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Quand nous disons que la direction doit être paternelle

cela ne veut pas dire que ia sollicitude du directeur doit s'étendre à tout ce qui concerne le pénitent; il y a certaines âmes qui ne peuvent rien faire par elles-mêmes, et qui voudraient que leur directeur prît toutes les décisions qui les regardent, même dans les affaires temporelles; ce qui deviendrait un véritable abus. Q land i' y a une décision de ce genre à prendre, c'est celui à qui il incombe de la prendre qui recevra de Dieu grâces et lumières, et non le directeur. Celui-ci doit seulement diriger, c'est-à-dire discerner les raisons qui font agir, empêcher qu'on n'obéisse à des motifs purement humains en négligeant le point de vue chrétien; empêcher surtout qu'on ne prenne des décisions contraires aux intérêts spirituels; voilà son rôle; il doit s'y renfermer, sous peine de perdre de son autorité, ou parfois au contraire d'en abuser au détriment de sa conscience.

§4. — La direction doit être pratique

89. Le premier abus à signaler ici, c'est que, trop Souvent, après la confession, on se borne à une exhortation vague et faite sur un ton convenu et monotone, qui fait dire au pénitent : « Quand mon confesseur me donne ses avis, il parle comme s'il prêchait. » C'est avec raison que l'on recommande au prédicateur d'avoir un débit naturel ; il doit viser à ce que l'on trouve en lui, selon le mot de Pascal, non pas vjn orateur, mais un homme, et ainsi fera-t-il bien plus efficacement par- !ager ses convictions; à plus forte raison faut-il au confessionnal avoir un débit simple et naturel, parler, non prêcher, se montrer homme et non rhéteur.

90. Il est encore nécessaire d'adapter ses avis aux âmes. Q'iand même on aurait un thème commun, il faut en varier l'application selon les besoins de chacun : il y a tant de diversité dans les âmes.

La méthode que nous avons signalée déjà, de se faire rendre compte de la façon dont le pénitent a suivi les avis précédemment donnés, les interrogations que l'on peut faire au cours de son exhortation, demandant au dirigé s'il n'éprouve pas telle difficulté, si au contraire il ne ressent point tel bon sentiment, s'il n'agit pas en certaine circonstance de telle ou telle ma-

nière, etc., rendent forcément la direction plus naturelle et plus conforme aux besoins de chacun.

Cette méthode sera plus efficace encore, si au lieu de varier à chaque confession le thème fondamental de son exhortation, on a soin, plusieurs fois de suite, d'appuyer sur un sujet plus important et plus pratique. Ce sujet, qui sera par exemple quelque vertu fondamentale, que!que exercice de piété, certaine dévotion plus salutaire, peut être successivement présenté sous ses divers aspects; on montrera à plusieurs reprises les divers motifs qui nous pressent de nous y appliquer, on indiquera l'une après l'autre les diverses industries qui peuvent nous aider à exercer cette vertu ou cette dévotion, à en faire entrer la pratique dans les habitudes de la vie. Ainsi peut-on faire, par exemple, au commencement de l'année, pour le bon emploi du temps; pendant le Carême, pour la pratique de la pénitence et du renoncement; pendant le mois de Marie, pour la dévotion à la Sainte Vierge; pendant le mois d'octobre, pour la manière de bien prier; pendant le mois de novembre, pour la pensée des fins dernières et l'utilité de travailler pour l'éternité, etc., etc. I1 y a plus d'une remarque à faire, il y a plus d'un bon conseil à donner sur chacun de ces points. On peut aussi imposer comme pénitence la lecture attentive de certains chapitres de Ylmitation, qui obligent à s'arrêter encore aux mêmes considérations et corroborent les avis du directeur. Une recommandation passagère serait vite oubliée; celui qui laisserait ses dirigés dissiper leurs efforts et passer de pratique en pratique sans s'arrêter sur aucune, n'obtiendrait que peu de fruits; en insistant de la sorte, en amenant les âmes à mettre un certain esprit de suite dans le travail de leur sanctification et à s'appliquer avec une constance soutenue aux points les plus importants de la vie spirituelle, on obtiendra des résultats bien meilleurs et on les forcera, pou" ainsi dire, à contracter de bonnes habitudes.

91. Il est évident que pour rendre de sérieux services à quelqu'un, il faut le bien connaître et ce n'est pas du premier coup qu'on y arrive. Cependant, il est des personnes que l'on n'a vues que rarement ou même que l'on voit pour la première fois, et qui, à première inspection, par la façon dont elles s'accusent, par la foi profonde et éclairée dont elles font preuve, montrent qu'elles sont capables d'une certaine formation. Il faut d'autant

moins les négliger qu'on peut ne pas être souvent, à même de leur faire du bien. Un directeur zélé prend justement occasion des qualités -qu'il remanque en elles, pour les engager à s'adonner plus généreusement -au service de Dieu; il les -en- félicite, mais nontre aussi qu'ayant été favorisées des. grâces, divine s. e'est un devoir pour elles de ne pas s'arrêter en si bon chemin et de s'efforcer de mener une vie vraiment confonme aux doctrines de l'Évangile.

§ 5. — Devoirs des dirigés envers leur père spirituel

92. Si la direction ne porte pas toujours les fruits qu'on devrait en attendre, la faute en est souvent moins aux confesseurs qu'aux pénitents '. Qjelles sont, en effet, les dispositionsnécessaires aux dirigés?

1. Un grand esprit de foi. — S'ils connaissaient le don de Dieu, et quel est celui qui leur parle par la bouche du prêtre : Si scires donum Dei, et quis est qui loquitur tecum,ils écouteraient toujours avec respect et docilité .les paroles de leur directeur, et leurs prières ferventes attireraient sur le représentant, l'interprète de Dieu, des lumières plus abondantes pour la conduite de leurs âmes. — 2. L'esprit d'humilité qui empêche de redouter comme un malheur les rebuts, les paroles de reproche, les marques d'indifférence. — H. L'esprit de simplicité qui donne aux pénitents une grande droiture et un grande ouverture de cœur : plus ils se feront enfants, phis le confesseur se sentira père; leur confiance accroîtra sa sollicitude et son dévouement. — 4. L'esprit d'abnégation, grâce auquel on désire moins les consolations que les lumières, moins les paroles tendres que les décisions fermes et prudentes.

1 II serait injuste, dit M. Chaumont, d'attribuer au prêtre directeur les états de langueur et de faiblesse dont l'ami dirigé.; est souvent ^eule responsable. . . Qui ne sait que Jésus lui-mêm.vqui fit tant de bien à la Samaritain? et à tant d'autres. àmîs étrangères, ne put rien faire, au rapport do l'Évangile, à celles de sa patrie ... A côté de l'art, de nos jours moins rare, de la direction des âmes il est un art aussi, moins éminent sans doute, mais cependant d'une très grande importance, c'est l'art de se faire diriger. » {L'art de se faire diriger.)

l.Ki R iurkctimn 79

Qie les âmes qui se plaignent de ne pfxa rencontrer la direction qu'elles désirent fassent donc un retour sur elles-mêmes. Le- confesseur sera, repris au tribunal suprême s'ils'estscquitté avec négligence de l'œuvre de Dieu, si sur les plaies du pauvre itlessé il n'a pas versé en boa samaritain, avec le vin qui lave et purifie, l'huile qui calme la douleur. Mais combien de pénitents auront à répondre du peu de foi, d'humilité, de simplicité, d'obéissance qu'ils auront apporté dans leurs rapports avec leur directeur !

Article II. — Règles particulières de direction

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