POUR LES AMES DU DEUXIÈME DEGRÉ
93. Nous suivons en cette question la même marche que précédemment, d'autant plus que les mêmes avis donnés pour la direction des âmes du premier degré ont leur place ici. Les habitants de la seconde demeure, quoique un peu plus avancés, en sont encore à l'enfance spirituelle; ils ont encore besoin* d'être tenus à la lisière et de n'être menés qu'à petits pas.
94. Il faut les éclairer davantage. — Si, dans la demeure précédente, on devait s'efforcer d'initier aux idées chrétiennes ces débutants encore bien absorbés par les préoccupations purement naturelles, cette tâche n'est pas achevée, et leur foi demande à être avivée davantage. On devra donc encore, de temps à autre, faire valoir les motifs indiqués plus haut pour leur inspirer le- désir d'une vie plus sérieuse, d'autant qu'ils s'y montreront plus sensibles et que les exhortations qu'on leur adressera sur ce point les trouveront plus dociles. Us reconnaîtront assez facilement qu'ils sont trop attachés aux choses de ce monde et trop insouciants à l'égard des biens spirituels. On profitera de leur aveu pour leur remontrer fortement combien •cette erreur est préjudiciable, et les amener ainsi à faire plus de cas des intérêts de leur âme, et à demander instamment à Dieu- ces grâces spirituelles dont ilâ se- montrent si peu avides.
Les habitants de la seconde démeure ont moins de répulsion pour les livres de piété-, sans être encore capables de lectures bien sérieuses. L'Evangile, la Vie des Saints, quelques courts pas- .sages de l'Imitation leur seraient conseillés avec fruit. Mais c'est la méditation surtout qui pourra communiquer à leur âme des
lumières plus abondantes. En effet, au point où ils sont parvenus, on peut leur proposer la méditation discursive, et, si l'on obtient qu'ils y soient fidèles, on leur fera par là un très grand bien.
Nous parlerons, dans un chapitre spécial, de la méditation.
95. Formation de ces âmes a une vie plus foncièrement chrétienne. — Nous rangerons sous les mêmes chefs que précédemment les divers moyens de sanctification dont on doit faire usage : prière, sanctification des actions ordinaires, renoncement, sacrements.
§ 1. — Prière
96. Sur ce point encore nous n'avons rien de bien nouveau à dire; ces âmes sont encore trop peu façonnées à la prière pour que l'on n'ait pas besoin de leur recommander souvent, comme aux débutants, la régularité et l'attention. (Voir supra, n° 42.
Il faut aussi les soutenir dans les moments d'épreuve. En effet, on l'a remarqué très justement, si les peines et les chagrins portent puissamment à la prière les âmes ferventes, les âmes peu avancées, au contraire, dans leurs épreuves et leurs ennuis, sentent un grand éloignement pour les pratiques de dévotion et trop souvent se prennent à les négliger. Si elles comprenaient bien leurs intérêts, elles n'y seraient jamais plus fidèles qu'à cesmoments-là; il y faudrait, sans doute, une plus grande énergi» ?, mais par là même elles y trouveraient plus de mérite, elles témoigneraient à Dieu une plus grande fidélité et retireraient dr leurs prières et exercices de piété un très grand profit spirituel l. Quand, en pareil cas, elles avouent être retombées dans le relâchement, la dissipation ou le péché, le premier avis à leur donner est celui-ci : « Il était impossible qu'il en arrivât autre-
]« Il faut remarquer, dit saint Ignace {Exercices spirituels,Xll Ieannot.)que si, dans le temps de la consolation, c'est chose facile et légère que de donner à la contemplation une heure pleine, dans le temps de la désolation, au contraire, il est très difficile de l'achever. Pour cette raison, celui qui s'exerce doit toujours, afin d'agir contre la désolation et de vaincre les tentations, persévérer un peu au-delà de l'heure accomplie. Ainsi s'accoutum?ra-t-il, non seulement à réiis ter à l'ennemi, maisencoreà le terrasser ».
