certaine ressemblance avec Dieu qui, tout en prenant ses délices
1 Pour sainte Thérèse elle-mêm? voir plus haut la note du n° 254-
m toutes choses, n'en trouve cependant jamais autant ailleurs pn'en Lui-même, parce qu'il possède en Lui un bien suréminent levant lequel disparaissent tous les autres...
« Les jouissances accidentelles que procurent à^ l'âme 1rs [iguvelles communications spirituelles dont elle se voit gratifiée, sont si peu de chose en comparaison du bonheur substantiel, que 'léjà elle possède en son intérieur, que nous pouvons les r< g; comme si elles n'étaient pas. L'âme parvenue à cette complète transformation, qui lui a donné son pariait développement, ne fait, en sens inverse de celles qui n'ont pas le même bonheur, aucun progrès par suite de ces grâces nouvelles. Mais ce qui est admirable, c'est que cette âme, sans recevoir de nouvelles jouissances, paraît toutefois recevoir continuellement de nouveau <lles que déjà elle possédait. C'est qu'elle ne cesse de savourer avec un nouveau plaisir ce bien immense, qui toujours ancien est toujours nouveau pour elle et, de la sorte, il lui semble recevoir à toute heure des faveurs qu'elle n'avait pas reçues encore, bien qu'en réalité il n'en soit rien. » (Cant. spir., sir. XX.)
§ 6. — Lumières accordées aux âmes saintes
264. « Que si maintenant nous voulions parler de la merveilleuse illumination dont l'âme, dar.s cet embrasement continu de son Dieu, est parfois éclairée..., toutes nos paroles seraient impuissantes et ne parviendraient pas même à en donner la moindre idée. » (Ibicl.)
Ici, encore, nous semble-t-il, il faut remarquer un double élément. L'âme sainte jouit d'une sorte d'illumination substantblle et quasi permanente, à laquelle se joignent des lumières l 'dentelles.
C'était l'illumination essentielle et fondamentale qui permetlait à sainte Thérèse de se voir constamment en présence des Personnes de la sainte Trinité. C'est encore l'illumination substantielle, quoique moins nette cette fois et moins précise, que décrit le B. Suzo, et qu'il appelle le dernier degré d'union avec Dieu.
« L'âme fidèle à imiter Jésus-Christ peut se rencontrer avec