LEIR DIRECTION 8 B
ment, puisque vous avez délaissé la prière ; et vous resterez dans cet état pénible de dégoût du bien, de lutte fatigante et de péchér tant que vous n'aurez pas surmonté, par des efforts généreux,, la répugnance que vous inspire la prière. Avant tout priez et priez encore, malgré la difficulté, malgré le peu d'attrait que vous y trouvez; c'est le seul moyen de sortir de cet état fâcheux et de retrouver 'a paix du cœur. »
97. Même en dehors de ces circonstances, on peut réclamer de ces chrétiens, avec plus d'insistance, des prières de surérogation. On leur fera, par exemple, beaucoup de bien en les amenant à assister chaque matin à la messe ; ainsi pourra-t-on, au commencement du Carême, du mois de Marie, du mois du Rosaire, leur insinuer qu'il n'est pas de meilleur moyen de sanctifier ces temps de grâce et de salut que d'assister chaque jour au divin sacrifice. De même pour le chapelet : on les engagera à entrer dans la Confrérie du Saint-Rosaire. S'ils veulent obtenir quelque faveur, même temporelle, on leur recommandera de faire une neuvaine. pendant laquelle ils assisteront chaque jour à la messe, ou feront une visite à l'église, ou bien encore réciteront chaque soir le chapelet. De la sorte on les amène à faire des œuvres de piété dont la pratique leur semb]ait peut-être au-dessus de leurs moyens et qu'ils sont étonnés de pouvoir accomplir; alors il devient plus facile de les y rendre peu à peu ti es fidèles. La dévotion aux âmes du purgatoire, outre son mérite intrinsèque et les bénédictions qu'elle attire, a encore l'avanf âge de faire prier ces chrétiens peu fervents.
Nous croyons utile de répéter ce que nous avons déjà dit : c'est le devoir du directeur de veiller à ce qu'on s'acquitte de ces prières avec recueillement, et de combattre la routine et l'inattention. « Commencez toujours vos prières, soii mentales, soit vocales, dit saint François de Sales, par vous mettre en présence de Dieu; ne manquez jamais à^ cette règle, et vous Verrez en peu de temps combien elle vous sera utile. »
§2. — Sanctification des actions ordinaires
98. En traUant cette question à propos des débutants, nous disions que, pour les habituer à vivre de la vie surnaturelle, il était utile de leur faire rendre compte de la manière dont ils auront
offert à Dieu, au commencement de leur journée^ etleurs actions et. leurs épreuv
Les chrétiens dont nous parlons ici sont déjà quelque peu initiés à cette vie surnaturelle; pour les y former plus complètement, nous indiquerons deux moyens : le. recueillement et un certain règlement de vie.
99. Recueillement. — Ils avoueront que l'un, des plus grands obstacles qu'ils rencontrent ;dans le service de Dieu, c'est, ou
urderie de leur âge, s'ils sont encore jeunes, ou, s'ils sont plus âgés, les préoccupations multiples, le tracas des affaires, les soucis de toute sorte qui leur font perdre de vue le soin, de leur âme. Après avoir obtenu cet aveu et leur avoir vigoureusement démontré les tristes. effets de cette dissipation, ce qu'elle fait perdre au point de vue de l'éternité, on les engagera instamment à se recueillir de temps à autre pour se recommander à Dieu, Lui demander son secours yet Lui offrir leurs travaux. L'offrande de l'heure peut alors être très utilement conseillée1: elle consiste à choisir le moment où l'on entend sonner l'heure pour faire une courte prière-, une oraison jaculatoire, ou pour renouveler l'offrande de s:s œuvres et de ses bonnes résolutions.
100. Règlement de vie. — Un au,je moyen, fort efficace pour rver de cette dissipation si naturelle au cœur humain, est
de faire suivre un règlement de vie simple et facile^ Nous disons .simple et lacile. Il est évident, en effet, qu'il faut écarter. de ce règlement les détails et les pratiques pjus minutieuses, qui ne •conviendraient qu'à des personnes plus avancées dans la pieté, et ne tracer pour ainsi dire que les grandes lignes de la vie chrétienne. Ce règlement indiquera : 1° quand et comment on.devra prier, quelles pratiques de religion on emploiera; 2° à quelles vertus il faudra particulièrement s'attacher; 3° il contiendra •encore quelques avis sur les occupations ordinaires et les devoirs d'état.
Xous donnons en appendice, comme exemple, un règlement pour les enfants qui montrent déjà de réelles dispositions à la piété, et que l'on a groupés dans une association pieuse, «nfants qui peuvent être déjà dans là seconde demeure. Les
1 Saint François de Sales la recommandait à sainte Chantai, dans une de.ses premières lettres (14 octobre 1604). .
exercices pieux proprement dits se réduisent pour eux aux petites couvres de dévotion qu'ils doivent faire chaque matin à leur Lever et le soir avant de s» mettre au lit (prières, courtlecture, notation quotidienne x et examen), à la> réception sacrements et à la dévotion à la Sainte Vierge. Tout cei.: indiqué. Leurs devoirs d'état, ce sont l'étude et le travail d«.class:-; on spécifie comment il faut étudier. Enfin, les vertu.qu'ils doivent p'us particulièrement cultiver sont : 1 '-obéissance, qui résume leurs devoirs envers leurs supérieurs; la pati et la douceur, ,qui règlent leurs rapports avec leurs égaux; enfin, la mortification chrétienne, qui leur apprendra à se maîtriser eux-mêmes et à ne pas devenir les esclaves de leuia mauvais penchants. On y ajouteun mot pour la pureté, en raison de l'importance et 4e la délicatesse de cette vertu.
S'il est facile de faire accepter un règlement, il est moins facile de le faire observer. Aussi sera-t-il à propos d'en parler souvent, et en public dans les instructions faites à l'association, et en particulier au confessionnal. Tantôt on choisira J'ur points du règlement pour l'expliquer, le commente1*, en fair ressortir l'importance; tantôt on se fera rendre compte de la manière dont il aura été suivi.
§ 3 . — Renoncement
101. Là encore, on continuera l'œuvre commencée dai. première demeure. La tâche est devenue moins difficile, et l'on peut insister davantage sur ce point si important.
Lutte contre le péché. — Examen de conscience. — En premier lieu, iJ fan; combattre les défauts, diminuer le nombre des péchés
Is. Qaand un chrétien, par ailleurs suffisamment éclairé, ayant une foi sincère et s'adonnant à certaines pratiques pieuses, reste comme fixé dans un état de demi-tiédeur et ne fait dans la piété les progrès que l'on devrait attendre de son genre de vie, les raisons de son engourdissement sont faciles à deviner :
nt les péchés, même véniels, auxquels il s'abandonne.
1 L? bulletin mensuel qu'on leur fera noter chaque jour, analogue à clui dont nous avons déjà parlé (n° 60), devra être cependant plusv détaillé. Nousendonnerons le modèle à la fin de l'ouvrage.
La pratique journalière de l'examen de conscience est un remède très efficace à ce mal ; ceux qui ne s'examinent jamais, ou qui ne s'examinent que de loin en loin, pourront commettre nombre de fautes sans y prendre garde, et ils ne parviendront que difficilement à une vraie connaissance d'eux-mêmes.
Toutefois, reconnaissons-le, quand une personne s'adonne sérieusement au service de Dieu et sait garder le recueillement, la grâce qui se communique à son esprit l'éclairé doucement et lui découvre, sans qu'elle les cherche, maintes fautes qui, auparavant, lui échappaient; mais le travail de ''âme qui scrute sa conscience, loin de nuire à cette action de la grâce, la favorise singulièrement.
Du reste, l'examen de conscience est indispensable, surtout dans le cas que nous signalions tout à l'heure, à savoir quand une âme de bonne volonté, ayant un réel désir d'avancement, reste dans une sorte d'engourdissement spirituel qui n'a d'autre cause que ses nombreux péchés. Il est encore fort ut'le pour les personnes bonnes, mais peu recueillies, qui ne demandent pas mieux que de servir Dieu, mais qui, vivant dans l'étourderie, le tracas des affaires temporelles, songent trop peu à leur âme. L'examen de conscience, surtout si on peut obtenir qu'elles le pratiquent non seulement à la fin, mais aussi au milieu de la journée, les rend insensiblement plus vigilantes, tire de leur cœur des actes de contrition bien sincères, et leur fait renouveler leurs bonnes résolutions, toutes choses qui empêchent les funestes effets du péché, aident à devenir plus attentif à son devoir et plus appliqué à la sanctification de sa vie.
102. Mais, avouons-le, autant cette pratique est utile, autant elle est difficile à obtenir des commençants. Il en coûte tant à la pauvre nature de s'arrêter à la considération de ses misères, et, d'ailleurs, c'est une étude fatigante que cet examen des différents actes de la journée.
On n'obtiendra sur ce point quelque régularité qu'en insistant souvent sur l'importance de l'examen. Quelle ardeur et quelle persévérance apporterait à la pratique d'un exercice aussi peu agréable celui qui n'en verrait pas la grande utilité?
Les philosophes païens eux-mêmes recommandaient à leurs disciples d'apprendre à se connaître Fv»9« novrmJ connais-toi toi-même, c'était un des adages de la sagesse antique.